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La boussole budgétaire se dérègle

15 juillet 2026, 09:30

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La boussole budgétaire se dérègle

Moins de quatre semaines après la présentation du Budget 2026-2027, on est enveloppé dans une épaisse fumée de poix. Les multiples reculades du Premier ministre sur le second volet de la réforme des pensions sur fond de contestation populaire ont relégué les priorités socio-économiques à court, moyen et long termes au second plan. Du coup, il se dégage le sentiment que ces interférences ont fait se dérégler la boussole, avec pour conséquence que le vaisseau amiral n’arrive plus à garder le cap.

Pourquoi cette dérive ? La réponse tient surtout à un déficit de communication. Aussitôt après la réception du rapport préliminaire de la Commission des experts, le 20 mai dernier, le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs en décidant, tout de go, de faire de la réforme des pensions l’axe central du Budget 2026-2027. Pourquoi un tel empressement sur un sujet aussi sensible ? Certes, diriger, c’est avoir le courage de ses décisions, c’est privilégier avant tout le bien commun. Mais imposer une réforme de cette ampleur en catimini sans mettre les administrés dans le coup était un pari risqué, pour ne pas dire beaucoup trop risqué. C’était, dans le même temps, exposer inutilement l’équipe d’experts à la vindicte populaire sur la base d’un rapport incomplet et méritant d’être peaufiné.

La dernière mouture du projet de réforme présentée par le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, à la veille de la tenue de la manifestation syndicale dans les rues de la capitale durant le week-end, est venue rajouter une couche de confusion plus que tout autre chose. Clairement, à l’Hôtel du gouvernement, la panique a pris le dessus.

Désormais, la réforme des pensions initiée en juin 2025 est vidée de sa substance. La grille sur l’ajustement de la State Age Pension suivant le retrait définitif du means test et la réinstauration de l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 60 ans laisse comprendre que tout a déraillé et que l’exécutif a basculé dans une toute autre logique : essayer de retrouver une légitimité politique en calmant le courroux de la population.

Légitimement, une série de questions se posent. Est-on retourné à la case départ ? L’exécutif a-t-il hypothéqué le premier volet de la réforme – encore mal digéré dans l’opinion politique – en se brusquant à approfondir ladite réforme sans avoir au préalable défraîchi le terrain en engageant une discussion franche et intelligente avec les administrés ? Et qu’en est-il de la légitimité du Budget 2026-2027 ?

Cette dernière question mérite d’être explorée. Avant l’adoption de l’Appropriation Bill, le leader de l’Opposition avait soulevé un point de droit, arguant que ce texte ne pouvait être adopté car les dépenses budgétaires de Rs 266,7 milliards projetées pour l’exercice financier 2026-2027 prenaient en compte les économies réalisées suivant l’application de la State Age Pension pour la période de janvier à juin 2027. Au total, le manque à gagner dans les caisses du Consolidated Fund s’élèverait à Rs 6,2 milliards pour la période de janvier à juin 2027 découlant du retrait du means test, avait révélé le Premier ministre à une Private Notice Question, le 24 juin dernier. Avec la dernière version du projet de réforme, ce chiffre est, très certainement, rendu caduc.

Dès lors, la question se pose une nouvelle fois. Comment adopter le Finance Bill 2026-2027 alors que les estimations comptables, notamment par rapport au taux du déficit budgétaire, sont chamboulées ? Valeur du jour, aucune information n’a été communiquée sur l’impact financier résultant de l’application de la formule revisitée de la State Age Pension. Le retour à la formule de la pension de vieillesse payable à partir de 60 ans, avec les pensionnés touchant des prestations graduées de Rs 14 490 (60 ans) à Rs 18 210 (65 ans) implique également que les seniors auront plus de revenu disponible pendant la seconde moitié de l’année financière, avec une incidence sur la consommation et les recettes perçues en termes de taxe sur la valeur ajoutée. Ce sont de nouvelles données devant être communiquées aux parlementaires avant le vote de la loi de finances. On ne peut se permettre de naviguer à vue durant l’exercice financier 2026-2027 !

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