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Main-d’œuvre étrangère

Les syndicats agricoles s’inquiètent de la protection des droits des travailleurs

14 juillet 2026, 18:00

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Les syndicats agricoles s’inquiètent de la protection des droits des travailleurs

■ La promulgation des nouveaux règlements encadrant le recours aux travailleurs migrants dans le secteur agricole suscite de vives inquiétudes au sein de la CTSP, entre autres.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement évoque le recours accru à la main-d’œuvre étrangère pour pallier le manque de travailleurs dans le secteur agricole. Pour les cultures vivrières, l’élevage, les vergers, la canne et l’industrie du thé, les exploitants peinent à recruter localement. Vendredi, le Conseil des ministres a franchi une nouvelle étape en approuvant la promulgation des Workers’ Rights (Labour Contractor) (Agricultural Sector) Regulations 2026, qui instaurent un système d’enregistrement des entrepreneurs de main-d’œuvre chargés de recruter des étrangers pour les petits planteurs et exploitants agricoles. Cette mesure, présentée par le gouvernement comme une réponse aux besoins de l’agriculture, soulève déjà de nombreuses interrogations du côté des syndicats. Les principaux points de préoccupation portent sur la protection des travailleurs migrants, leurs conditions d’emploi ainsi que les conséquences de cette réforme sur le marché du travail mauricien.

Gare à la sur exploitation

Selon les nouveaux règlements, les labour contractors agiront en qualité d’employeurs. Les travailleurs étrangers devront être affectés exclusivement à des tâches agricoles, conformément au contrat signé avec leur employeur. Leur rémunération sera encadrée par les Remuneration Orders en vigueur dans les différents secteurs agricoles concernés. Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), l’arrivée de travailleurs étrangers dans l’agriculture semble désormais inévitable, mais «la question n’est pas de savoir si des travailleurs étrangers viendront, mais dans quelles conditions ils travailleront. Est-ce qu’ils seront surexploités ? Si leur précarité devient un élément de compétitivité de notre économie, cela est inacceptable», affirme-t-il.

Ainsi, la CTSP entend saisir la Cour suprême dès que les règlements entreront officiellement en vigueur. Selon Reeaz Chuttoo, le texte créerait un régime spécifique applicable aux travailleurs migrants qui, selon son interprétation, pourrait les exclure de certaines conventions collectives. Le syndicaliste estime que cette situation risque d’affaiblir le mécanisme de négociation collective. «Si les employeurs peuvent disposer d’une main-d’œuvre moins coûteuse, ils seront naturellement tentés d’y avoir davantage recours. Le travailleur mauricien pourrait alors se retrouver désavantagé sur le marché de l’emploi», soutient-il. Il rappelle également qu’un dispositif similaire avait été envisagé sous le précédent gouvernement avant d’être abandonné à la suite de contestations syndicales.

Garde-fous nécessaires

Au-delà des aspects juridiques, les organisations syndicales s’interrogent sur le suivi qui sera assuré une fois les travailleurs arrivés à Maurice. Reeaz Chuttoo affirme que la CTSP a déjà déposé une plainte formelle auprès du ministère du Travail après l’autorisation accordée à une entreprise pour recruter quelque 400 travailleurs originaires d’Inde et de Madagascar. Selon lui, ces recrutements soulèvent des interrogations quant aux conditions d’emploi qui leur seront proposées, surtout que les Mauriciens n’obtiennent eux-mêmes que des permis mensuels contrairement aux étrangers.

Le président de la CTSP appelle également à la vigilance afin d’éviter toute tension sociale liée à la gestion de la maind’œuvre étrangère. Il estime que le débat mérite d’être mené avec responsabilité afin de préserver la cohésion sociale. Fayzal Ally Beegun partage plusieurs des préoccupations exprimées par la CTSP. Selon le syndicaliste, le nouveau système pourrait favoriser l’émergence d’un marché particulièrement lucratif autour du recrutement de travailleurs migrants. «Il faut impérativement mettre en place des garde-fous», estime-t-il.

Il affirme avoir été informé que certains recrutements de travailleurs étrangers pourraient représenter des coûts très élevés pour les agences spécialisées, évoquant des montants pouvant atteindre entre Rs350000 et Rs400000 par travailleur. Il plaide ainsi pour l’instauration d’un barème clair et transparent afin d’encadrer ces pratiques.

L’enjeu des conventions collectives

Pour le syndicaliste, la question dépasse le seul recrutement. Il s’interroge également sur les conditions de travail. «Si un travailleur commence à cinq heures du matin dans les champs, jusqu’à quelle heure travaillera-t-il ? Quelles tâches lui seront-elles demandées une fois les travaux agricoles terminés ?» questionne-t-il. Il estime que des mécanismes de contrôle devront être mis en place afin de vérifier que les travailleurs disposent des équipements de protection nécessaires – bottes, gants, chapeaux ou vêtements adaptés – et que leurs conditions de travail respectent les normes en vigueur. Fayzal Ally Beegun souligne également la nécessité d’un suivi rigoureux pour prévenir d’éventuels cas de fuite de travailleurs migrants, phénomène souvent associé, selon lui, à des conditions de travail jugées insatisfaisantes.

Pour les syndicats, la question dépasse le seul secteur agricole. Ils redoutent que ce nouveau modèle d’organisation du travail ne modifie durablement les relations de travail à Maurice. «On ne doit pas louer des personnes», insiste Reeaz Chuttoo. Selon lui, si des fédérations agricoles deviennent employeurs tout en appliquant uniquement les dispositions minimales prévues par les Remuneration Orders, les conventions collectives risquent progressivement de perdre leur portée.

Du côté syndical, une chose est désormais certaine : le dossier ne s’arrêtera pas à la promulgation des règlements. Entre recours judiciaire annoncé, demandes d’un meilleur encadrement des travailleurs migrants et appels à renforcer les mécanismes de contrôle, les organisations syndicales entendent maintenir la pression, estimant que la protection des droits des travailleurs, locaux ou étrangers, doit demeurer au cœur de la réforme.

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