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Interview…

Richard Papie : «Le sport ne peut avancer que si on met en place une structure fiable, dynamique et professionnelle»

14 juillet 2026, 10:31

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Richard Papie : «Le sport ne peut avancer que si on met en place une structure fiable, dynamique et professionnelle»

Richard Papie, président du Comité Olympique Mauricien.

Faire progresser le sport mauricien en misant sur la formation, le professionnalisme et une meilleure préparation des athlètes : telle est la feuille de route que s'est fixée le président du Comité olympique mauricien (COM), Richard Papie. Convaincu que l'excellence se construit avant tout grâce à des structures solides et des compétences renforcées, il entend accompagner les fédérations dans leur développement. À l'approche des Jeux du Commonwealth, des Jeux des îles de l'océan Indien (JIOI) et des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, il évoque ces grands rendez-vous qui attendent la Team Mauritius.

Peut-on savoir pourquoi occuper le poste de président du Comité Olympique Mauricien (COM) vous tenait autant à cœur ?

C’est parce que j’ai été sportif aux niveaux national et international et qu’ensuite, je suis devenu dirigeant de fédération. Cela m’a inspiré pour me mettre au service du sport, des athlètes et du pays au sein du comité olympique. J’ai aussi le désir d’aider au développement du sport à Maurice, d’essayer de mettre en place un environnement sportif idéal pour nos jeunes.

Le mouvement sportif mauricien est néanmoins divisé depuis les événements entourant la dernière assemblée générale élective. Quelles actions songez-vous à entreprendre pour ramener l’unité ?

Comme je le dis souvent, le COM est la « maison » des fédérations et des sportifs. Même s’il y a des dirigeants qui ne sont pas sur la même longueur d’onde que nous, ou une dissidence, je n’ai rien contre personne. Je suis ami avec tous les dirigeants sportifs. L’appel que je lance est : allons travailler ensemble pour les intérêts du sport et des athlètes car il y a de nombreux challenges à relever.

Richard Papie 2

Un rapprochement entre le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) et le COM est palpable. Le ministre Deven Nagalingum et ses proches collaborateurs ont été accueillis à Trianon dernièrement. Quel est votre sentiment par rapport à cela ?

Je suis très heureux de cette situation parce nos deux instances doivent travailler ensemble pour mener le sport mauricien à bon port. Ce n’est pas possible que chacune aille dans une direction différente. Nous avons réussi à trouver un terrain d’entente et c’est notre sport qui en sort gagnant. Mais je dois dire que même au début de mon mandat, je n’avais aucun problème à discuter avec le ministre et ses collaborateurs. Mais désormais, tout le monde se sent plus à l’aise et chacun exprime son opinion pour donner au sport mauricien l’orientation qu’il faut.

Il semble qu’une place importante est accordée à formation à tous les niveaux – athlètes, entraîneurs, arbitres, encadreurs – depuis votre prise de fonction. Est-ce que les fruits sont déjà en train d’être récoltés ?

Oui définitivement. Nous avons, par exemple, le Development of National Sports System (DNSS) qui est une formation d’une année portée par la Solidarité Olympique (SO). Ce programme permet aux fédérations nationales de mettre en œuvre des plans d'action à long terme. La fédération de lutte l’avait suivi en 2023 et aujourd’hui, nous avons un lutteur qui figure parmi les 30 meilleurs en Afrique en la personne de John Léopold. En 2025, la fédération d’haltérophilie a complété le programme et la prochaine qui le fera sera la fédération de tennis de table l’année prochaine. Le sport ne peut avancer que si on met en place une structure fiable, dynamique et professionnelle. Si nous ne formons pas nos cadres, notre sport va tourner en rond. L’apport d’experts étrangers permet de faire progresser nos athlètes, entraîneurs et encadreurs. Cela apporte un boost aux fédérations qui bénéficient alors de plus de considération de la part de leurs fédérations internationales.

«C’est, certes, un gros challenge (accueillir les JIOI) qui s’offre à eux mais je n’ai aucun doute qu’ils (les dirigeants comoriens) se montreront à la hauteur»

Les Jeux du Commonwealth à Glasgow approchent à grands pas. Quelle est votre opinion sur la façon s’est déroulée la préparation de nos représentants et qu’attendez-vous en terme de performance de la part de la Team Mauritius ?

Il y a eu un bon travail d’équipe qui a été effectué jusqu’ici. La machine est en marche et je dois remercier les membres de mon comité qui ont travaillé 24/7 pour mettre la délégation dans les meilleures dispositions et lui offrir le maximum de confort. Nous avons élaboré une nouvelle stratégie à cette occasion. Par exemple, pour le rassemblement des athlètes, nous avons changé de concept. Au lieu de recevoir les membres de la délégation entre quatre murs, nous avons organisé un Team building dans un cadre agréable. Nous voulions créer une synergie entre eux. Ils ont pu créer un lien amical avant les Jeux. Des camps d’entraînements ont aussi été organisés pour mettre les athlètes plus en confiance avant la compétition. Je dois remercier le ministère des Sports qui a apporté un soutien financier conséquent. En ce qu’il s’agit de la performance espérée, cela aurait être très bien que nous fassions mieux qu’en 2022 à Birmingham quand nous avions obtenu 5 médailles (ndlr : 3 médailles d’argent et 2 de bronze). On ne va pas être prétentieux mais une médaille d’or serait la cerise sur le gâteau !

L’Olympic Day Run aura lieu ce dimanche. Quel message souhaitez-vous faire passer à cette occasion ?

Pour l’Olympic Day Run, il y a trois mots clé que sont respect, unité et amitié. Avec ces trois valeurs, nous pouvons selon moi, atteindre l’excellence. Nous voulons regrouper les jeunes parce que nous avons une crainte, celle qu’ils tombent dans les fléaux sociaux. Il faut sensibiliser et conscientiser les jeunes, leur faire comprendre qu’ils peuvent trouver leur place au sein des instances sportives. Et ce, afin qu’ils s’épanouissent. Nous voulons d’une société en bonne santé et voila pourquoi nous encourageons la jeunesse à pratiquer le sport. Ensuite, cela peut être une bonne occasion de détecter de nouveaux talents.

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse auront lieu pour la première fois en terre africaine cette année, soit au Sénégal. Qu’est-ce que cela représente pour la famille du sport africain dont l’île Maurice fait partie ?

C’est un honneur que ces Jeux se tiennent sur le territoire africain. Tout ce que l’on souhaite c’est que tout se déroule du mieux possible afin que la zone Afrique gagne davantage en crédibilité auprès du Comité international olympique (CIO) afin qu’a l’avenir, les Jeux Olympiques classiques soient organisés à l’avenir dans un pays africain. L’Égypte a fait acte de candidature pour accueillir les JO en 2036. Celle-ci aura sans doute plus de poids si les JOJ de Dakar sont une grande réussite. Il y aura plus de confiance dans les capacités organisationnelles africaines.

Les Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) auront lieu l’an prochain. Que pensez-vous de la façon dont avancent les préparatifs ? Les Comores seront-elles prêtes à temps pour relever ce grand défi organisationnel ?

Je n’ai aucun doute que les Comores pourront organiser ces Jeux l’année prochaine. Lors de la dernière visite que nous avons effectuée en avril, nous avons constaté que les préparatifs avaient avancé de façon significative. Nous avons senti chez les dirigeants comoriens ce fort désir de nous faire plaisir. C’est, certes, un gros challenge qui s’offre à eux mais je n’ai aucun doute qu’ils se montreront à la hauteur. Évidemment, il reste beaucoup de choses à faire mais avec le soutien de la Chine, les choses avancent vite. Le gymnase qui accueillera le handball est prêt. Les travaux pour la construction d’un Village des Jeux ont été entamés. Ils ont la volonté de réussir et il leur reste un an pour terminer les préparatifs. Il faut leur laisser la chance de vivre ce grand moment d’unité de l’océan Indien chez eux. Personnellement, je suis très optimiste.

«En ce qu’il s’agit de la performance espérée (aux Jeux du Commonwealth à Glasgow), cela aurait être très bien que nous fassions mieux qu’en 2022 à Birmingham quand nous avions obtenu 5 médailles»

Toujours au chapitre des JIOI, certains pensent, que cette compétition sous sa forme actuelle est dépassée et une refonte est nécessaire. Quel est votre avis ?

Cela demande une analyse en profondeur. C’est un fait que le sport est quelque chose de dynamique mais il ne faut pas se précipiter et faire des choses qui ensuite peuvent se retourner contre nous. Parfois une chose peut être démodée mais elle fonctionne quand même. Quand on apporte un changement important, il faut savoir ce que l’on cherche au juste et dans quelle direction on veut aller précisément. Je pense qu’il faudrait avoir l’avis d’un professionnel, un regard extérieur.

Richard Papie 3

Certains dirigeants sportifs de Rodrigues militent pour la création d’un comité régional olympique. Y êtes-vous favorable ou pas ?

En fait, cela ne dépend pas de moi ! Je me pose une question : sachant qu’il existe une Commission de la Jeunesse et des Sports à Rodrigues, pourquoi un comité régional olympique est-il nécessaire ? Je pense que c’est un sujet sensible et qu’il faut en débattre dans un forum très large. Il ne faut pas oublier qu’il y a des comités régionaux à Rodrigues et ils sont rattachés aux fédérations nationales. Il faudrait présenter cette question devant une assemblée générale et que toutes les fédérations donnent leur point de vue avant que le COM ne se prononce sur la question. Toutefois, je me demande aussi ce qu’un comité régional olympique pourrait apporter de plus à Rodrigues.

Vous étiez récemment en déplacement à Nairobi au Kenya dans le cadre d’un forum de préparation pour les Jeux Olympiques de 2028. Pouvez-vous nous partager les retombées ?

C’était une réunion préparatoire en vue des JO de 2028 pour le continent africain. Elle a permis de comprendre comment les choses vont se passer au niveau de l’organisation, de la logistique, du transport entre autres pendant les Jeux. On a su comment chaque comité national olympique doit se préparer, quelle stratégie il faut mettre en place. Il a aussi été question du processus de qualification pour les différentes disciplines. C’était bien instructif. Il y a des fonds qui seront mis à disposition, des bourses seront accordées aux athlètes. Concernant ces bourses, les critères sont très sélectifs et nous avons approché l’ACNOA pour demander s’il n’était pas possible de les assouplir pour permettre à un maximum d’athlètes du continent africain d’avoir la chance de se qualifier. J’ai aussi eu des échanges avec les dirigeants des CNO du Cap-Vert et de la Namibie. Nous allons travailler avec le Cap Vert sur un projet commun et nous recevrons la visite d’une délégation d’ici la fin de l’année. Avec la Namibie, la proposition que ses athlètes viennent effectuer un stage au High Performance Centre (HPC) de Cote d’Or a été lancée et peut-être que par la suite, c’est elle qui accueillera certains de nos athlètes.

«Je voudrais demander aux dirigeants sportifs de mettre fin aux bisbilles et de se concentrer sur leur mission qui est de développer le sport»

Il est très important que les sportifs mauriciens évoluent dans des cadres sécurisés or nous voyons que dans certains sports, cet aspect doit être renforcé comme dans le cyclisme par exemple. Le cycliste Miguel Lerace vient d’être victime d’un grave accident de la route lors des championnats de Maurice. Que peut faire le COM pour améliorer les choses de ce point de vue ?

Le cas de Miguel Lerace relève d’un problème de sécurité nationale. Je suis d’avis que les routes devraient être fermées lors des courses cyclistes. L’État doit absolument prendre cette situation en considération. Je réalise que les routes deviennent de plus en plus dangereuses. J’espère que Miguel Lerace retrouvera au plus vite sa santé et qu’il pourra recommencer à pratiquer son sport qui le passionne. Il ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Le COM n’est pas resté insensible à cette situation. J’ai eu l’occasion de rencontrer sa maman et avec mon comité, nous avons décidé de lui accorder un soutien financier. Nous l’avons d’ailleurs reçue au siège du COM à Trianon hier (lundi dernier). Je tiens aussi à saluer le mouvement de solidarité qui s’est créé autour de Miguel et sa famille depuis ce triste accident.

Le mot de la fin ?

En tant que président du Comité olympique mauricien, je voudrais demander aux dirigeants sportifs de mettre fin aux bisbilles et de se concentrer sur leur mission qui est de développer le sport. Ma vision est de mener nos athlètes au plus haut niveau et je veux voir augmenter le nombre de qualifiés mauriciens à chaque édition des Jeux Olympiques.

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