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Pension de la discorde

Une journée de grève générale : Rs 2 milliards de manque à gagner pour l’économie

14 juillet 2026, 13:20

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Une journée de grève générale : Rs 2 milliards de manque à gagner pour l’économie

Le pays se dirige-t-il vers une grève générale ? C’est l’une des options désormais envisagées par la Plateform Komun Syndikal après la manifestation de samedi dans les rues de Port-Louis contre la réforme des pensions annoncée dans le Budget 2026-2027. Les dirigeants de cette plateforme, ainsi que d’autres responsables syndicaux de la General Workers Federation, ont rejeté la nouvelle mouture de la State Age Pension présentée par le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron. Ils réclament le rétablissement de la pension universelle à partir de 60 ans.

Pour l’heure, aucune date n’a été arrêtée pour une éventuelle grève. Si elle devait avoir lieu, elle pourrait mobiliser des travailleurs du secteur privé, des fonctionnaires ainsi que des employés des corps paraétatiques, soit une très grande partie de la population active du pays, estimée à plus de 580 000 personnes selon les statistiques officielles.

Au-delà du bras de fer social et politique, c’est surtout le coût économique d’une telle paralysie qui retient l’attention de l’exécutif. De l’avis de plusieurs économistes, même s’ils jugent peu probable l’organisation d’une véritable grève générale, une seule journée d’arrêt de travail à l’échelle nationale pourrait entraîner un manque à gagner de l’ordre de Rs 2 milliards.

Le calcul est relativement simple. Avec un produit intérieur brut avoisinant les Rs 700 milliards par an, la richesse créée quotidiennement représente un peu plus de Rs 2 milliards si l’on répartit cette production sur environ 300 jours ouvrables, en excluant les dimanches et les jours fériés. Ce calcul ne tient toutefois pas compte des activités qui continueraient à fonctionner, notamment dans les services essentiels.

«Pour un pays qui souffre déjà d’une croissance atone de moins de 3 %, l’impact économique serait considérable», estime l’économiste Azad Jeetun. John Chung, de KPMG, invite également à ne pas sous-estimer les conséquences en matière d’image. Selon lui, une grève générale enverrait un signal négatif à la communauté des affaires, aux investisseurs étrangers, aux institutions financières internationales ainsi qu’aux agences de notation, notamment Moody’s, qui suivent de près l’évolution des finances publiques et de l’économie mauricienne. Les entreprises publiques comme privées seraient, elles aussi, directement affectées.

Une mobilisation loin d’être acquise

Plusieurs observateurs demeurent néanmoins sceptiques quant à la capacité des syndicats à mobiliser suffisamment de travailleurs pour paralyser le pays. «Aujourd’hui, le taux de syndicalisation est inférieur à 20 % dans de nombreuses entreprises. On peut donc s’interroger sur la capacité des organisations syndicales à entraîner massivement les salariés des secteurs public et privé. Le contexte économique, social et historique n’est plus celui qui favorisait les grandes mobilisations ouvrières», soulignent-ils.

Pour retrouver le précédent d’une véritable grève générale, il faut remonter à août 1979. «Pour les historiens et les spécialistes des relations industrielles, août 1979 constitue la seule véritable grève générale nationale qu’ait connue Maurice», rappelle l’observateur politique Jérôme Boulle. Ce mouvement était centré sur les revendications des travailleurs de l’industrie sucrière, notamment la reconnaissance syndicale, l’instauration de la semaine de 40 heures, l’amélioration des rémunérations et l’abandon des fermetures d’usines.

L’ancien parlementaire s’interroge toutefois sur la faisabilité d’une telle mobilisation aujourd’hui. «Hier, il était relativement plus facile d’organiser une grève générale. Aujourd’hui, des procédures légales doivent impérativement être respectées. Il faut d’abord déclarer un conflit de travail, engager les discussions devant les instances compétentes et épuiser tous les mécanismes de conciliation prévus par la loi. Ce n’est qu’en cas d’échec de ces démarches qu’une grève peut être envisagée. Ce n’est donc pas un processus automatique, contrairement à ce que certains laissent entendre», analyse Jérôme Boulle.

La bataille de la pension ne se joue donc pas uniquement dans la rue, mais aussi sur le terrain des chiffres. Entre le coût potentiel d’une paralysie nationale et le risque politique d’un recul sur la réforme, le gouvernement comme les syndicats avancent sur une ligne de crête. Une chose est certaine : la pension universelle est devenue le nouveau symbole d’un profond débat de société sur le modèle social mauricien.

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