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Frais de licences
Global Business : Maurice joue-t-elle avec le risque de perdre son avantage compétitif ?
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Frais de licences
Global Business : Maurice joue-t-elle avec le risque de perdre son avantage compétitif ?
Jyoti Jeetun, ministre des Services financiers et de la Planification économique et Faraz Rojid, «Chief Executive Officer» de Mauritius Finance.
L’augmentation des frais de licences et d’incorporation dans le secteur du Global Business suscite une vive opposition de Mauritius Finance, qui redoute une perte de compétitivité et le départ de certaines entreprises vers des juridictions concurrentes. Le gouvernement défend, lui, une réforme jugée indispensable pour financer une supervision réglementaire plus exigeante et préserver la crédibilité internationale de la place financière mauricienne.
La tension monte autour de la révision des frais d’incorporation des sociétés et des licences dans le secteur du Global Business. Derrière cette controverse se joue un enjeu stratégique pour la place financière mauricienne : comment renforcer la supervision réglementaire tout en préservant l’attractivité d’une juridiction qui évolue dans un environnement international de plus en plus concurrentiel ?
C’est un véritable bras-de-fer qui oppose désormais Mauritius Finance, représentant les opérateurs du Global Business, au ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun. Au centre du conflit : la hausse des frais de traitement et des licences, entrée en vigueur en 2026, à laquelle s’ajoute l’augmentation annoncée des frais applicables aux Tax Residence Certificates dans le Budget 2025/26.
Pour Mauritius Finance, cette accumulation de coûts risque d’affaiblir progressivement la compétitivité de Maurice. Alors que pour le gouvernement et la Financial Services Commission (FSC), il s’agit au contraire d’un ajustement nécessaire après plusieurs années sans révision tarifaire, afin de financer une supervision devenue plus exigeante et de maintenir la crédibilité internationale du centre financier mauricien.
Le Chief Executive Officer de Mauritius Finance, Faraz Rojid, rejette d’abord les critiques selon lesquelles son organisation aurait porté le débat sur la place publique. «Les différentes augmentations des frais d’incorporation de sociétés et de licences étaient publiées dans la Gazette officielle. Nous n’avons fait que relayer les préoccupations de nos membres et de l’industrie, ce qui est tout à fait normal. À aucun moment, nous n’avons rendu publiques les discussions internes entre le ministère et Mauritius Finance», affirme-t-il.
Mais sur le fond, l’organisation maintient ses inquiétudes. Selon elle, la nouvelle grille tarifaire entraînera une augmentation moyenne d’environ 35 % des frais de licence, certaines catégories enregistrant des hausses allant de 200 % à 400 %.
«Ces augmentations modifient sensiblement le coût de faire des affaires à Maurice et soulèvent une question fondamentale : jusqu’où peut-on alourdir les charges pesant sur le secteur sans compromettre sa compétitivité ?», s’interroge Faraz Rojid. Pour Mauritius Finance, le risque est particulièrement élevé dans un secteur où les investisseurs peuvent arbitrer entre plusieurs juridictions internationales comme Singapour, le Luxembourg, Dubaï, Jersey, les îles Caïmans ou les Seychelles.
Les Seychelles à l’affût des Authorised Companies
Le dossier le plus sensible concerne les Authorised Companies, dont les frais de traitement ont fortement augmenté, avec une hausse pouvant atteindre 300 %.
Mauritius Finance estime que cette décision pourrait inciter certaines structures à quitter Maurice. L’organisation affirme que des sociétés de gestion commencent déjà à cibler ces entités afin de les transférer vers d’autres juridictions.
C’est le cas, notamment, d’Abacus, une société opérant depuis les Seychelles mais également présente à Maurice, qui aurait proposé à certains clients de transférer leurs Authorised Companies vers une Seychelles International Business Company (IBC) afin de «minimiser l’impact» des nouvelles charges, tout en offrant une exonération de ses frais professionnels d’incorporation. Cet épisode, selon Faraz Rojid, démontre que la concurrence entre juridictions est bien réelle et que toute augmentation des coûts peut influencer les décisions des investisseurs.
Le gouvernement relativise l’impact
La ministre Jyoti Jeetun rejette toutefois cette analyse et affirme que Maurice demeure compétitive. Elle rappelle que le secteur financier contribue à 12,4 % du PIB, affiche une croissance annuelle d’environ 5 % et emploie près de 20 000 personnes.
Selon elle, les frais de traitement des licences n’avaient pas été révisés depuis 2008, tandis que les frais annuels étaient inchangés depuis 2019, alors que les coûts de supervision avaient fortement augmenté sous l’effet de l’inflation et du renforcement des normes internationales. La ministre souligne par ailleurs que la nouvelle tarification n’a pas touché toutes les catégories de manière uniforme. Sur les 145 catégories de licences concernées, 33 sont restées inchangées et seules 25 ont connu une augmentation. Elle ajoute que Maurice conserve un avantage compétitif face à plusieurs centres financiers internationaux, notamment Singapour, le Luxembourg, le Rwanda, GIFT City en Inde et Abu Dhabi.
Une tarification fondée sur le risque
La hausse appliquée aux Authorised Companies est justifiée par leur profil particulier, selon la FSC et le ministère. Ces structures exercent principalement leurs activités hors de Maurice, impliquent des opérations transfrontalières complexes et nécessitent une surveillance renforcée pour répondre aux exigences internationales, notamment celles liées à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
La FSC rappelle également que la réforme ne consiste pas uniquement en des hausses. Certaines catégories, notamment les VCC Funds, les sociétés de gestion d’actifs et certains représentants d’Investment Dealers, ont bénéficié d’une réduction des frais afin de soutenir leur développement.
Toutefois, avec plus de 6 300 structures enregistrées, Mauritius Finance estime qu’une délocalisation, même partielle, pourrait entraîner un manque à gagner supérieur aux recettes supplémentaires attendues.
Au final, ce bras-de-fer met en lumière le défi majeur auquel Maurice est confrontée : maintenir un cadre réglementaire solide et reconnu internationalement, sans perdre son avantage concurrentiel face à des juridictions prêtes à attirer ses propres opérateurs.
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