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Médicaments sous pression : Le défi de l’approvisionnement
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Médicaments sous pression : Le défi de l’approvisionnement
■ Le ministère de la Santé assure qu’aucune pénurie généralisée n’est constatée, tout en reconnaissant des difficultés d’approvisionnement pour certains traitements spécialisés. Photo: AFP.
L’alerte a été lancée sur deux fronts cette semaine. Mardi, au Parlement, la députée Joanna Bérenger a relayé les inquiétudes de patients concernant l’absence du Fluorouracil, un médicament utilisé dans certains traitements de chimiothérapie. Jeudi, la secrétaire générale de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), Jane Ragoo, a évoqué des difficultés similaires, cette fois pour des médicaments contre le diabète. Si le ministère de la Santé assure qu’il n’y a pas de rupture généralisée des stocks, il reconnaît que l’approvisionnement de certains traitements, notamment en oncologie, demeure un véritable casse-tête.
Le sujet touche directement des milliers de patients dont le traitement ne peut souffrir d’aucune interruption. Mardi, lors de la séance parlementaire, Joanna Bérenger a demandé des explications sur l’indisponibilité du Fluorouracil 5 % au National Cancer Centre. Selon la députée, plusieurs de ses mandants lui ont fait part de leurs difficultés à accéder à ce médicament, prescrit dans certains protocoles de chimiothérapie.
Deux jours plus tard, la question a refait surface lors d’une conférence de presse de la CTSP. Sa secrétaire générale, Jane Ragoo, affirme avoir été approchée par des patients confrontés au même problème. Selon les témoignages recueillis, certains auraient été invités à acheter eux-mêmes leur traitement en pharmacie privée, où son prix est particulièrement élevé.
La syndicaliste dit également avoir été alertée sur des difficultés concernant certains médicaments contre le diabète, notamment la Vildagliptine et le Synjardy. Interrogé sur ces allégations, le ministère de la Santé tient toutefois à apporter plusieurs précisions.
Selon ses explications, il n’existe actuellement aucune rupture de stock de Vildagliptine sur le marché ni dans le réseau public de santé. Les difficultés observées dans certains établissements seraient davantage liées à une consommation exceptionnellement élevée dans certaines régions sanitaires, en particulier la région 5, qui couvre notamment l’hôpital Victoria à Candos.
Pourquoi une telle pression sur les stocks? Au ministère, on évoque un phénomène de surprescription. Selon les explications obtenues, les diabétologues prescrivent généralement un nombre limité de traitements adaptés à chaque patient. En revanche, certains médecins généralistes et médecins communautaires prescriraient simultanément plusieurs médicaments antidiabétiques oraux. «Il n’est pas normal qu’un patient reçoive quatre médicaments oraux contre le diabète», explique une source au ministère, qui estime que cette pratique contribue à accroître artificiellement la consommation et à créer des tensions dans certains centres de santé.
L’oncologie face à un marché mondial sous tension La situation est différente pour certains médicaments destinés aux traitements contre le cancer. Le ministère reconnaît que leur approvisionnement est devenu particulièrement complexe. Plusieurs appels d’offres doivent parfois être relancés, soit parce que les prix proposés dépassent les estimations budgétaires, soit parce que les fournisseurs ne sont finalement pas en mesure de respecter leurs engagements.
À cela s’ajoute une autre réalité: Maurice représente un très petit marché. Pour le Fluo- rouracil, par exemple, les besoins annuels du pays sont estimés à 700 à 800 injections. Une quantité jugée insuffisante pour intéresser certains fabricants internationaux, qui privilé- gient des commandes beaucoup plus importantes avant de lancer leur production.
Selon le ministère, toutes les démarches avaient pourtant été entreprises afin d’assurer l’approvisionnement de ce médicament. Une livraison annoncée sous sept à dix jours ouvrables a finalement pris près de deux mois en raison du retard du fournisseur. «L’approvisionnement est devenu une bataille permanente», reconnaît une source proche du dossier.
Au-delà de ces difficultés ponctuelles, plusieurs observateurs estiment que c’est tout le modèle d’approvisionnement public qui mérite d’être repensé. Parmi les solutions avancées figure la mise en place de Framework Agreements, soit des contrats conclus sur deux à trois ans avec les fournisseurs. Un tel dispositif offrirait davantage de stabilité et limiterait les risques de rupture entre deux appels d’offres.
Une autre piste consisterait à renforcer les achats groupés avec les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). En rejoignant des commandes régionales beaucoup plus importantes, Maurice pourrait bénéficier d’un meilleur pouvoir de négociation et sécuriser plus facilement l’accès à certains médicaments spécialisés, notamment en oncologie. Les lenteurs administratives sont également pointées du doigt. Selon plusieurs sources, les procédures de passation de marchés, les validations financières et certaines formalités liées au dédouanement allongent encore les délais entre la commande et la mise à disposition effective des médicaments dans les établissements de santé.
Si le ministère de la Santé assure que les mécanismes d’approvisionnement sont en cours et que des solutions sont recherchées, les inquiétudes exprimées cette semaine illustrent la sensibilité d’un sujet où le moindre retard peut avoir des conséquences importantes pour les patients. Entre contraintes budgétaires, marché mondial sous tension et procédures administratives parfois lourdes, garantir la continuité des traitements demeure un défi majeur pour le système de santé mauricien.
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