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Portrait

Insheera Ramjan : Une comédienne-née

11 juillet 2026, 21:00

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Insheera Ramjan : Une comédienne-née

Insheera Ramjan, International Skincare Educator.

Dans la vie, la Mauricienne Insheera Ramjan, basée à Maastricht aux Pays-Bas, pratique avec tout le sérieux du monde son métier de «Senior International Skincare Educator». Mais dès qu’elle a un moment libre, elle se transforme en comédienne. Et ses imitations en différentes langues et ses réponses en créole du tac au tac, recommandées aux internautes qui ont affaire à des malotrus, sont tordantes. Portrait d’une professionnelle très appliquée dans son travail mais reine de la boutade à ses heures perdues.

Après avoir visionné quelques-unes de ses vidéos comiques, c’est par mail que le contact s’est établi avec Insheera Ramjan, plus connue comme Yaya.

Insheera, qui est née à Maurice, est l’aînée de Meahfouse et d’Usha Ramjan et a un jeune frère prénommé Shayeen, artiste et designer connu sous le nom de Shain Ramjan. Elle était encore un bébé lorsque ses parents émigrent en Grande-Bretagne. Son père, qui est un touche-à-tout, y travaille comme électricien.

Lorsqu’Insheera a dix ans, la famille décide de regagner l’île afin que leur fille ne soit pas coupée de ses racines et de sa famille élargie. Ils s’installent à Rose-Hill. Meahfouse Ramjan se reconvertit en guide touristique et chauffeur. Son épouse Usha prend de l’emploi comme représentante commerciale pour le magasin GAME d’abord puis chez Red Snapper.

L’adaptation d’Insheera à Maurice est en dents de scie car les enfants sont parfois cruels entre eux. À l’école primaire où elle est scolarisée, ses camarades de classe se moquent de son accent lorsqu’elle s’exprime en Kreol Morisien et de son français approximatif. Elle change donc d’établissement. Ce qui fait d’elle une jeune fille introvertie. «De plus, en famille, j’étais la plus petite de taille de tous mes cousins et loin d’être la plus mince. Je restais toujours dans un coin à observer les membres de ma famille lors des réunions familiales. Je notais leur façon de parler, leurs petites manies ou habitudes, et je les imitais en cachette.»

Ce qui l’aide à vaincre sa timidité, ce sont les pièces de théâtre au programme d’études que son école met aussi en scène. «C’était des pièces de Shakespeare et des pièces de Molière. Je me souviens que mes enseignants me choisissaient pour jouer la demoiselle en détresse ou la dame élégante alors que j’ai toujours voulu jouer le personnage maladroit et drôle ou la vieille dame excentrique.» Sa toute première ‘victime’ à l’époque est son père. «Je me souviens encore du jour où j’ai fait rire toute la famille.»

À la fin de ses études secondaires, Insheera qui se passionne pour l’art et la mode, se fait admettre au Fashion and Design Institute à Ebène. La mode allant de pair avec le maquillage, elle s’y intéresse de près également. «Mais ce qui me dérangeait, c’était les textures de peau irrégulières sous le maquillage.» De ce fait, elle décide de poursuivre des études supérieures en bien-être holistique et en esthétique avancée au Royaume-Uni, plus précisément à Watford.

L’art de simplifier les choses

Vu le lien étroit entre problèmes de peau et ceux de santé, sa passion s’est élargie et elle a étudié l’anatomie et la médecine holistique. Ses chargés de cours la trouvent douée et apprécient sa façon simple d’expliquer des théories complexes et des informations médicales de façon ludique et interactive.

Diplômée, elle est recrutée par une marque de produits de beauté de luxe anglaise, qui lui propose d’animer des séminaires de beauté et de santé sur des bateaux de croisière pour les passagers intéressés. Elle agit d’abord comme conférencière principale.

Les retours sont si positifs que la marque qui l’emploie lui fait animer des formations et des Master Classes pour des professionnels de l’esthétique. C’est ainsi qu’elle devient International Skincare Educator en soins high-tech. «On anime des séminaires sur les problèmes de peau, les traitements et les formulations de la gamme de produits de la marque.»

Depuis 2018, une marque de produits de beauté de luxe allemande l’a débauchée et c’est ainsi qu’elle a mis le cap sur Amsterdam et Maastricht. Elle y agit aussi comme International Skincare Educator. «Les soins de la peau sont devenus très populaires et très demandés. Des ingrédients comme le rétinol, le nicotinamide adénine dinucléotide (NAD+) qui favorise la production de collagène, unifie le teint et améliore l’élasticité de la peau ou encore les exosomes, minuscules vésicules extracellulaires, sécrétées naturellement par toutes les cellules du corps, qui sont la nouvelle tendance prisée pour le rajeunissement cutané et la pousse des cheveux, sont assez complexes. Nous formons des professionnels et des experts dans le monde entier en leur apportant davantage sur toutes ces nouveautés. Je suis aussi spécialisée dans les traitements avancés au laser et en microneedling et ces techniques font aussi partie de la formation.»

Sa profession l’amène à faire entre deux à quatre déplacements mensuels. Quand elle doit s’absenter, son mari, qui vient de Transylvanie en Roumanie, s’occupe de leur petite fille de deux ans.

Elle a récemment pris la décision de travailler en freelance. «J’ai décidé de quitter le monde de l’entreprise pour me lancer dans un nouveau projet, un concept que j’ai en tête depuis un moment, où je veux éduquer et aider le public à comprendre les problèmes de peau et de santé. Ce qui me permet de ne plus me limiter à une seule marque. J’ai maintenant la liberté de travailler avec plusieurs marques et d’offrir mes services à différents partenaires et entreprises.» En parallèle, elle a repris les études, cette fois en médecine traditionnelle chinoise (MTC). «J’espère devenir médecin en MTC un jour.»

Elle ne se serait pas fait connaître des internautes si elle n’était tombée sur la vidéo d’une femme sur TikTok, affirmant que l’acné et la pigmentation étaient causées par les produits de soins de la peau, et que c’était pour cela qu’elle n’utilisait rien. «À l’époque, j’avais déjà un emploi exigeant et je gérais la maternité en même temps. En voyant la vidéo de cette femme, j’ai été choquée et je me suis dit qu’on ne pouvait laisser cette fausse idée circuler. Je me suis soudain retrouvée à faire un reel éducatif où j’ai évoqué les causes de la pigmentation et les traitements associés. Je ne m’attendais pas à avoir autant de vues, mais tout de suite après, beaucoup de gens m’ont écrit pour que je publie davantage de contenus similaires. Et c’est ce que j’ai fait.»

Moqueries gentilles

Appelée à dire comment les médecins réagissent à ces vidéos de santé, Insheera réplique que lorsqu’elle a démarré sa carrière, elle a eu le privilège de travailler et d’assister des médecins chinois, des chirurgiens plasticiens vénézuéliens, des dermatologues russes, et ils appréciaient beaucoup sa façon de former, tout comme elle a beaucoup appris d’eux. «Ils continuent à m’encourager et à me soutenir aujourd’hui encore. J’ai été contactée par deux médecins mauriciens sur les réseaux sociaux, qui m’ont encouragée par rapport au contenu éducatif que je crée pour le public mauricien. En revanche, ceux qui réagissent négativement à mes contenus, ironiquement, ne sont pas médecins. Ceux-là me traitent d’arnaqueuse. Mais je n’en suis pas une. Je suis simplement là pour éduquer.»

Ses vidéos attirant 20 000 followers et 100 000 likes sur Facebook, Instagram et TikTok, ont fait remonter à la surface ses talents de comédienne. En sus de maîtriser l’anglais, le créole et le français, ses voyages lui ont permis d’apprendre un peu de roumain, d’espagnol, d’italien et de hindi. Si bien que dans ses temps libres, elle s’est mise à faire des vidéos et à se moquer gentiment des travers de personnes de différentes nationalités et surtout des Mauriciens malotrus, fournissant des répliques cocasses à leurs éventuelles victimes. «Il y a beaucoup de vérité dans mes sketchs. Bon nombre de ces incidents me sont réellement arrivés, et je les ai simplement un peu exagérés.» Bon public, les Mauriciens qui visionnent ses reels les trouvent amusants «car ils se reconnaissent dans plusieurs de mes sketchs et ont vécu des expériences similaires.»

Dans une des vidéos qu’elle a réalisées, elle pleure à chaudes larmes…de crocodile, en se moquant gentiment de son papa qui l’aurait remplacée dans son cœur et se serait pris d’affection pour un chat. Comment l’a-t-il pris ? «Mon père ne dit jamais grand-chose, mais je sais qu’au fond, il a apprécié et j’ai appris qu’il a ri en la regardant.»

Insheera, qui lorsqu’elle travaillait sur les bateaux de croisière, en profitait pour se produire en solo pour l’équipage lors de soirées open mic, a déjà été engagée pour se produire lors d’événements privés. Le stand-up comedy la tente aussi. Mais elle n’est pas partisane de courir plusieurs lièvres à la fois.

Sa dernière visite à Maurice remonte à 2023. Elle devrait être de retour à la mi-août pour deux raisons. «Je veux que ma fille découvre ses racines. Ensuite, j’ai été sollicitée professionnellement et engagée pour animer un événement éducatif et un atelier destinés au public sur les soins de la peau et les formulations pour une marque premium de soins médicaux cutanés qui sera introduite sur le marché mauricien.»

Insheera tient à remercier le public mauricien, qui l’a encouragée et qui continue à lui écrire pour en savoir plus sur les soins de la peau et la santé. «C’est grâce à eux que j’ai commencé ce nouveau parcours. Je leur suis vraiment reconnaissante et je ferai de mon mieux pour aider ceux qui en ont besoin.»

Les vidéos sérieuses comme comiques d’Insheera dont le pseudonyme est Yaya – nom que lui a donné son frère lorsqu’il était enfant et qui lui a collé à la peau depuis –, peuvent être visionnées sur les réseaux sociaux susmentionnés. Si vous avez une minute, regardez ses reel comiques, notamment l’attitude de mamans de différentes nationalités vis-à-vis de leur enfant et «Dimounn ki kontan vey to zafer 1 et 2». Rires garantis!

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