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Questions à…
Sabrina Lapierre : «La santé mentale n’est plus un tabou pour les adolescents»
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Questions à…
Sabrina Lapierre : «La santé mentale n’est plus un tabou pour les adolescents»
Sabrina Lapierre, «Education Mental Health Practitioner» et facilitatrice du projet Santé Mentale Jeunes.
#ToPaTousel. Un hashtag choisi spécialement par les élèves des centres ANFEN pour véhiculer une idée essentielle : un adolescent ne devrait jamais avoir à affronter seul son mal-être. En attendant la diffusion des vidéos de conscientisation des ambassadeurs d’ANFEN sur les réseaux sociaux, le point sur l’avancement du projet en coulisses avec Sabrina Lapierre, «Education Mental Health Practitioner» et facilitatrice du projet Santé Mentale Jeunes.
Qui sont les ambassadeurs en prévention santé mentale d’ANFEN et quel est leur rôle ?
Ce sont 80 adolescents, âgés de 12 à 16 ans, issus de 14 centres ANFEN, dont le rôle est de mettre en place des actions concrètes pour promouvoir le bien-être en matière de santé mentale dans leurs centres respectifs. L’objectif : lever les tabous sur la santé mentale auprès de leurs pairs en les encourageant, par exemple, à poser des mots sur leurs maux. Ils s’engagent à favoriser une atmosphère propice à l’esprit d’équipe et à l’entraide. Une solidarité et un engagement au service de leurs pairs permettant de détecter plus rapidement des situations de bullying, de violence et de les dénoncer.
Quels sont les facteurs qui influent négativement sur la santé mentale des élèves des centres ANFEN ?
Plusieurs facteurs, mais déjà le fait de vivre dans des milieux vulnérables au contact d’environnements parfois violents et touchés par les addictions aux substances. Ces jeunes, qui pour certains vivent dans des cellules familiales précaires, peuvent jusqu’à se sentir «rejetés» ou «abandonnés» par leurs parents. L’absence de ce sentiment de faire partie d’un foyer, d’une famille est très difficile à vivre, avec un effet rebond sur leur place dans la société, leur sentiment d’appartenance. Logiquement, ces jeunes se retrouvent plus exposés aux fléaux de société.
Est-ce que ce sentiment d’appartenance, d’attachement, ils peuvent le retrouver dans leur centre ANFEN et que cela peut agir comme un facteur de protection pour favoriser une meilleure santé mentale ?
Oui, tout à fait. Les centres offrent aux adolescents un environnement favorable avec un cadre bienveillant et sécurisant. Les éducateurs, les travailleurs sociaux et les praticiens en santé mentale sont en mesure de soutenir les adolescents dans une démarche d’écoute et d’accompagnement selon leurs besoins.
Le phénomène de «bullying» en milieu scolaire semble une menace omniprésente pour les enfants, qu’en est-il de la situation au sein des centres ANFEN ?
Nos centres d’éducation alternative ont tous un cadre ferme vis-à-vis de la violence, avec comme principe directeur une tolérance zéro de la violence. Par ailleurs, les effectifs de chaque école et de chaque classe sont en principe faibles, ce qui permet de détecter rapidement un cas éventuel de harcèlement et surtout d’intervenir sans tarder. Par contre, c’est plus compliqué de lutter contre les cas sur les réseaux sociaux.
Dépendant des centres, les équipes pédagogiques abordent le bon usage des outils comme le téléphone portable, dans le respect des autres. L’accompagnement et la formation des adolescents dans les centres vont bien au-delà de la remise à niveau académique, pour inclure de telles problématiques, transmettre des valeurs citoyennes… Toujours dans le dialogue, en mettant les jeunes au centre des échanges, comme force de proposition, comme dans le cadre de notre projet de prévention santé mentale.
Qu’apporte cette approche participative ?
Elle permet déjà de bâtir de nombreux soft skills. Par exemple, en cheminant deux années scolaires avec les ambassadeurs, je constate de gros changements au niveau de leur confiance en eux dans la prise de parole, par exemple. Dans leurs témoignages poignants, c’est extraordinaire de constater leur maturité, leur épanouissement… Nous avons partagé des moments forts, avec parfois des partages lourds, que les adultes ont pu contenir, soutenir et qui ont donné lieu parfois à un référencement vers un psychologue pour un suivi. Je salue l’effort de chaque jeune pour pratiquer l’écoute active et être un maillon de ce safe space essentiel pour accueillir la parole de l’autre. Sans jugement, mais au contraire avec beaucoup de bienveillance.
Quant aux adultes, nous sommes parvenus à tisser des liens de proximité avec les ambassadeurs. La santé mentale n’est plus un tabou pour les adolescents, qui ont compris que le fait de se sentir bien dans son corps et dans sa tête permet de construire de belles choses, d’avancer dans ses études vers ses rêves…
Au cœur du projet, cette année, la réalisation de vidéos, pourquoi ce choix ?
L’équipe d’ANFEN est convaincue que l’impact est beaucoup plus grand quand un adolescent s’adresse à un autre jeune, avec des messages clés. Par exemple, sur la résilience : comment cultiver en soi les outils pour se relever après avoir vécu des émotions difficiles. Nous avons mené une rencontre le 26 juin à RoseHill, où nous avons diffusé aux ambassadeurs des campagnes réalisées à l’étranger mettant en scène des jeunes qui s’adressent à d’autres. Le tournage de nos vidéos locales se fera en juillet. Si possible, nous souhaiterions lancer les vidéos des jeunes d’ANFEN sur les réseaux sociaux à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre.
Ce projet n’inclut pas les trois centres ANFEN de Rodrigues, pourquoi ?
Effectivement, pas pour l’instant, à notre grand regret. À ce stade, ce n’était pas pertinent d’envisager d’organiser les ateliers en ligne, car nous voulions nous assurer que les échanges dans les focus groups seraient spontanés et que l’écoute des jeunes serait de qualité, pour ne pas qu’ils se sentent livrés à eux-mêmes, par exemple après un partage d’émotions difficiles. Cela ne veut pas dire que le projet n’est pas envisageable à Rodrigues, mais cela nécessiterait de concevoir le programme autrement. Et d’obtenir des financements supplémentaires pour le mener à bien, avec l’impact qualitatif recherché.
Les centres ANFEN prennent-ils aussi en considération la santé mentale de leur personnel ?
Oui, les éducateurs, les counsellors, etc., ont accès à des espaces de supervision, voire à des sessions individuelles en cas de besoin. Nous avons aussi un programme de formation continue pour s’outiller afin de toujours mieux accompagner les jeunes, sans s’oublier soi-même en cours de route. Prendre soin de soi est primordial, à n’importe quel âge de la vie et dans n’importe quelle profession. Et cela rejaillit forcément sur notre entourage. C’est d’ailleurs un des messages clés que nos jeunes ambassadeurs ont bien intégré.
L’Artigiano s’engage aux côtés d’ANFEN
Convaincu que l’entreprise a un rôle à jouer dans la construction d’une société plus inclusive, L’Artigiano, spécialisée dans l’importation et la distribution de produits alimentaires italiens de premier choix, a apporté son soutien au projet «When ANFEN Youth Break the Silence!», porté par ANFEN avec l’appui de la plateforme Small Step Matters. Grâce à cette contribution, l’initiative permettra de former de jeunes ambassadeurs issus des différents centres ANFEN afin qu’ils sensibilisent leurs pairs aux enjeux de la santé mentale. Reposant sur une approche participative, le projet donne la parole aux jeunes à travers des ateliers et la réalisation d’une mini-série de vidéos imaginées et produites par eux-mêmes. Son ambition est de briser les tabous, favoriser le dialogue et encourager une culture d’écoute, de bienveillance et de soutien entre pairs. Cette collaboration s’inscrit pleinement dans la démarche de responsabilité sociétale de L’Artigiano et du groupe APTIS, qui placent l’humain, la transmission et l’impact positif au cœur de leurs actions. En soutenant des initiatives porteuses de sens, le groupe réaffirme sa volonté d’accompagner les générations futures, de promouvoir le bien-être des jeunes et de contribuer à construire une société où chacun peut s’exprimer librement, être entendu et envisager son avenir avec confiance.
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