Publicité
Mondial-2026
L'affaire Balogun et l'emprise de Trump sur la FIFA : la Coupe du monde sous influence
Par
Partager cet article
Mondial-2026
L'affaire Balogun et l'emprise de Trump sur la FIFA : la Coupe du monde sous influence
Donald Trump et Gianni Infantino dans le bureau ovale. AFP/ Andrew Caballero-Reynolds
L'affaire Balogun restera sans doute comme le symbole le plus troublant de ce Mondial-2026. Expulsé face à la Bosnie-Herzégovine après intervention de la VAR, l'attaquant américain devait purger une suspension automatique lors du huitième de finale contre la Belgique. Quelques jours plus tard, la FIFA a décidé de suspendre l'exécution de cette sanction, permettant au meilleur buteur des États-Unis d'être immédiatement réintégré. Une première depuis 1962.
Ce qui a suivi a amplifié le malaise. Le New York Times a révélé — confirmé par Trump lui-même — que le président américain avait personnellement appelé Gianni Infantino pour demander un réexamen du dossier, pendant qu'une équipe d'avocats mobilisée par la Maison Blanche contestait la procédure ayant conduit au carton rouge. La Fédération royale belge, l'UEFA et plusieurs acteurs du football mondial ont vivement réagi.
Une ingérence qui s'inscrit dans une tendance
L'affaire Balogun ne constitue pas un épisode isolé. Depuis le début du tournoi, la frontière entre football et politique s'est progressivement brouillée. Quelques mois avant le coup d'envoi, lors du tirage au sort des groupes, Infantino remettait à Trump le tout premier Prix de la Paix de la FIFA — une distinction créée spécialement pour l'occasion, vivement critiquée au sein même de l'organisation. Pendant la compétition, la gestion de la délégation iranienne a soulevé de nombreuses interrogations, avec des restrictions de déplacement et des problèmes de visas touchant plusieurs accompagnateurs. Les exemptions accordées aux joueurs n'ont pas bénéficié aux supporters ni aux arbitres issus de pays visés par les politiques migratoires américaines — Irak, Sénégal, Haïti, Somalie. Infantino a également confirmé que Trump remettra lui-même le trophée au futur champion du monde lors de la finale.
Une proximité qui s'explique, mais qui interroge
Pourquoi la FIFA accorde-t-elle autant de place à Donald Trump malgré les critiques ? La réponse est d'abord économique. Les États-Unis représentent aujourd'hui le marché le plus stratégique pour le développement du football mondial. La FIFA a renforcé sa présence à Miami, et le pays accueille successivement Copa América, Coupe du monde des clubs, Mondial-2026 et co-organisera la Coupe du monde féminine 2031. Les droits télévisés, les partenariats commerciaux et le développement de la MLS constituent un levier colossal. Se brouiller avec la Maison Blanche reviendrait à fragiliser un projet construit patiemment depuis plusieurs années.
De son côté, Trump n'a aucun intérêt à rester simple spectateur. La Coupe du monde offre une vitrine mondiale incomparable à quelques mois de Midterms très attendus, et chaque apparition aux côtés d'Infantino lui permet d'associer son image au plus grand événement sportif de la planète.
Pour le président de la FIFA, cette proximité répond à une logique personnelle plus large. Infantino nourrit depuis longtemps l'ambition de voir le football jouer un rôle diplomatique aux côtés des grandes institutions internationales, y compris aux Nations unies. Être proche des dirigeants les plus influents de la planète constitue autant un levier d'influence qu'une stratégie personnelle.
Le problème est qu'à force de vouloir séduire le pouvoir politique, la FIFA donne parfois l'impression que son indépendance devient négociable. L'affaire Balogun en est aujourd'hui l'illustration la plus frappante.
Publicité
Publicité
Les plus récents