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Océan Indien
Pourquoi l’Inde a besoin de Maurice et des Seychelles
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Pourquoi l’Inde a besoin de Maurice et des Seychelles
■ Tapis rouge pour Narendra Modi samedi à Mahé, ici en compagnie du président seychellois, qui a mis les petits plats dans les grands pour le président indien.
Derrière les cérémonies, les sourires diplomatiques et les danses traditionnelles, une autre partition se joue dans l’océan Indien. En participant au cinquantième anniversaire de l’indépendance des Seychelles aux côtés de Narendra Modi, le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam se retrouve au cœur d’une équation stratégique qui dépasse largement les deux archipels.
Depuis quelques années, New Delhi ne parle plus simplement de coopération régionale. L’Inde parle désormais de MAHASAGAR – Mutual and Holistic Advancement for Security and Growth Across Regions. Derrière cet acronyme se cache une ambition : faire de l’océan Indien non seulement un espace sécurisé, mais aussi le centre d’un nouvel ordre économique reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Cette doctrine marque une évolution du concept SAGAR vers une stratégie beaucoup plus globale, destinée également à renforcer l’influence indienne face à la montée en puissance chinoise dans le Sud global.
Dans cette architecture, Maurice et les Seychelles occupent une place disproportionnée par rapport à leur taille.
Des eaux convoitées
La géographie explique d’abord cette importance. Les deux archipels contrôlent d’immenses zones économiques exclusives situées sur quelques-unes des routes maritimes les plus fréquentées au monde. Une grande partie du commerce énergétique mondial, des flux commerciaux reliant l’Asie à l’Europe ainsi que les communications sous-marines transitent par cet espace.
Pour New Delhi, il ne s’agit donc pas uniquement de protéger des partenaires historiques. Il s’agit de sécuriser les lignes vitales de son économie.
L’autre raison est militaire.
L’océan Indien est devenu un théâtre de rivalités silencieuses. La présence navale chinoise s’étend progressivement de Djibouti jusqu’à Gwadar au Pakistan, tandis que Pékin investit massivement dans les infrastructures portuaires africaines. Sans disposer de bases militaires comparables, l’Inde répond par une stratégie d’interopérabilité : radars côtiers, surveillance maritime, patrouilleurs, hydrographie, formation des gardescôtes, exercices conjoints et partage du renseignement.
La remise cette semaine du patrouilleur rapide PS Lespwar aux Seychelles illustre cette logique. L’objectif n’est pas seulement la lutte contre la piraterie ou la pêche illégale ; il consiste à construire un réseau de partenaires capables de surveiller collectivement le bassin occidental de l’océan Indien.
Mais la sécurité n’est plus le seul langage employé.
Les neuf accords signés entre l’Inde et les Seychelles racontent une autre histoire : financement d’infrastructures, paiements numériques, coopération spatiale, santé publique, agriculture, formation maritime, hôpital national, mobilité électrique et énergie solaire. L’aide de 175 millions de dollars proposée par New Delhi illustre une diplomatie du développement destinée à offrir une alternative aux financements chinois.

■ Navin Ramgoolam échangeant avec le président de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf.
C’est précisément là que Maurice entre dans l’équation. Port-Louis n’est pas simplement un partenaire bilatéral de l’Inde. Maurice constitue le principal hub financier, juridique et diplomatique de l’océan Indien occidental. Le siège de la Commission de l’océan Indien, celui de l’Indian Ocean Rim Association et plusieurs infrastructures régionales y sont installés. S’y ajoute une proximité historique, culturelle et humaine unique avec l’Inde.
Pour Narendra Modi, un axe Inde-Maurice Seychelles permettrait de structurer le flanc occidental de sa stratégie maritime. Agenda chargé
Les dossiers communs abondent : sécurité des câbles sous-marins, économie bleue, lutte contre le narcotrafic, pêche illégale, adaptation climatique, ports intelligents, connectivité numérique, énergies renouvelables et protection des routes commerciales.

■ Veena Ramgoolam en compagnie de la première dame des Seychelles, Véronique Herminie.
La présence simultanée à Victoria du président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, d’un représentant russe ainsi que du ministre chinois des Transports rappelle toutefois que l’océan Indien est désormais un espace où toutes les puissances cherchent à consolider leur influence.
L’Inde avance avec un avantage dont peu d’acteurs disposent : une relation historique avec les deux archipels, une importante diaspora, des liens institutionnels anciens et une image de partenaire moins intrusive que d’autres grandes puissances. Reste à savoir si cette proximité culturelle suffira face à la puissance financière chinoise et aux intérêts militaires américains dans la région.
Pour Maurice, la visite de Navin Ramgoolam pourrait ainsi revêtir une portée plus stratégique qu’il n’y paraît.
Entre New Delhi, Victoria et Port-Louis pourrait émerger un triangle diplomatique appelé à jouer un rôle croissant dans la gouvernance de l’océan Indien. À condition que les deux îles ne deviennent pas de simples pions d’une rivalité entre puissances, mais qu’elles sachent transformer leur position géographique en véritable levier de souveraineté.
L’histoire rappelle souvent que les grands empires convoitent les détroits. Le XXIe siècle montre qu’ils convoitent désormais les archipels.
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