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Exposition
Sarah Honoré: «Kan nou nepli pou dan lakaz mama»
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Sarah Honoré: «Kan nou nepli pou dan lakaz mama»
(Photos : Aline Groëme-Harmon)
Des corps prostrés, figés dans une même supplication. Autour d’eux, le monde, indifférent, continue de tourner. «Enn lapousier dan ler…kat lisien fou ti pe lager». Pour sa première exposition solo, Sarah Honoré plante le décor d’un monde «post-humanité». «Nepli nu lakaz» est visible à la galerie Imaaya à Phoenix jusqu’au 25 juillet prochain.
Entre les pierres couvertes de mousse pour délimiter un espace, des saris déroulés comme des étendards, ce sont les paroles d’une chanson qui nous guide. Un couplet raconte : Fer byen lontan deza ki tou bann zom finn dezert vilazla. Un autre constate : Laklos legliz ruye…Nepli fer so tapaz so la priyer.
Que se passe-t-il après que l’humanité a disparu? Une installation répond que d’autres formes de vie, comme les chiens, poursuivent leur existence. Ces questionnements, Sarah Honoré les partage dans deux installations principales. Autour des colonnes enroulées dans du textile, des formes humaines sont saisies dans une position de détresse. «Zot finn zet zarm kont violans lanatir. C’est un monde où la nature a repris ses droits après des changements climatiques extrêmes», explique l’artiste.

Dans cet univers bousculé par le chaud et le froid intenses, les tempêtes et les tremblements de terre à répétition, «de plus en plus, l’humanité s’est accrochée à la foi». Sarah Honoré précise : elle n’a grandi dans aucune culture religieuse. «La notion de foi m’est venue à travers des rencontres avec des gens de tous horizons». Elle a surtout observé comment «la foi apaise ces personnes. J’ai alors inventé une mythologie pour parler de la foi, mais sans faire référence à une religion en particulier».
Pour ce premier solo, Sarah Honoré explique vouloir confronter le visiteur à «lanbians lapriyer» et déclencher chez lui une série de questions. «Eski bann dimounn-la, zot la ou zot pa la ?» Réfléchir au rapport entre la foi et la nature. «Entre les formes de spiritualité qui nous rapprochent de la nature et celles qui nous en éloignent, c’est se demander si nous continuerons d’en faire l’expérience seulement jusqu’à la fin de l’humanité ou jusqu’à la fin de la nature ?» Elle-même a traversé une «grosse crise existentielle à 18-19 ans», quand elle a vraiment compris «ki ete sa lavi». Avec pour constante, l’envie que tout ce à quoi elle touche, «li pa zis pou enn moman».
Autant d’interrogations retranscrites dans les lasenn pus lizie et les zanon lerwa soley accrochés dans des cadres en papier mâché, leur conférant une dimension de sacralité. Dans cette «mythologie», le Gardien lapriyer est taillé dans un sac de riz. Riz nourricier, riz-offrande. Riz double face. Car, dépendant des sécheresses, inondations et pandémies, riz-pénurie et riz-famine. L’art de Sarah Honoré s’exprime dans le désir conscient de travailler avec des objets récupérés : de vieux vêtements, face aux tendances de surconsommation dopées à la fast fashion. Pierres qui retourneront à la nature après l’expo, plumes d’oiseaux, vieilles bouteilles, dessins. Et par-dessus tout, de la terre. Mama later.
Si le nom de Sarah Honoré est plus connu dans le monde musical – elle est la fille de Stephano Honoré, le griot Menwar – sa pratique artistique est pluridisciplinaire. «L’art est un mouvement au service d’une histoire. Si l’histoire nécessite de la couture, de la peinture, de la collecte d’objets, je fais tout cela.» Les matériaux de cette exposi- tion ont d’ailleurs été collectés dans des espaces «ki mo estime mo lakaz», confie-t-elle.
Agenda : Ateliers de création
L’exposition s’accompagne d’une programmation faite de soirées à thème et d’ateliers. Le programme démarre le mercredi 1ᵉʳ juillet, de 17 h 30 à 20 heures avec une «sware kreasion kolektif» ayant pour thème «Langaz Kreol». Entrée gratuite. Renseignements et réservations sur les rendez-vous échelonnés sur les quatre semaines que dure l’exposition «Nepli nu lakaz» sur www.moris.community/nnl ou [email protected].
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