Publicité
Kronik KC Ranze
Perdons-nous la boule (*) ?
Par
Partager cet article
Kronik KC Ranze
Perdons-nous la boule (*) ?
La Grande-Bretagne doute et perd la tête
Encore ? Après la démission de Keir Starmer, le prochain Premier ministre (PM) britannique, probablement un certain Andy Burnham, sera le septième PM en dix ans ! Ces dix ans célèbrent aussi l’anniversaire du BREXIT, ce retrait de l’Europe qui, sous les faux semblants de divers mensonges, promettait tant, y compris un retour vers la gloire d’antan. Coïncidence ? Pas du tout sûr !
Les Britanniques qui se vantaient tant de la stabilité politique de leur système, face notamment à l’instabilité française sous la IVème république (24 gouvernements pendant les 12 ans de 1946 à 1958…), se retrouvent en territoire inconnu et potentiellement douloureux parce que depuis Brexit, le pays vit dans le doute. Dans le doute face aux résultats négatifs du Brexit (estimé avoir coûté entre 4 et 8 % de PIB au pays jusqu’ici) ; dans le doute face au bipartisme (après les conservateurs balayés de leurs soutiens traditionnels par Reform UK, les Travaillistes sont maintenant rongés sur leur gauche par les Greens !) ; dans le doute sur leur «special relationship» avec les États-Unis, malgré les tentatives de rattrapage de Charles III et dans le doute au point où le parti le plus populaire du moment (sondages et élections locales récentes) est celui de Nigel Farage, pourtant largement responsable… du Brexit ! Ah tiens, j’oubliais la question de l’immigration. On réduisait, de fait, l’immigration venue de l’Europe alors qu’explosait l’immigration venue d’ailleurs ! Il fallait bien trouver du monde pour changer les draps dans les hôtels, travailler sur les chantiers et récolter les fraises en saison !
La confusion et le doute persistaient le 18 juin dans trois récentes élections partielles où, cette fois, le progrès de Reform UK était freiné net. Les travaillistes gagnaient même Makerfield qui élisait Burnham, une condition préalable nécessaire pour challenger Starmer comme leader travailliste. Il promettait, surprise énorme, du… changement ! Il a promis de faire baisser le prix de l’eau et du kWh, de réduire les tarifs du train, de réindustrialiser le pays, de rétablir certains transferts sociaux abolis, de construire de nouvelles maisons… ça vous rappelle quelque chose ? Il sera lui aussi, inévitablement, rattrapé par ses promesses ! Farage, plus sinueux, plus savonneux, fait bien moins de promesses et surfe sur l’émotion, l’indignation souvent sélective, la haine, la jalousie….
M. Starmer avait pourtant assuré une victoire colossale à son parti il y a deux ans et a plutôt bien réussi son parcours comme PM, mais son Cabinet et ses parlementaires prenaient frayeur face à la baisse de popularité du parti. Starmer a aussi fait des erreurs (Mandelson ; l’annulation de l’allocation chauffage, où il a dû faire machine arrière ; les taxes qu’il avait été obligé d’activer, contrairement aux promesses électorales, ayant constaté, lui aussi au départ, un «trou» inattendu dans les finances publiques….).
Qu’est-ce qui est nouveau sur cette planète… ?
«Quo vadis nostra patria» ?
Ceux qui ont le plus protesté contre la réforme des pensions sont ceux qui allaient le plus perdre. Il ne s’agit donc pas des moins fortunés qui devaient recevoir, grâce au ciblage, le maximum de ce que le Budget actuel pouvait honorer, et, mieux, espérer recevoir plus à l’avenir au fur et à mesure que les finances publiques s’assainissaient ! Les plus virulentes protestations émanaient des relativement mieux lotis qui allaient toucher moins ou rien et qui étaient invités à s’assumer un peu plus, à travers l’initiative National Pension and Provident Fund et l’appel d’économiser plus personnellement pour leur retraite… Mais on s’accrochait amoureusement à l’état-tétine !
En conséquence face aux hurlements de protestation, le gouvernement a reculé ! C’est un triomphe pour la vue à court terme, recroquevillée sur le bénéfice personnel, face à la prévoyance qui veut et peut, elle, penser au bien commun et à l’avenir ! Nous ne sommes pas dans une situation unique. Le même humain, rational economic man, est celui qui vote pour la réforme, tant que ce n’est pas lui qui paie… Celui qui, comme les gilets jaunes, est pour combattre le réchauffement de la planète tant que l’on ne taxe pas plus son essence (il faisait 40,9 °C à Paris cette semaine…). Celui qui veut maintenir, voire étendre les dépenses publiques et l’état providence, sans avoir à y contribuer plus…
Le means testing annulé, c’est désormais un «trou» supplémentaire de Rs 10 milliards au Budget ! MILLIARDS ! On commençait les opérations 2026-27 du gouvernement avec un déficit de 3,7 %, soit Rs 31 milliards. MILLIARDS ! Et ce, ayant comptabilisé Rs 10,6 milliards des Chagos ! Les protestataires qui jubilent de la reculade du gouvernement ont-ils une proposition fiable pour boucher ce trou qui va sûrement faire tilt tant chez Moody’s qu’au FMI ? Réduire les salaires des ministres par 50 % ? Environ Rs 75 millions. MILLIONS ! Décapiter la vice-présidence ? Rs 3 millions. MILLIONS ! Annuler tous les voyages du gouvernement à l’étranger peut-être ? Rs 113 millions (dont 30 % pour ministres et parlementaires). MILLIONS. Je sais que «chaque sou compte» et que l’exemple est capital, mais on va y arriver comme ça, à la petite cuillère vous croyez ? Si vous écoutez le comptable Xavier-Luc Duval qui, comme tout politicien «normal», croit que racoler des voix est sa mission première, ce qu’il faut faire c’est… ramener l’âge de la retraite à 60 ans ! Avant de dépenser plus sur la police et les subventions à l’alimentaire. Alléluia ! Il a sûrement dû inventer une nouvelle réalité comptable… ? Xavier-Luc Duval comme PM, pour en profiter ?
❝ «Anything that cannot go on for ever, eventually stops.»
Stein’s Law
D’autres prônent la taxe sur les compagnies et les riches, tout en souhaitant plus d’investissement sur l’avenir et de nouveaux «piliers». Ça reste une option en effet, mais soulignons quand même que les recettes de taxes ont déjà augmenté de 21,2 % en deux Budgets. On touche aux salaires des fonctionnaires peut-être ? On taxe intérêts et dividendes (vous vous souvenez de nos réactions contre cette «réforme» Sithanen) ? On prend un peu plus partou, partou ? Ça ne désamorce pas la bombe à retardement….
L’attitude réfractaire envers le means testing est aussi reproduite face aux subsides universels qu’on ne veut pas remplacer par des Food stamps plus focalisés, par exemple ! C’est toutefois clairement plus raisonnable de mieux canaliser ces subventions vers les moins fortunés. Ceux qui vivent une vie relativement bourgeoise se battront pourtant pour bénéficier eux aussi des subventions sur le riz, la farine, le gaz, l’huile, l’eau, les couches et le reste. Ils ne lâcheront pas le morceau, plaidant le «droit acquis» ou… la dignité. Et refusant de voir le bourbier financier dans lequel on se trouve déjà… légué par d’autres !
❝ «Tous pour le changement ! Cependant, pour le changement qui en coûte, voir les autres !»
KC RANZE, JUIN 2026
D’ailleurs, quand il y a tentative de ciblage, on s’adapte pour en profiter, n’est-ce pas ? Prenez l’exemple de l’eau qui est gratuite pour ceux qui consomment moins de 6 mᵌ. Bien des petits malins ont découvert le truc de faire une demande pour plus d’un compteur, à divers noms, pour pouvoir utiliser deux ou trois ou quatre fois 6 mᵌ sans payer… Ce qui me rappelle la fameuse initiative précédente d’il y a plusieurs décades qui voulait facturer l’eau en fonction du nombre de robinets dans la maison. Les robinets disparaissaient comme par magie et une lance d’arrosage desservait la cuisine, la salle de bain et le jardin… Malin !
Ne me méprenez surtout pas. Je suis ravi que nous ayons un Welfare State. Je souhaite seulement qu’il soit de meilleure qualité et que ses bénéfices soient canalisés vers les plus méritants quand les finances nationales ne peuvent plus (ou ne pourront plus) les financer pour tous ! Le système de pension universel que nous avions, avec un âge de retraite qui ne tenait aucun compte du prolongement de l’espérance de vie et qui explose sous la cravache démagogique de tous les politiciens depuis 1976 ainsi que du vieillissement de la population, est intenable pour le budget national et, partant, pour le pays. À moins de saouler le pays avec des taxes ou de ronger les dépenses ailleurs (travaux publics, licenciements, réductions de service) ? Qu’attend ce gouvernement enfin responsable pour le démontrer ?
Maurice n’est pas un des pays visités par Gulliver et nous ne sommes sûrement pas tous des Yahoos, comme décrit par Swift dans sa satire, mais notre tribu ressemble beaucoup à celle du Je-Me-Moi-Tout-de-suite, qui ne voit décidément pas plus loin que le bout de son nez. Nous n’avons pas de nez ? On ne sent toujours pas ce qui va nous arriver ?
Refuser la réforme n’est bien que si nous pouvons trouver les MILLIARDS qui manquent. Il faut trouver au moins 20 MILLIARDS. Qui va nous faire une proposition fiable ? Chiffrée ! Et évitez-moi les «IL-NY-A-KA», svp… ; en attendant les coupes proposées par les comités a la recherche des milliards perdus !
(*) Avec mes excuses à la Coupe du monde de l’Infantino Trump
Publicité
Publicité
Les plus récents