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On respire enfin

17 juin 2026, 09:30

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Après 14 semaines éprouvantes, on entrevoit enfin la lumière au bout du tunnel. La crise énergétique provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz, une route maritime par laquelle transite près de 20 % du trafic mondial de produits pétroliers, aura fini par avoir raison des pulsions belliqueuses des uns et des autres et faire prévaloir le bon sens dans les négociations entre Washington et Téhéran, avec le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, agissant comme intermédiaire.

Cette guerre insensée trouvant sa justification dans une hypothétique menace future de l’Iran à la survie d’Israël entraînait le monde dans une triple crise énergétique, économique et alimentaire. Début juin, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tirait la sonnette d’alarme, s’appesantissant sur le fait que plusieurs économies particulièrement vulnérables au choc pétrolier sont susceptibles de basculer en récession. Au vu de son statut de net importateur de produits pétroliers et alimentaires, Maurice se retrouve sans doute dans cette catégorie.

Dans le pire des scénarios, l’OCDE anticipait un ralentissement de la croissance mondiale de 3,4 % à 2,1 %. Cette réduction de 1,3 % du PIB mondial signifie que $ 1 400 milliards de la richesse mondiale pourraient être potentiellement effacés. C’est dire que cette situation était devenue intenable.

À Maurice, la State Trading Corporation est déjà sous pression, ayant à payer $52 millions sur chaque cargaison de carburant contre $27 millions avant la crise. Autrement dit, on s’acquitte déjà de Rs 1,2 milliard supplémentaires sur chaque cargaison, résultant notamment de l’envolée des cours pétroliers et des coûts de fret. Quand on sait qu’entre avril et juin, on prévoyait d’acheter trois cargaisons de carburant, on peut facilement imaginer les dégâts aux finances publiques selon le scénario d’un prolongement de la guerre.

Sauf un revirement spectaculaire, l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran sera signé ce vendredi. Déjà, le prix du brut se dégonfle, le baril se vendant autour de $80 le lundi 15 juin. Selon toute vraisemblance, les cours pétroliers retrouveront, dans le meilleur scénario, leur niveau d’avant la crise, soit autour de $70.

Pour le Premier ministre, la perspective d’une fin du conflit au Moyen-Orient est bien évidemment un gros soulagement alors qu’il s’apprête à présenter le Budget 2026-2027. Les Rs 3 milliards à Rs 4 milliards supplémentaires dépensées jusqu’ici dans l’importation de produits pétroliers ont été quelque peu amorties par la dernière hausse des prix des carburants intervenue à la mi-avril. Ainsi, sur la base que notre consommation de carburant s’élevait à 394 029 tonnes d’équivalent pétrole en 2025 (chiffre de Statistics Mauritius), l’on peut estimer que les revenus additionnels collectés à partir de la majoration des prix des carburants s’élèveraient autour de Rs 270 millions par mois. Pour l’heure, ces chiffres sont approximatifs. On s’attend à ce qu’au nom de la transparence, le Premier ministre quantifie l’impact de la guerre sur la trésorerie publique.

Quoiqu’un soulagement, la fin de la guerre ne doit pas nous faire perdre de vue nos priorités. On le répète : il est primordial de corriger les dysfonctionnements inhérents à l’économie mauricienne. À chaque crise, le pays est extrêmement vulnérable à la volatilité des prix des produits pétroliers et de l’alimentaire. C’est comme un robinet qui s’ouvre et par lequel s’écoulent nos devises étrangères. Il est du devoir de ce gouvernement, non pas de colmater les brèches, mais de solutionner durablement les problématiques de sécurité énergétique et d’autosuffisance alimentaire.

Ce ne sont pas des mesures confetti qui vont solutionner ces problèmes structurels propres à notre statut de petit État insulaire en développement. La loi de finances doit servir de feuille de route et créer les conditions pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables et dynamiser le secteur agricole. Dans le secteur des énergies renouvelables, il faut notamment instaurer un cadre propice à attirer les capitaux dans les investissements dits greenfield.

Par ailleurs, la fin de la guerre laisse entrevoir une issue favorable au deal sur les Chagos avec à la clé la location de la base militaire de Diego Garcia aux Américains qui devrait rapporter à l’État mauricien circa Rs 10 milliards par an.

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