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Hommage

Josiane Nankoo, née Cassambo : Autrice du fameux «Tangaley»

15 juin 2026, 18:00

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Josiane Nankoo, née Cassambo : Autrice du fameux «Tangaley»

Josiane et son oncle, Loïs Cassambo.

Ses proches l’appelaient Ma’Vo. Un surnom de famille, transmis avec la tendresse des choses anciennes. Ses enfants, ses petits-enfants, sa sœur aujourd’hui inconsolable, ses cousines, tous continuent de parler d’elle au présent. Difficile pour son entourage d’accepter le départ de cette grande dame du séga.

Josiane était née chez les Cassambo. À Maurice, cela signifiait quelque chose.

Avant que les intellectuels ne s’intéressent au patrimoine immatériel, avant que le séga n’entre dans les institutions, les Cassambo vivaient déjà dans cette mémoire-là. Chez eux, les chansons circulaient comme les histoires. On les recevait des anciens, on les transformait parfois, puis on les transmettait aux plus jeunes. Rien n’était écrit. Tout se retenait. Josiane a eu une enfance des plus simples. Ses journées s’écoulaient parmi les cases de tôle et de paille où vivaient alors son père, ses oncles Loïs et Rolo Cassambo, ses frères et sa sœur. Le décor était modeste. Mais la pauvreté matérielle était souvent compensée par une autre richesse : celle des voix, des récits et de la musique.

Dans la cour familiale, l’après-midi, après le travail, la ravanne marque le temps. La maravanne lui répond. Quelqu’un chante. Un autre reprend le refrain. Ainsi se construit une mémoire collective.

Josiane n’apprend pas le séga. Elle grandit dedans.

Comme beaucoup de femmes de sa génération, elle connaît la valeur du travail. Ses cousines se souviennent de cette jeune fille qui allait ramasser de l’herbe sèche pour nourrir la vachette de la maison. Quelques poules picoraient dans la cour. Il fallait s’en occuper chaque jour. Josiane ne rechignait jamais à la tâche. Elle avançait avec cette simplicité des gens qui marchent sur la vie. Cette force, elle la conservera toute sa vie.

Une voix fine et puissante à la fois

Dans son art aussi. Ceux qui l’ont connue parlent d’une voix tendue vers les aigus, fine et puissante à la fois, capable de traverser le tumulte d’une ravanne, de s’élever au-dessus des danseurs, de franchir les clôtures et les champs de canne. Une voix qui semblait avoir poussé là, dans cette terre de Petite-Rivière, et qui a défini toute une époque du séga, notre musique nationale.

Mais Josiane, c’était aussi une voisine vers laquelle on se dirigeait naturellement, la communauté comptait peu ! Une cousine à qui l’on se confiait, une sœur qui savait écouter avant de parler. Plus tard, ses petits-enfants découvriront à leur tour cette affection tranquille qui faisait de sa présence un refuge. Plus tard, elle épouse Pierre Nankoo. Lui, joue de la maravanne. Ensemble, ils prolongent un héritage qui leur paraît naturel. Ni carrière, ni stratégie. Seulement une fidélité.

Les chansons que compose Josiane parlent de ce qu’elle connaît : les voisins, les amours, les travers humains, les petites moqueries du quotidien. Son regard est tendre, mais jamais naïf. Elle observe avec amusement cette comédie humaine qui se joue dans les cours, les chemins et les boutiques. Ses textes possèdent la saveur d’un créole aujourd’hui en partie disparu, celui des anciens, avec ses tournures, ses images et sa musicalité propre.

Les Cassambo deviennent ensuite le groupe Zenfan Ti Rivière, sur les conseils avisés du photographe Pierre Argo. À cette époque, le séga traditionnel intéresse peu de monde. Il est regardé avec condescendance par une partie de la société mauricienne. Musique des pauvres. Musique des marges.

Les Cassambo s’en moquent. Ils n’ont rien à prouver.

Chaque samedi soir, leur maison devient un point de ralliement. On apporte une ravanne, quelques histoires à raconter. On danse pieds nus. La terre sèche se soulève sous les pas. La poussière flotte. Les corps tournent. Les enfants ne perdent rien de cette fête.

Personne ne le sait encore, mais ce qui se joue là deviendra une référence : le sega lakour. Et au centre de ces nuits se tient Josiane. Peau couleur ébène. Port altier. Fière sans jamais être hautaine. Quand elle chante, son corps tout entier répond au rythme. Quelque chose la traverse. Quelque chose de plus ancien qu’elle-même. Elle habite le séga. Et cette force intérieure se transmet aussitôt à Ignace et Bertrand, les danseurs qui l’entourent.

Puis le monde extérieur finit par entendre ce qui se passe à Petite-Rivière. Pierre Argo. Philippe Magné. Quelques passeurs capables de reconnaître une pépite lorsqu’ils en rencontrent une.

Grâce à eux, les Zenfan Ti Rivière prennent l’avion pour la France. De Dijon à Bordeaux. De Flers à Rennes. Puis Paris. Partout, ils provoquent le même enthousiasme. Radio France enregistrera leur disque. Ils feront leur show sur France 3.

Puis, un jour, vient Tangaley. Un séga devenu si populaire qu’il a fini par échapper à son autrice. Combien de Mauriciens l’ont chanté sans savoir que ces paroles étaient les siennes ? Combien l’ont repris sans connaître le visage de celle qui l’a écrit ? C’est le destin paradoxal des chansons qui deviennent patrimoine : elles appartiennent soudain à tout le monde.

Josiane n’est plus, mais son œuvre demeure. C’est un héritage considérable.

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