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Dossier

Construction : le rêve d’une maison confronté au mur des coûts

14 juin 2026, 15:00

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Construction : le rêve d’une maison confronté au mur des coûts

Photo d'illustration.

À l’approche du Budget 2026-2027, les prix des matériaux poursuivent leur ascension. Les professionnels du secteur réclament une régulation.

Les prix des matériaux de construction augmentent partout dans le monde. Maurice n’échappe pas à la tendance. À l’approche du Budget, la question se pose : le gouvernement prendra-t-il des mesures pour soulager une population qui voit son rêve de construction s’éloigner ? Beaucoup de propriétaires sous-estiment encore l’impact réel de ces variations sur un projet immobilier. À tort.

Le Construction Price Index, qui mesure le coût des intrants pour la construction d’une maison plain pied, est passé de 145,1 en avril 2025 à 151,6 en mars 2026. Soit une progression de 4,6 % en glissement annuel. Sur le seul premier trimestre 2026, l’indice a bondi de 2 %, tiré à la fois par la hausse des coûts de main-d’œuvre (+2,2 %, imputable à la compensation salariale de 2026) et par celle des matériaux (+2 %).

Le détail mensuel révèle des hausses ciblées. En janvier, le béton prémixé s’envolait de 4 % ; les ouvertures en aluminium, de 3,9 %. En mars, c’est le bloc qui menait la danse, à +3,9 %, talonné par l’agrégat à +3,3 % et l’aluminium à +4 %. Seules les barres d’acier ont connu des baisses passagères en janvier et en février, avant de repartir à la hausse en mars.

Le marché des matériaux

L’indice est bâti sur un modèle de référence : une maison plain-pied de 137 m², soit 1 475 pieds carrés, avec trois chambres, un garage et une toiture en dalle de béton armé. Un profil qui correspond précisément au projet de construction de nombreux Mauriciens.

Les prix des principaux matériaux de construction sont sous pression. Ce tableau (p.11), donné à titre indicatif, varie selon les fournisseurs et les conditions du marché. Du macadam au ciment, en passant par les blocs et le fer à béton, ces coûts reflètent les tendances actuelles qui compliquent de plus en plus la construction, tant pour les particuliers qui souhaitent bâtir leur maison que pour les professionnels du secteur.

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En 2019, une construction basique coûtait entre Rs 800 et Rs 900 le pied carré. Aujourd’hui, pour le même type d’ouvrage,il faut compter entre Rs 1 300 et Rs 1 400. Une hausse de 60 % en six ans. Pour une maison de 1 500 pieds carrés, la différence se chiffre ainsi : un projet qui coûtait entre Rs 1,2 et Rs 1,35 million en 2019 réclame désormais entre Rs 1,95 et Rs 2,1 millions. Hors terrain, hors aléas.

Selon le blog spécialisé BeReady.mu, une simple augmentation de 10 à 15 % du seul coût des matériaux structurels d’une maison de 1 500 pieds carrés peut alourdir la facture finale de Rs 150 000 à Rs 350 000, selon le niveau de finition. L’acier et le ciment, en particulier, font basculer les budgets dès la phase de gros œuvre.


George Brasse : «Les clients hésitent à construire face à l’augmentation des prix»

Selon George Brasse, secrétaire de l’Association des petits contracteurs, le secteur traverse une période difficile. Entre la hausse persistante des coûts, les incertitudes liées à l’approvisionnement en matériaux, le ralentissement de certains projets et la pénurie de main-d’œuvre, les opérateurs du secteur s’inquiètent pour la seconde moitié de l’année.

«La situation n’est pas très bonne», explique-t-il. «En ce moment, tous les prix des matériaux augmentent. Même les frais administratifs auxquels les contracteurs doivent faire face sont en hausse.»

Selon lui, les répercussions du conflit au Moyen-Orient se font également ressentir dans le secteur de la construction, qui n’est pas épargné par les tensions affectant les chaînes d’approvisionnement et les coûts des intrants. Cette situation réduit les marges des contracteurs et complique la réalisation de nombreux projets.

La hausse du coût de la vie pousse de nombreux particuliers à reporter leurs projets de construction ou de rénovation. «Les prix augmentent et les clients hésitent à aller de l’avant avec leurs projets. Beaucoup préfèrent attendre la présentation du Budget avant de prendre une décision», explique-t-il. Cette situation se traduit par un ralentissement de l’activité pour plusieurs contracteurs. «Beaucoup de projets sont en suspens. Nous attendons une relance du secteur», affirme George Brasse. Autre défi majeur : la pénurie de main-d’œuvre. «La maind’œuvre locale est difficile à trouver. Il faudrait une approche plus structurée pour faciliter le recours à la main-d’œuvre étrangère lorsque cela est nécessaire, afin de répondre aux besoins du secteur et de soutenir l’activité économique», estime-t-il.

À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, prévue le 19 juin, les contracteurs espèrent des mesures susceptibles de soutenir le secteur, de stimuler l’investissement et d’apporter davantage de visibilité aux professionnels confrontés à un environnement économique de plus en plus complexe. Une relance permettant de redonner confiance tant aux investisseurs qu’aux particuliers est ainsi vivement attendue.


Deepak Doolooa : «Le coût d’une maison simple atteint aujourd’hui Rs 5 à 6 millions»

Deepak Doolooa, directeur de RD Construction, promoteur du projet Kaela Villa III et membre du board de la Construction Industry Authority (CIA), dresse un tableau sans détour de la réalité du secteur.Sur les prix d'abord: «Les augmentations importantes ont commencé après la pandémie de Covid-19», rappelle-t-il. En cause : l’inflation mondiale, les coûts du transport maritime et les fluctuations des devises, qui ont entraîné des hausses sur pratiquement l'ensemble des matériaux – ciment, acier, aluminium, produits électriques, équipements sanitaires , bois et matériaux importés.

Face à cette instabilité, les pratiques contractuelles ont évolué. «Traditionnellement, un contrat de construction prévoit un prix fixe. Mais après les pertes subies par de nombreux entrepreneurs durant la période post-Covid, plusieurs professionnels ont introduit des clauses d'ajustement», explique-t-il. Dans ses propres contrats, une révision peut être appliquée en cas de hausse dépassant 5 %, après discussion et justification auprès du client. Si aucun chantier n'a été interrompu, il est arrivé que des clients acceptent de prendre en charge des surcoûts pour permettre la continuité des travaux.

La question de la main-d'œuvre est tout aussi préoccupante. «Les maçons qualifiés se font de plus en plus rares. Peu de jeunes choisissent les métiers du bâtiment, malgré des rémunérations attractives», déplore-t-il. Le recours aux travailleurs étrangers est devenu incontournable. «Sans leur apport, une grande partie des projets serait difficile à réaliser dans les délais prévus.» La réponse passe, selon lui, par un renforcement de la formation via le Mauritius Institute of Training and Development et les lycées polytechniques, une priorité sur laquelle la CIA a déjà engagé plusieurs initiatives.

Du côté de la demande, le ralentissement est perceptible. Beaucoup de familles repoussent leur projet, tiraillées entre la hausse du prix des terrains, l'augmentation des coûts de construction et des taux de financement plus contraignants. Pour le Budget 2026-2027, Deepak Doolooa formule des attentes précises : une révision du seuil de la TVA pour les projets résidentiels des petits et moyens constructeurs, qui pourrait passer de Rs 3 millions à Rs 8 millions, un accès facilité au financement, une simplification des procédures d'obtention des permis et des investissements dans la formation locale.

«Le secteur de la construction est un pilier important de l'économie mauricienne», rappelle-t-il. La question finale résume à elle seule l'ampleur du défi : combien faut-il prévoir pour construire une maison simple de 1 000 pieds carrés, de A à Z ? «Entre Rs 5 et 6 millions, incluant la construction, les raccordements, les finitions de base et les divers frais liés au projet», répond-il. Un montant qui, il y a quelques années, paraissait réservé aux projets haut de gamme.

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Rishi Kowlessur : «Nos coûts explosent et nos marges diminuent»

Rishi Kowlessur, contracteur chez Kosari Construction Ltd, constate un changement de dynamique dans le secteur de la construction. Selon lui, l’activité a ralenti ces derniers mois, notamment en raison de la hausse des coûts et d’un accès plus difficile au financement.

«Le travail a ralenti. Et les banques n’accordent plus les prêts aussi facilement qu’avant», observe-t-il. Une situation qui freine plusieurs projets résidentiels et réduit la marge de manœuvre des professionnels du secteur. Pour l’entrepreneur, la flambée des prix reste aujourd’hui le principal défi.

«Nous avons déjà reçu une notification : tous les matériaux de construction vont augmenter à partir du 15. La hausse des carburants, essence comme diesel, nous a fortement impactés», explique-t-il.

Cette augmentation se répercute directement sur les frais de transport et les coûts opérationnels des entreprises. Elle devient particulièrement problématique pour les contrats déjà signés avant les dernières majorations. «Par exemple, si j’ai un projet signé l’année dernière et qu’entre-temps les prix ont augmenté, on se retrouve coincés avec le même contrat, les mêmes montants, mais des coûts bien plus élevés», poursuit-il.

La main-d’œuvre représente un autre défi majeur. Les tarifs ont fortement progressé ces dernières années. «Le coût de la main-d’œuvre a également grimpé : entre Rs 2 000 et Rs 2 500 pour les ouvriers, et environ Rs 1 500 pour les apprentis», indique Rishi Kowlessur. Selon lui, un maçon qualifié coûte aujourd’hui entre Rs 1 800 et Rs 2 000 par jour, alors que les travailleurs expérimentés deviennent difficiles à trouver. «Aucun maçon n’accepterait de travailler pour Rs 1 500. Les jeunes ne s’intéressent plus vraiment à ce métier», regrette-t-il. Le manque de main-d’œuvre locale qualifiée complique davantage la situation, tandis que le recrutement de travailleurs étrangers est devenu plus difficile en raison des procédures administratives.

Conséquence directe : construire une maison coûte aujourd’hui beaucoup plus cher. «Pour une construction basique, le prix au pied carré est passé de Rs 800-900 en 2019 à Rs 1 300-1 400 aujourd’hui», souligne le contracteur.

Pour de nombreux ménages, franchir la barre des Rs 3 millions devient de plus en plus compliqué. Du côté des entrepreneurs, les marges diminuent face à des charges toujours plus importantes. «On se retrouve à signer les mêmes contrats, avec les mêmes montants, alors que nos coûts ont augmenté. Les profits s’amenuisent», reconnaît Rishi Kowlessur.

À quelques jours de la présentation du Budget, le secteur espère donc des mesures capables d’apporter un certain soulagement. «Construire ici, c’est extrêmement cher. Et ça va continuer à nous impacter directement», conclut-il.

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