Publicité
Rapport Afrobarometer sur la justice
Érosion de la confiance du public et inquiétudes croissantes liées à la corruption
Par
Partager cet article
Rapport Afrobarometer sur la justice
Érosion de la confiance du public et inquiétudes croissantes liées à la corruption
■ Le taux de confiance du public en la justice a chuté de 23%de 2012 à 2024.
Selon une étude de StraConsult basée sur les données Afrobarometer 2024, la confiance des Mauriciens envers les tribunaux a connu un déclin significatif. En douze ans, cette confiance a chuté de 23 points, passant de 79 % en 2012 à 56 % en 2024. Un recul préoccupant qui reflète une érosion progressive de la confiance institutionnelle dans le système judiciaire mauricien.
Malgré cette baisse, Maurice conserve une position respectable au niveau régional, devançant largement les Seychelles et Madagascar. Cependant, au plan continental, le classement est moins flatteur : Maurice se situe au 7e rang seulement sur 37 pays africains en matière de confiance envers les tribunaux. Des pays comme la Tanzanie (84%), le Maroc (73%) et le Sénégal (66%) affichent des niveaux de confiance nettement supérieurs.
Environ 29% des Mauriciens estiment que les décisions judiciaires sont souvent ou toujours influencées par des leaders politiques, des fonctionnaires ou d’autres personnalités puissantes, plutôt que fondées sur la loi. Cette perception d’une justice non indépendante constitue un signal d’alerte majeur.
La question de la corruption dans la magistrature s’avère particulièrement troublante. En 2024, 67% des répondants mauriciens croyaient que la corruption existe parmi les juges et magistrats à différents niveaux. Cette proportion a augmenté de manière drastique depuis 2012, où elle s’élevait à 46%.
Seuls 21% des Mauriciens considèrent qu’aucun magistrat n’est corrompu. Cette tendance s’inscrit dans un contexte africain où les perceptions de corruption judiciaire sont généralement élevées. Des pays comme le Nigeria, le Cameroun et le Gabon enregistrent des taux perçus de corruption atteignant 97%.
Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de réformes institutionnelles pour restaurer la confiance publique dans le système judiciaire et renforcer l’indépendance et l’intégrité des tribunaux.
«Le début de l’anarchie»
Ancien Directeur des poursuites publiques (DPP) et actuel président de la National Human Rights Commission (NHRC), Satyajit Boolell déclare que les résultats de cette enquête sont «très, très inquiétants». Il considère que lorsque les habitants d’un pays perdent confiance en la justice, «c’est le début de l’anarchie et la remise en question de l’État de droit».
Il avance cependant qu’il n’y a «aucune preuve d’ingérence politique dans l’administration de la justice». Cependant, il reconnaît que «la confiance du public envers le système judiciaire est mise à l’épreuve. Et il n’est pas surprenant de constater que le public, en général, perd confiance en la justice, car la qualité même de la justice présente aujourd’hui plusieurs problèmes. Lorsqu’un jugement est rendu, il y a toujours deux parties impliquées. Et la partie perdante trouve toujours très difficile d’accepter le verdict, mais si la décision est bien expliquée, elle a au moins une base pour comprendre les raisons qui sous-tendent la décision qui a été prise contre elle. Mais si la qualité de la justice n’est plus à la hauteur, que ce soit de nos magistrats ou nos juges, alors là nous avons un problème».
De plus Satyajit Boolell estime que les juges et les magistrats ne devraient pas être eux-mêmes au-dessus de la loi. «Bizin ena enn sistem ki zot rann kont de zot travay. Pena okenn index pou ziz kalite zot travay.» Il avance aussi un autre argument : dans un petit pays comme Maurice, il existe beaucoup de proximité, ce qui ouvre la porte selon lui à beaucoup d’associations communales ou de trafic d’influence. «Il est de notre devoir, au sein de l’administration de la justice, de rétablir la confiance. La Constitution garantit l’indépendance de la justice, et c’est l’un des piliers fondamentaux d’un État de droit. Les juges et les magistrats doivent se ressaisir et réfléchir à la marche à suivre. Et nous savons aussi que, dans le système judiciaire, de nombreuses personnes attendent leur procès, parfois cinq ans, parfois encore plusieurs années. Tout cela a donc contribué à la mauvaise perception de la justice.»
Satyajit Boolell estime par ailleurs que contrairement à d’autres pays africains où les institutions judiciaires manquent d’indépendance et sont souvent sous l’influence des dirigeants dictatoriaux, Maurice se distingue par sa Constitution garantissant cette indépendance.
Pour regagner la confiance de la population, il suggère que la justice doit être perçue comme une option viable. Il évoque la rébellion croissante des citoyens contre les institutions en raison d’une justice perçue comme inaccessible. Une proportion significative de la population est en attente de justice, dont un grand nombre est incarcéré sans jugement. Cela mène à un sentiment de frustration croissante, car des affaires judiciaires prennent souvent des années à être traitées.
Ainsi, une réforme immédiate et significative est jugée nécessaire pour restaurer la confiance dans le système judiciaire et faire en sorte que les citoyens croient à nouveau en la justice.
Publicité
Publicité
Les plus récents