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Pragmatisme économique

10 juin 2026, 09:30

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Pragmatisme économique

Loin d’être un exercice politique, le Budget 2026-2027 sera fort probablement placé sous le signe du pragmatisme économique. À Camp Diable ce week-end, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a une nouvelle fois réitéré que la priorité des priorités est de redresser les finances publiques, tout en créant les conditions pour accélérer la croissance.

La situation s’est complexifiée avec la guerre au Moyen-Orient et la volte-face de dernière minute de l’administration Starmer qui a décidé de mettre le deal sur les Chagos en suspens en attendant le feu vert de Washington. Les conséquences sont désastreuses : le cours du Brent demeurait élevé autour de 93 dollars le mardi 9 juin alors que le fret a grimpé d’environ 215 % depuis fin février. D’ici à fin 2026, on pourrait se retrouver avec une inflation globale de 5,5 %, selon les estimations de la Banque de Maurice. L’effet déflateur de l’inflation sur la croissance sera ainsi considérable. Sans compter la perdition de dizaines de milliards de roupies supplémentaires, sous la forme de devises étrangères, dans l’achat de produits pétroliers et d’aliments. Cela se traduira inévitablement par une détérioration de la balance courante, qui pourrait afficher un déficit de 5,3 % à 6,7 % du PIB, selon les estimations de la Banque centrale.

Quant à la non-ratification du traité sur les Chagos, elle nous coûte au bas mot Rs 10 milliards, d’après les chiffres communiqués par l’Attorney General, Gavin Glover. Une masse monétaire qui aurait allégé la pression sur les finances publiques.

Toute la question est : comment sortir de l’ornière ? Peut-on assainir la trésorerie de l’État sans pénaliser la population en lui imposant une charge fiscale additionnelle à un moment elle courbe déjà l’échine sous le poids de la dette et où son pouvoir d’achat se réduit comme une peau de chagrin ? De par ses récentes déclarations, le Premier ministre semble vouloir surtout tabler sur le succès de sa stratégie économique dont les résultats seront perceptibles sur le long terme.

Sur le court terme, la politique de consolidation fiscale devrait se poursuivre, voire s’approfondir. Ainsi, ces jours-ci, on évoque avec persistance un possible relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cet impôt sur la consommation des biens et des services pourrait augmenter de 15 % à 18 %, voire jusqu’à 20 %. Quand on sait que de juin 2025 à avril 2026, la TVA a généré des revenus de Rs 52 milliards et que ce montant devrait, théoriquement, se situer autour de Rs 62,4 milliards sur l’exercice fiscal 2025-2026, une hausse de 20 % de la TVA (en excluant l’effet de l’inflation) signifierait l’apport de recettes fiscales de Rs 75 milliards. De quoi alléger les finances publiques. Mais le revers de la médaille, c’est qu’une telle mesure implique une charge supplémentaire de Rs 10 300 par an ou Rs 860 par mensuellement sur chaque Mauricien. Et quel sera l’impact sur la croissance et la capacité des consommateurs à acheter les produits et les services locaux si le levier de la demande se grippe ?

Gageons qu’au ministère des Finances, l’on est en train d’analyser tous les paramètres avant de prendre la meilleure décision dans l’intérêt supérieur du pays.

En cette période critique pour l’avenir du pays, le Premier ministre se doit de réciter une partition parfaite et s’appuyer sur la réalité des chiffres. Dix-neuf mois après son accession au pouvoir, son gouvernement ne peut systématiquement invoquer l’héritage légué de l’ancien régime pour justifier ses décisions.

Pour inspirer la confiance et amener les agents économiques (aussi bien le secteur privé que les particuliers) à le suivre, le gouvernement a le devoir d’être transparent dans les données communiquées publiquement et exemplaire dans l’administration des deniers publics.

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