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Des droits bafoués au nom de la maladie !

7 juin 2026, 15:23

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Pendant que l’on assiste à la pitoyable scène d’un ancien ministre des Finances tentant de justifier ses graves allégations portées contre la banque de Maurice après son interpellation ; pendant que le gouvernement et l’opposition préparent leurs arguments en marge d’un Budget redouté par une grande partie de la population, d’autres réalités se jouent loin des projecteurs et interpellent notre conscience collective.

C’est aussi l’histoire d’une travailleuse étrangère. Et l’injustice qui lui a été faite, la discrimination dont elle a été victime et l’expulsion brutale subie en raison de sa séropositivité méritent tout autant notre indignation.

À l’heure où la disparition d’une employée bangladeshi fait les grands titres de l’actualité et suscite de vifs débats au Parlement, le drame vécu par une Malgache de 45 ans devrait également nous interpeller. D’autant que son témoignage, lu lors de l’International AIDS Candlelight Memorial du 17 mai, avait tout d’un appel au secours, d’un cri du cœur que les autorités n’ont pas voulu entendre.

Ce soir-là, la ressortissante malgache confiait qu’elle travaillait à Maurice depuis plusieurs années lorsque, après avoir découvert l’infidélité de son époux, elle a effectué un test de dépistage du VIH – début d’année 2026 – dont le résultat s’est révélé positif. Évoquant le désarroi qu’elle était finalement parvenue à surmonter et l’efficacité de son traitement («Je vais bien, je ne peux infecter personne»), la jeune femme faisait également part de son inquiétude après que son employeur a exigé un nouveau test de dépistage pour l’ensemble du personnel. «Nous n’avions pas été consultés. On ne nous a pas demandé notre consentement. On ne nous a donné aucune garantie de confidentialité»,témoignait-elle.

Et ce qu’elle appréhendait le plus s’est finalement produit. Conduite à l’aéroport par son employeur – le lendemain même de son déchirant témoignage –, elle apprend que celui-ci a reçu un appel des autorités l’informant de sa séropositivité et de l’urgence de la renvoyer dans son pays. En quelques heures, sa vie à Maurice prenait fin abruptement, sans véritable explication, sans possibilité de recours ou de faire appel à une décision réduisant ainsi cette employée à sa seule condition de porteuse du VIH.

Pourtant, sa maladie n’avait aucune incidence sur son travail dans une maison de retraite – comme l’indique la lecture de son témoignage : «Chaque jour je lave, je nourris, j’aide des personnes fragiles à se lever, à manger, à vivre avec dignité. Je prends soin de parents et de grands-parents mauriciens comme si c’était les miens.»

Ainsi, malgré les conventions internationales ratifiées par Maurice et les lois censées protéger les droits humains, la réalité, révélée par cette histoire, donne un tout autre visage à notre pays : inhumain, discriminatoire, rétrograde ! C’est Nicolas Ritter, fondateur de PILS, qui, lors de la soirée du 17 mai, faisait un constat amer .sur le regard porté aux malades du VIH. «La stigmatisation n’a pas disparu. Elle a changé de visage. (…) Témoigner publiquement de sa séropositivité surtout quand on est une travailleuse ou un travailleur étranger, c’est risquer de tout perdre…»

Ce vendredi, c’est la Human Rights Commission qui, dans un communiqué, a fait appel aux autorités pour que les travailleurs étrangers vivant avec le VIH ne soient pas victimes de discrimination tout en dénonçant les contradictions entre les engagements pris par Maurice et nos législations. Jacques Achille, responsable des Communications Stratégiques de PILS qualifie – sur les ondes de Radio One – cette situation d’inacceptable, dénonce le viol des droits humains et rappelle que les personnes vivant avec le VIH et qui prennent leur traitement ne représente pas un danger pour autrui !

Est-ce que ces voix lucides seront entendues afin de favoriser un dénouement plus juste pour les travailleurs étrangers séropositifs ? Avec le nombre grandissant d’une main-d’œuvre venue d’ailleurs, dans pratiquement tous les secteurs de l’économie du pays, face aux difficultés qu’ils rencontrent au niveau de leurs conditions de travail et de leurs droits fondamentaux, n’est-il pas urgent de repenser à une politique globale de leur statut tout en ayant une harmonisation de toutes les lois – dont certaines n’existent que pour la galerie ?

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