Publicité
Conférence-débat
Les clés de l’ascension remarquable de Singapour
Par
Partager cet article
Conférence-débat
Les clés de l’ascension remarquable de Singapour
■ L’auteur Ong Boon Hwee a retracé le développement de Singapour, tandis que le modérateur Nad Sivaramen a élargi la discussion à tous les petits États au XXIe siècle. Photo: Vashish Sookrah.
Une conférence-débat ayant pour thème Singapore: An Unnatural Success a eu lieu mercredi à la Telecom Tower, à Port Louis. L’économiste singapourien Ong Boon Hwee, auteur du livre éponyme, était invité à partager sa vision sur le succès économique de la «Ville du Lion».
Devant plusieurs invités de marque – dont Arvin Boolell, ministre de l’Agro-industrie, Kaviraj Sukon, ministre de l’Enseignement supérieur, Dhaneshwar Damry, junior minister aux Finances, Rajen Narsinghen, junior minister aux Affaires étrangères, ainsi que des députés et des directeurs d’institutions publiques –, le débat, modéré par Nad Sivaramen, directeur des publications de La Sentinelle, a retracé la route du succès de Singapour, petit État insulaire d’Asie du SudEst passé de modeste comptoir colonial à puissance économique majeure.
Veemal Gungadin a, dans son introduction, déclaré qu’Ong Boon Hwee est une figure emblématique de Singapour. Ayant bénéficié d’une bourse de la Singapore Armed Forces (SAF), ce qui témoigne de son engagement précoce envers la discipline, la rigueur et l’efficacité, qualités essentielles au leadership singapourien, il a débuté sa carrière au sein de la SAF. Son parcours est similaire à celui de nombreux dirigeants singapouriens, notamment l’ancien Premier ministre Lee Hsien Loong, qui a également servi dans la SAF. «Cet événement nous offre une expérience interactive permettant de célébrer les réalisations et les idées d’Ong Boon Hwee.»
Après avoir passé plus de 25 ans à Singapour, Veemal Gungadin avait pris les rênes de Mauritius Telecom en 2025. Il a déclaré que durant la dernière année il a volontairement évité de faire référence à son expérience précédente à Singapour afin de ne pas «imposer un modèle externe à notre contexte local». «Je me suis concentré sur un travail de transformation au sein de nos équipes et de notre écosystème. Mon objectif était d’identifier nos forces et de favoriser les améliorations. Après un an de cette approche transformationnelle, je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie.»
Nad Sivaramen a, de son côté, relevé que la discussion ne porte pas uniquement sur Singapour. «Elle aborde la question fondamentale à laquelle sont confrontés tous les petits États au XXIe siècle : comment une nation vulnérable peut-elle conserver sa pertinence dans un monde fragmenté et incertain ?» Le livre d’Ong Boon Hwee, a affirmé Nad Sivaramen, «remet en cause une idée reçue dangereuse, souvent répandue parmi les petits pays, selon laquelle le succès découlerait naturellement de la géographie, de l’histoire ou de la chance. L’histoire de Singapour suggère le contraire, à savoir que la réussite d’une nation est souvent tout sauf le fruit du hasard. Elle exige du courage politique, des compétences administratives, une vision stratégique claire et une volonté collective d’affronter la réalité avec honnêteté.»
Dans sa présentation, Ong Boon Hwee a commencé par un aperçu historique, évoquant la fondation de Singapour en 1819 et les traumatismes liés à l’occupation japonaise en 1942, qui ont profondément marqué la pensée de futurs dirigeants comme Lee Kuan Yew. L’autonomie a été acquise en 1959, suivie d’une brève fusion avec la Malaisie qui n’a duré que deux ans, avant l’indépendance de Singapour le 9 août 1965, une épreuve douloureuse pour ses citoyens. L’impact émotionnel de ce moment est souligné par l’effondrement télévisé de Lee Kuan Yew lors de l’annonce de la séparation, un épisode marquant de l’histoire de Singapour.
Il a ensuite retracé le développement du pays après son indépendance, mettant en lumière le principe de pertinence et d’utilité qui a guidé ses politiques. Les projets de remblaiement, qui ont permis la création de l’île de Jurong, aujourd’hui un important pôle pétrochimique mondial, ont été abordés. Par ailleurs, il a souligné l’importance stratégique de l’aéroport de Changi pour faciliter la connectivité, expliquant que même s’il ne s’agit pas du trajet le plus court, Singapour constitue une plaque tournante essentielle grâce à ses liaisons efficaces avec d’autres compagnies aériennes.
Du reste, le développement de l’aéroport témoigne de la volonté de Singapour de se positionner comme une destination mondiale plutôt que comme un simple point de transit, conformément au principe d’amélioration de la connectivité, devenu partie intégrante de son identité.
La séance de dialogue a débuté par une question sur la manière de traduire le leadership en un changement de mentalité sociétal plus large. Ong Boon Hwee a souligné que si les compétences en leadership sont essentielles, le facteur déterminant est la transformation des mentalités au niveau local.
Un autre point central concerne les problématiques d’immigration à Singapour, liées à la baisse du taux de natalité. Le gouvernement s’efforce de gérer les conséquences du déclin démographique tout en visant à atteindre ses objectifs de croissance économique. Une gestion efficace de l’immigration est indispensable pour soutenir cette croissance. L’intervenant a reconnu que si l’expansion urbaine peut permettre de gérer les problèmes de densité, une planification et une intégration rigoureuses sont cruciales.
Répondant à une question sur la corruption, Boon Hwee a déclaré que Singapour, bien que n’étant pas totalement exempte de corruption, la combat activement par le biais du Corrupt Practices Investigation Bureau (CPIB), qui relève du cabinet du Premier ministre et enquête même sur les hauts fonctionnaires. Le faible taux de corruption du pays est maintenu par une application rigoureuse de la loi et un système de dissuasion efficace. L’éducation joue un rôle essentiel, inculquant des valeurs aux fonctionnaires et aux hommes politiques et favorisant une culture de la résistance à la corruption. Bâtir cette intégrité a été un processus long et complexe, soulignant la conviction que sans protection, une gouvernance de qualité est vouée à l’échec. L’efficacité du CPIB témoigne de l’engagement à respecter les normes éthiques et à garantir la responsabilité au sein du gouvernement, renforçant ainsi la volonté de Singapour de maintenir une administration intègre.
Publicité
Publicité
Les plus récents