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Hommage
Jocelyn Rose, un soldat du Sud
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Hommage
Jocelyn Rose, un soldat du Sud
■ Jocelyn Rose venu soutenir Nad Sivaramen, Axcel Chenney et Yasin Denmamode aux Casernes centrales dans l’affaire Yerrigadoo en 2017.
Il y a un peu plus d’un quart de siècle, «l’express» décidait de quitter chaque jour le tumulte de la capitale pour emprunter les routes poussiéreuses de l’arrière-pays. Une équipe «Régions» était née. Chaque matin, ses journalistes prenaient la route vers ces villages éloignés où l’on parle encore sous les vérandas, où les nouvelles circulent avant même d’être écrites, où les douleurs comme les joies gardent un visage humain.
Notre métier nous offrait alors ce privilège rare: entrer dans les vies des autres avec pudeur. Écouter avant d’écrire. Comprendre avant de juger. À travers les campagnes, les quartiers oubliés, les villages battus par le vent du Sud, nous découvrions une autre île Maurice – plus silencieuse, plus rude parfois, mais infiniment vraie.
Parmi ces artisans de terrain se trouvait Jocelyn Rose, décédé hier à 64 ans. Lui qui habitait l’Ouest avait choisi le Sud comme territoire de cœur. De Bambous-Virieux à Rivière-des-Anguilles, il connaissait les routes cabossées, les cours de village, les champs brûlés par le soleil, les pêcheurs assis devant les boutiques et les conseillers de district dont il gardait soigneusement les numéros dans ses carnets usés. Il avançait avec cette patience des hommes qui savent que les petites histoires sont souvent les plus grandes.
■ La deuxième équipe «Régions» avec, de g. à dr., Jocelyn Rose, Reema Tiwari-Meetoo, Sunil Oodunt et Carine Tourette lors d’un de leurs briefings en 2013.
Pour Jocelyn, il n’existait ni petite ni grande actualité. Une route dégradée à Rivière-des-Galets, un manque d’eau à Souillac, une plainte de planteurs à Grand-Sable avaient autant de dignité qu’un discours officiel à Port-Louis. Il croyait profondément que le pays réel respirait loin des couloirs du pouvoir.
Il savait aussi que derrière chaque revendication villageoise se cachait souvent une lutte discrète pour exister, pour obtenir une part de ces ressources que l’État distribue rarement à égalité. Alors il écoutait. Il notait. Il revenait. Encore et encore. Comme le font les journalistes de terrain qui finissent par appartenir aux lieux qu’ils couvrent.
Emporté après une longue maladie, Jocelyn Rose s’en est allé rejoindre d’autres compagnons des routes rurales : Marie-Noëlle Derby, Anil Ramessur… autres soldats modestes de cette île profonde que les cartes officielles montrent mal, mais que les journalistes des «Régions» avaient appris à aimer. Et peut-être qu’aujourd’hui, quelque part entre les filaos du Sud et les champs de cannes balayés par le vent d’hiver, demeure encore l’écho discret de leurs pas.
La dépouille de Jocelyn Rose quittera son domicile à Calebasses à 11 heures ce matin pour se rendre en l’église Saint-François d’Assise et de là à l’incinérateur de Bois-Marchand.
«L’express» présente ses vives sympathies à son épouse Vania, son fils Hans ainsi qu’à tous ses proches et amis.
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