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Chronique

«Seggae : Like a lion in Zion !»

24 mai 2026, 17:00

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«Seggae : Like a lion in Zion !»

■ Ras Natty Baby était le dernier de la première génération du seggae.

Le vide est plus intense quand il laisse place aux silences. Les pionniers du seggae sont partis… et la musique ne résonne plus pareil après le deuil. Une autre voix du seggae s’est tue, récemment. Un silence profond souffle sur la scène locale. Le dernier des pionniers de cette sonorité unique née d’une mélange de musiques insulaires. Iron, like a Lion in Zion, chantait Robert Nesta Marley. Si au paradis, une jam d’enfer a eu lieu avec l’arrivée de Baby, ici-bas on se doit de continuer la mission, le combat, l’engagement de ce Movement of Jah People au travers du seggae music.

Plus qu’une simple juxtaposition du binaire et du ternaire, c’est une douce révolution en musique qui s’est opérée à l’aurore des années 1990. Kaya a tracé le chemin pour donner à notre île une autre identité sonore, après le séga. Des émules en font la promotion et la valorisation depuis plus de 30 ans pour qu’elle reste vivante sur la scène, ici et ailleurs. Le seggae est devenu le portedrapeau d’une île en manque de repère… «dan perdision», comme le chantait Reginald Topize.

On a ce droit moral de conserver les œuvres et les archives du seggae pour l’inscrire dans l’ADN de notre culture et notre héritage. Cela passe par une reconnaissance nationale fort et pérenne. Il y a eu la journée nationale du seggae, initiée en 2022, mais avec le nouveau régime au pouvoir, cette célébration est mise au placard, dans l’attente d’une nouvelle date, après la contestation du 21 février comme le Seggae Day.

Survivre aux pionniers

La première génération du seggae n’est plus. Ras Natty Baby était le dernier de cette lignée. La nouvelle garde entretient la flamme de cette musique allumée pour avancer avec confiance. Même si le nombre de sorties discographiques est en baisse cette dernière décennie, cette sonorité occupe encore les hauts des charts locaux, rivalisant avec passion avec le séga. Le seggae est devenu une empreinte musicale forte de notre pays. Une plateforme de révolution et de contestation culturelle pour chanter les maux d’une société rongée à tous les niveaux. Une musique aussi rebelle et universelle que le reggae.

Un acte fort est nécessaire, aujourd’hui, pour protéger cette musique d’une forme d’extinction… Le Premier ministre disait le 26 avril dernier, la contribution de Joseph Emilien, dit Ras Natty Baby. Reconnaissant «l’héritage artistique et moral laissé par le chanteur». «Ras Natty Baby bien plus qu’un artiste, une voix, une conscience, un symbole de paix, de résilience et d’unité», soulignait Navin Ramgoolam dans un message en hommage au seggaeman.

Au-delà des mots et des discours… il faut bien plus que cela pour changer les choses et avancer dans la bonne voie. Inscrire le seggae sur la liste de Patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco sera un grand pas pour le pays et pour la sauvegarde de cette musique unique au monde. Cette décision est entre les mains des décideurs d’aujourd’hui, au ministère des Arts et de la culture et au Prime Minister’s Office. Ceux qui ont les pleins pouvoirs de choisir si le dossier mérite d’être envoyé pour la sélection du comité des Nations unies. Pour que les discours ne servent plus à combler le vide de promesses creuses. Le monde artistique de Maurice mérite mieux que les oubliettes du développement, avec l’argument de la caisse vide comme excuse à tous les problèmes… comme le Panadol dans les hôpitaux pour soigner tous les maux d’un peuple. Il est temps de changer de disque…

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