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L’inflation venue de la mer
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L’inflation venue de la mer
Les guerres du Moyen-Orient n’appartiennent plus aux chaînes d’information internationales, aux cartes géopolitiques et aux experts en stratégie. Elles arrivent, fumantes, dans nos cuisines. Dans le prix de l’huile. Dans la facture du supermarché. Dans le coût du billet d’avion. Dans le devis d’un promoteur immobilier. Dans la hausse silencieuse du prix d’un câble électrique ou d’un médicament.
Le détroit d’Ormuz n’est pas qu’un bras de mer entre l’Iran et Oman. C’est l’aorte énergétique du monde. Plus de 20 % du pétrole mondial y transite. Et lorsque cette artère se bloque sous les frappes, les drones et les démonstrations de souveraineté iranienne, l’économie mondiale entre en tachycardie.
Le pétrole a déjà franchi les 100 dollars le baril. Ce seuil psychologique agit comme une taxe mondiale invisible. Le pétrole ne sert pas uniquement à faire rouler des voitures. Il est dans les engrais, les plastiques, les médicaments génériques, les emballages, les détergents, les pneus, les câbles électriques, les avions, l’aluminium et même certains produits alimentaires. C’est là que commence l’effet domino.
La Banque mondiale prévoit désormais une hausse moyenne de 16 % des matières premières en 2026. L’aluminium flambe. Le cuivre atteint des records. Les coûts du fret explosent. Les chaînes logistiques se fragmentent à nouveau, comme au temps du Covid et de la guerre en Ukraine.
L’Europe découvre brutalement sa dépendance industrielle. Elle importe 80 % de son aluminium. Elle dépend massivement de l’Asie pour ses principes actifs pharmaceutiques. Derrière un simple comprimé de paracétamol se cache désormais une géopolitique du pétrole, des pétrochimiques et des routes maritimes.
Même les marchés financiers commencent à perdre leur sang-froid. Les taux obligataires remontent. Les entreprises réduisent leurs prévisions. Les compagnies aériennes parlent déjà d’«armageddon» hivernal. L’Organisation internationale du travail évoque jusqu’à 38 millions d’emplois menacés dans le monde d’ici 2027.
Et Maurice dans tout cela ?
Maurice n’est pas spectatrice. Maurice est exposée. Nous sommes une petite économie insulaire importatrice nette d’énergie, de nourriture, de médicaments, de matériaux industriels et de produits manufacturés. Chaque hausse du pétrole se répercute mécaniquement sur notre inflation importée. Chaque perturbation logistique finit par arriver au port ou dans les rayons.
Le dernier Conseil des ministres l’a déjà reconnu. Le communiqué officiel indiquait que : «Cabinet has agreed to the regulated wholesale and subsidised retail selling prices of Smatch edible oil for both Mauritius and Rodrigues being reviewed to Rs 68.95 per litre, following an increase in international supply prices.» Cette phrase paraît administrative. Elle est en réalité profondément géopolitique. Elle raconte déjà notre vulnérabilité structurelle. L’huile alimentaire augmente non pas parce que Maurice consomme davantage, mais parce que les marchés mondiaux deviennent plus instables, plus chers et plus fragmentés. Aujourd’hui, c’est l’huile. Demain, ce seront peut-être certains médicaments, le ciment, les matériaux électriques, les billets d’avion ou les produits alimentaires transformés.
Le vrai problème n’est pas seulement l’inflation. C’est la dépendance. Depuis des décennies, le monde a construit une mondialisation fondée sur l’idée que les chaînes d’approvisionnement resteraient fluides, que les mers resteraient ouvertes, et que les matières premières resteraient abondantes et bon marché. Cette illusion se fissure.
Le G7 lui-même cherche désormais à sécuriser les minerais critiques, les métaux stratégiques et les approvisionnements énergétiques. Les grandes puissances parlent de souveraineté industrielle, de relocalisation et de résilience. Ce vocabulaire aurait semblé protectionniste il y a dix ans. Il devient aujourd’hui mainstream.
Maurice devra elle aussi repenser certains réflexes. Diversifier ses approvisionnements. Sécuriser davantage ses stocks stratégiques. Accélérer la transition énergétique. Encourager le recyclage industriel. Réduire certaines dépendances critiques. Et surtout accepter une réalité nouvelle : dans le monde qui vient, la géopolitique déterminera de plus en plus le prix du quotidien. Quand Ormuz brûle, ce n’est jamais seulement le Moyen-Orient qui s’embrase. C’est aussi le panier de la ménagère mauricienne...
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