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22 avril 1980 : Les négociations CEE-île Maurice

16 mai 2026, 13:00

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22 avril 1980 : Les négociations CEE-île Maurice

■ «Cet argent est le vôtre. Nous tenons à ce que vous l’utilisiez» semble dire le chef de délégation Maurice Foley à sir Veerasamy Ringadoo flanqué de Rabindrah Ghurburrun.

La cérémonie d’ouverture des négociations entre la mission de programmation de la Communauté Economique européenne (CEE) et le gouvernement pour l’élaboration d’un programme indicatif d’aide dans le cadre de Lomé II et couvrant la période 1980 –1985 a été, hier, l’occasion pour le ministre des Finances, sir Veerasamy Ringadoo, de rappeler la difficile situation économique de Maurice et de son appui sur l’aide étrangère pour le développement et aussi de dire son regret que la capacité d’absorption de l’aide programmée par le Fonds européen de développement (FED) pour Lomé I n’a pas été très encourageante. C’est ce que rapporte l’express du mardi 22 avril 1980. On sait que Maurice n’a utilisé que 8,3 % de l’aide disponible et est probablement le seul des 58 pays ACP à avoir eu un taux d’utilisation de l’aide du FED aussi bas alors que des pays tels les Comores ont absorbé, avant même l’expiration de Lomé I, environ 98 % de l’aide disponible. Pour sa part, le chef de délégation de la mission de programmation du FED, Maurice Foley, directeur général adjoint au Développement, répondant au discours de SVR, a mis l’accent sur le fait que la mission est venue à Maurice «for serious work». Plus tard, le ministre du Plan, Rabindrah Ghurburrun, a repris la question du taux peu élevé d’absorption de l’aide par Maurice, objet de litige entre la CEE et Maurice et a annoncé les mesures prises pour qu’il n’y ait plus de «bone of contention».

Sir Veerasamy, qui est également le National Authorising Officer du FED, a tenu à déclarer qu’il est «painfully aware» que la mise à exécution des projets majeurs retenus dans le programme indicatif de Lomé I n’a pas été très encourageante. Ajoutant que ce n’était ni le moment ni l’heure pour examiner les causes de cette situation et affirmant sa certitude que cette affaire allait être discutée en profondeur lors des différentes sessions de travail, le ministre des Finances a toutefois déclaré qu’il tenait à dissiper tout malentendu qui pourrait entourer cette question et dissiper les doutes que le rythme faible de déboursement de l’aide de la part du FED reflète une capacité d’absorption peu éléyée par l’économie mauricienne.

«We are embarked in an orderly and planned development of our economy. We shall be marshalling all the resources at our disposal in the attempt to revitalise our economy. We accordingly rely heavily on external aid agencies as well as on lending institutions to meet the resources gap, either by an increased flow of official development assistance or by private lending. I can assure you that our absorptive capacity is far from limited», a déclaré SVR.

Sans répondre directement au ministre des Finances, Maurice Foley, après avoir souligné que la mission est venue à Maurice pour faire du travail sérieux, a ajouté : «We want to look on the past and improve on the past. I want this money, which is yours by right, to be put to work. I do not want theoretical exercises.»

Dans son discours, le ministre des Finances a dit que Maurice, depuis son adhésion à la convention de Yaoundé en 1973, a toujours su apprécier l’aide communautaire à travers le FED. Il a rappelé que la même année de la signature de la convention, des représentants du FED étaient venus à Maurice et signifièrent leur accord au financement de plusieurs projets de développement. «Bien que les fonds disponibles sous le troisième FED n’étaient pas très substantiels (cinq millions d’unités de compte), les désirs de la commission de nous aider dans nos efforts de développement ont été très appréciés», a déclaré SVR.

Il a fait remarquer que la première convention de Lomé a donné une nouvelle dimension à la coopération entre la CEE et les ACP et a rappelé que sous cette convention le quatrième FED a signifié, en 1976, son accord pour une aide totale de 29 millions d’UC, dont 19 millions d’UC du FED et 10 millions d’UC de la Banque européenne d’investissement.

«Nous avons toutes les raisons d’être satisfaits de l’aide reçue de la communauté. Toutefois, pendant la période couverte par Lomé I, la situation économique mondiale était pour nous la cause de grands soucis. Je fais plus particulièrement allusion à la montée du protectionnisme dans les pays industrialisés au cours des dernières années. Nous sommes conscients que la détérioration de la situation économique mondiale a forcé chaque pays, riche ou pauvre, à prendre des mesures correctives, dans une tentative de minimiser les effets de la récession mondiale sur son économie.»

«Mais nous estimons que le protectionnisme n’est pas une solution raisonnable à de tels problèmes car il est clairement contre l’esprit même de la coopération entre la CEE et ses partenaires des ACP. Maurice, heureusement, n’a pas été sérieusement affectée par ces mesures sauf dans le cas spécifique de nos exportations de textiles», a déclaré SVR. II a ajouté que l’accès au Marché commun des produits mauriciens confirme le point de vue que le gouvernement a pris la bonne décision quand Maurice devint le premier pays du Commonwealth à négocier une formule d’association avec la CEE. Depuis, plusieurs pays du Commonwealth ont suivi et ils étaient 58 pays ACP présents pour les négociations portant sur Lomé II.

Le ministre des Finances, poursuivant son discours, a dit que le gouvernement n’est pas tout à fait satisfait avec Lomé II. «Comme d’autres pays, nous avions de plus grands espoirs. Les négociations ont été longues et ardues et la conclusion a été un compromis. Je note avec beaucoup de satisfaction que les ressources financières du FED ont été augmentées de 50 % sous Lomé II alors que celles de la Banque européenne d’investissement ont été relevées de façon encore plus substantielle. Nous espérons que cela est une indication que Maurice pourra s’attendre à une assistance financière substantielle de la part de la CEE pour la période 1980 – 1985.»

«Maurice a actuellement grand besoin de ressources financières extérieures. Je me hâte d’ajouter que cela ne veut pas dire que le pays a augmenté sa dépendance aux ressources étrangères pour financer son développement. Depuis l’indépendance, Maurice s’est toujours appuyée au maximum sur ses ressources locales et continuera à le faire. Les problèmes auxquels nous avons à faire face sont ceux d’une économie insulaire en développement avec des ressources limitées et avec une capacité limitée de lutter contre la présente stagflation, même nos modestes objectifs de développement sont hors d’atteinte. Nous avons à rechercher des sources étrangères pour augmenter nos efforts vers l’autosuffisance», a déclaré SVR.

Poursuivant, le ministre a déclaré que la mission du FED est venue à un moment approprié alors que le gouvernement est engagé dans l’évaluation de la perfomance de l’économie mauricienne pour la période couverte par le plan quinquennal de développement 1975/80 et dans la formulation des objectifs de développement pour le plan 1980/82. À ce stade, il a tenu à attirer l’attention de la délégation sur certains points saillants concernant la situation économique mauricienne.

«Au cours des dernières années, Maurice a subi pas mal de revers. L’industrie sucrière, sur laquelle nous dépendons pour nos ressources en devises, a été affectée par des pestes et par une sécheresse prolongée et par des conditions cycloniques inhabituellement dures. La récolte de 1980 est estimée à 525 000 tonnes, la plus faible en plus de dix ans. Par ailleurs, la zone franche, le secteur le plus important dans notre politique de creation d’emplois, a été en butte à de grandes difficultés (…)»

Répondant, Maurice Foley a d’abord rappelé qu’il n’est pas à sa première visite à Maurice et que, par ailleurs, alors qu’il était ministre de la Marine dans le gouvernement britannique, avant de devenir un haut fonctionnaire de la CEE, il eut affaire avec le gouvernement mauricien sur la question de la base britannique, le HMS Mauritius. Maurice, a-t-il déclaré, a joué un rôle très important à l’époque, en expliquant, aux autres pays du Commonwealth, l’avantage d’adhérer à la convention de Yaoundé, dont six pays seulement, tous francophones sauf la Somalie, étaient signataires. «It was the genius of Mauritius which helped to form the African unity», a déclaré Maurice Foley, qui mit l’accent sur la dimension de la coopération entre la CEE et les ACP, coopération unique en son genre. Il a rappelé ce à quoi Maurice peut attendre de la CEE, et a ajouté que Maurice peut également bénéficier des projets régionaux. Il a dit son espoir de voir se réaliser prochainement une demi-douzaine de projets régionaux intéressant cette région de l’océan Indien, et qui sont d’une valeur totale d’environ Rs 200 millions. (…)

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