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Questions à…

Nicolas Charlet et Bruno Lavaine : «L’intelligence artificielle, c’est une chance d’être encore plus originaux»

15 mai 2026, 06:00

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Nicolas Charlet et Bruno Lavaine : «L’intelligence artificielle, c’est une chance d’être encore plus originaux»

■ Nicolas Charlet et Bruno Lavaine à Flic-en-Flac, le 12 mai. © Aurélio Prudence

? Lire une bande dessinée en direct, cela n’existait pas avant «Zaï Zaï Zaï Zaï» ?

Nicolas Charlet: On a découvert cette BD (NdlR, de Fabcaro, sorti en 2015, vendue à plus de 400 000 exemplaires) après s’être soupçonné l’un et l’autre de l’avoir écrite en cachette, tellement on se retrouve dans cet humour décalé. C’est pile notre registre, les questions contemporaines qui nous obsèdent. Quand on a lu ça, on a eu envie d’en faire un film parce que c’est notre métier premier. On a mis plusieurs mois à réfléchir à l’angle.

? Pendant ce temps, les droits avaient été vendus.

Nicolas Charlet : Le Forum des images, dans le cadre du festival Bédérama, qui mixe cinéma et BD, nous a proposé une carte blanche, pour combler notre frustration. On a cherché autour de ce que nous maîtrisons: faire des voix, du bruitage, faire des choses en public. Le format s’est imposé de lui-même. On s’est rendu compte qu’on avait inventé un format, qu’on a appelé «lecture vivante». On ne sait pas si c’est un bon nom, parce que lecture, c’est peut-être un peu chiant. On imagine un mec avec une pipe en train de lire un roman.

? Alors que le spectacle est participatif.

Nicolas Charlet : On s’est sentis très libres dans cet exercice. Le théâtre, ça nous impressionne un peu. Un peu comme le cinéma au début, on s’est demandé si on était légitimes.

? Vous avez le syndrome de l’imposteur ?

Nicolas Charlet : Pas de l’imposteur, mais on se demande est-ce qu’on a vraiment des choses à apporter ?

? «Zaï Zaï Zaï Zaï», c’est aussi une critique du monde de la consommation, par le biais de la carte de fidélité.

Bruno Lavaine : On prend par l’absurde des travers de la société qu’on vit tous au quotidien : l’obsession de la consommation, les chaînes d’information en continu. Les chaînes d’info en continu, il y en a partout, et c’est toujours le même modèle : on parle en boucle d’un micro événement avec des spécialistes. Ce sont des choses qu’on subit et là, on en rit. On rit de la cruauté de la société aussi. C’est-à-dire que ce pauvre gars qui n’a pas sa carte de fidélité devient un bouc-émissaire de toutes les aigreurs de tout un chacun.

? La BD est à tort traitée d’art mineur. Votre format, c’est aussi lui redonner de la vigueur ?

Nicolas Charlet : C’est l’occasion de voir les dessins. On y tenait beaucoup: projeter les dessins case par case, sur un écran géant.

? Le spectacle a beaucoup évolué depuis sa création en 2019 ?

Nicolas Charlet: On a retouché beaucoup d’images parce que la mise en scène, pour un support livre, n’est pas la même que pour une projection. On avait carte blanche.

? Vous avez beaucoup de cartes blanches.

Nicolas Charlet : On donne l’impression d’être des enfants gâtés à qui on donne des cartes blanches, mais c’est le résultat de beaucoup de travail, de projets parfois avortés. C’est moins drôle à raconter.

? Derrière ce rire, il y a du boulot, non ?

Nicolas Charlet : En fait, ce ne sont pas tout à fait des cartes blanches. Zaï Zaï Zaï Zaï nous a demandé six mois de répétitions, pour une seule représentation.

? Vous avez signé un contrat d’exclusivité avec Fabcaro ? Votre prochain projet c’est avec lui.

Nicolas Charlet : On va adapter son premier roman Figurec (NdlR, paru chez Gallimard en 2006) au cinéma, un projet qu’on a depuis longtemps.

? Pourquoi ça a pris du temps ?

Nicolas Charlet : Parce que c’était dur à produire.

? C’est difficile de trouver de l’argent quand on s’appelle Nicolas et Bruno ?

Bruno Lavaine : Surtout même. Au cinéma ou au théâtre, on fait des histoires assez singulières. Nicolas Charlet : Par exemple, Alter Ego (NdlR, film diffusé ce soir à L’Aventure du Sucre, avec Laurent Lafitte dans un double rôle) a été très difficile à financer. On n’a pas eu de grosses chaînes de télé : ni France Télévisions, TF1 ou M6. Elles disaient : «Cela ne va pas marcher chez nos spectateurs; c’est trop pointu.» On leur disait : Mais pas du tout. Au bout de 30 secondes de film, on comprend. Les chaînes ont dit non, nos spectateurs ne vont pas comprendre, donc on ne met pas d’argent dedans. Depuis le Covid, c’est très difficile.

? Vous ressentez toujours l’avant/l’après ?

Nicolas Charlet : On nous parle de 30 % ou 40 % de fréquentation en moins, qu’on n’a pas récupérée. Au même moment, il y a eu les plateformes avec les séries. Il y a moins de sous pour faire les films. Il y a l’intelligence artificielle qui arrive…

? Elle est rentrée dans vos productions ?

Nicolas Charlet : On est curieux, on a essayé. C’est une catastrophe.

? Un exemple ?

Nicolas Charlet : L’intelligence artificielle va chercher des choses qui existent déjà. On a des sortes de romans de gare, très moyens, complètement attendus. On dirait des télénovelas un peu ridicules. En fait, l’intelligence artificielle, c’est une chance pour nous d’être plus singuliers encore, d’être plus originaux. C’est une prime à la créativité.

*Spectacle Zaï Zaï Zaï Zaï, le samedi 16 mai à 19 heures à l’Institut français de Maurice. Réservations sur le site web.

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