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Sobriété énergétique vs dérive numérique
«The Good, the Bad and the Ugly»
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Sobriété énergétique vs dérive numérique
«The Good, the Bad and the Ugly»
Ainsi pourrait-on qualifier les commentaires qui fusent sur les réseaux sociaux. Désormais, tout le monde a droit à la parole. Quasi gratuitement. Et généralement de manière anonyme, sinon sans que son identité soit précisée, une personne a parfaitement le droit de dire tout ce qu’elle veut. Comme elle souhaite, à sa façon. Les modérateurs, lorsqu’ils existent, permettent la plupart du temps la libre expression sans aucun filtre. Et qui plus est, les posts s’affichent en temps réel, quitte à se demander si les gens ont le temps de réfléchir avant de se prononcer.
Et il n’y a pas de restriction non plus concernant les sujets abordés. Celui qui ne sait rien du tout a la même importance qu’un savant lorsqu’il commente sur internet. Il n’y a aucune loi qui empêche quelqu’un d’écrire s’il est sous une influence quelconque, que ce soit l’alcool, un problème psychiatrique ou même l’emprise d’une force occulte. Le lecteur inattentif ne verra pas la différence car ce sera finalement un commentaire parmi d’autres. Ce qui n’empêche pas que certains posts impactent les échanges sur les réseaux sociaux plus que les autres. Pas toujours dans le bon sens. Sans mentionner qu’il y a aussi le phénomène de l’astroturfing, ces faux profils qui inventent des commentaires biaisés pour manipuler l’opinion.

? «Good»
Arrêtons-nous à un cas spécifique dont nous avons été témoins la semaine écoulée : les interdictions dans l’espace public d’illuminations artificielles non essentielles et autres panneaux publicitaires digitaux ou billboards, qui sont alimentés à partir du réseau électrique national. Cette mesure serait passée inaperçue s’il n’y avait pas les réseaux sociaux. En direct, les plateformes d’information numérique ont transmis les images de la toute première notice servie par les autorités pour ce type de gaspillage d’énergie au plus grand shopping mall de l’océan Indien à Tribeca.
Immédiatement, les commentaires inondent les réseaux sociaux. Quelquesuns seulement peuvent être qualifiés de «positifs» dans les premières minutes, voire les premières heures. Ils viennent de gens qui ont un certain recul par rapport à toute la question, pour ne pas dire qui connaissent le sujet. Mais leurs posts sont noyés dans l’abondance de remarques de la part de ceux qui sont surpris, s’interrogent, doutent et particulièrement s’élèvent contre «encore une erreur» du gouvernement «dominer».
Mais ce qu’il y a de good viendra dans les heures suivantes où les réseaux sociaux afficheront le même centre commercial de Tribeca avec les lumières éteintes. Sans que cela n’affecte évidemment la sécurité, que ce soit pour les magasins, les usagers ou le trafic. Certes, c’est mauvais pour les affaires de certains, particulièrement ceux qui abusent de la pub pour attirer les acheteurs. Mais en temps de crise énergétique, une telle mesure est pertinente. D’ailleurs, la preuve viendra le lendemain où d’autres bâtiments et infrastructures à l’instar de ceux de la SBM, de Metro Express ou… du CEB lui-même éteindront leurs panneaux illuminés non indispensables. Une plateforme en ligne fera le tour de la capitale pour montrer le City Building en violation du règlement ; les commentaires exploseront instantanément mais rapidement la mairie interviendra.
? «Bad»
Ce qui est de l’ordre du bad est la désinformation que certains propagent, parfois en disant tout ce qui leur passe par la tête. Sans aucun discernement, sans retenue, ni conscience de la gravité de leurs propos. L’ignorance à son comble, mais sans aucune gêne. Ils ne le réalisent pas eux-mêmes, peutêtre. L’humilité est souvent un bouclier contre les bêtises, mais beaucoup disent n’importe quoi, aussi parce qu’il y a un malin plaisir dans le fait de passer ainsi des commentaires les uns plus juteux que les autres sur internet.
Le blâme est probablement partagé comme il est évident que les autorités auraient pu mieux communiquer les règlements. Cependant, est-ce pour autant que les gens doivent faire abstraction de toute pudeur dans le langage, de modération dans leurs propos et d’esprit critique face à une situation inédite pour tous ? Par exemple, insinuer que ces interdictions concernent toute la population, y compris dans leurs maisons, relève de l’intox, si ce n’est de la mauvaise foi. Avancer que ces mesures impactent le bienêtre ou la qualité de vie serait aussi déplacé car c’est une décision qui s’applique dans un contexte de crise seulement. Bad serait également l’idée qu’avec le solaire ces utilisations seraient alors absolument normales ; elles seraient légales mais pas trop judicieuses. Mauvais également serait de chercher à prolonger cette mesure d’économie d’énergie à d’autres secteurs comme le transport car chaque secteur a sa propre réalité. Par exemple, nous ne pouvons pas compromettre la sécurité routière le soir au nom de la sobriété énergétique.
? «Ugly»
Et il y a, enfin, ce qui est ugly comme commentaires. Comme lorsque certains postent que c’est un retour à la «bougie», une action rétrograde comme si le bonheur était à la hauteur de notre consommation d’électricité, pire de son gaspillage. S’en prendre à l’officier qui ne fait que son travail en l’insultant sur les réseaux sociaux est également inadmissible. Accuser les autorités que les sanctions seront appliquées seulement à certains et non à d’autres, deux poids, deux mesures, est une imputation sérieuse, totalement infondée. S’il y a des failles ailleurs, il ne faut pas se méfier de tout.
En vérité, le but de la mesure est de mener les parties concernées à agir dans un délai de cinq jours en prenant des actions correctives. La législation doit opérer comme «deterrent», décourager les habitudes énergivores dans des cas similaires mais aussi ailleurs, au-delà de ce qui est couvert par les règlements fraîchement introduits. Il est impossible d’avoir un officier dans chaque endroit pour veiller sur chaque panneau publicitaire ou espace public où il y a usage d’électricité.
Ugly, notamment les jurons et autres expressions vulgaires qui accompagnent malheureusement les comments. Il faut les ignorer, éviter de les lire si possible. Pour ce qui est des bad comments, il faut en prendre certains avec une pincée de sel car nous pourrons ainsi mieux comprendre comment mieux communiquer. Parfois, la solution serait simplement de les reformuler sous la forme de matières qui demandent à être clarifiées. Par exemple, comment choisit-on un lieu où une descente serait nécessaire ? Comment fera-t-on pour soutenir l’action des autorités sur le long terme ? Comment faire évoluer les mentalités, car il ne suffit pas d’avertir, encore moins de sanctionner ?
Et il faut principalement retenir le good car tant d’internautes ont contribué à diminuer le gaspillage en indiquant les infractions qu’ils notent autour d’eux. Pas par méchanceté, jalousie, sentiment de supériorité ou pur cynisme, mais parce qu’ils veulent, en tant que citoyens responsables, que la sobriété énergétique soit une vraie culture. Mais good comprend aussi tous ceux qui ont agi diligemment quand ils ont été appelés à l’ordre. Non pas avec honte, mais convaincus que l’être humain n’est pas parfait, qu’il ne peut que s’élever avec dignité lorsqu’il apprend à mieux faire, à mieux être. Do better, be better.
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