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Affaire Ravatomanga

La FCC déploie ses enquêteurs à Madagascar

10 mai 2026, 06:00

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La FCC déploie ses enquêteurs à Madagascar

L’homme d’affaires malgache, Mamy Ravatomanga, préparerait une riposte juridique contre la Financial Crimes Commission.

L’enquête visant le puissant homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga (photo) entre dans une phase décisive. Avec le déploiement d’enquêteurs de l’Asset Recovery Unit de la Financial Crimes Commission (FCC) à Madagascar et la création d’une équipe commune d’investigation avec le Parquet national financier (PNF) français, l’affaire prend une ampleur judiciaire inédite, mêlant gel d’actifs, coopération internationale et bataille juridique annoncée.

Cette mission intervient dans un contexte de renforcement des échanges d’informations entre Maurice, Madagascar et les autorités judiciaires françaises autour de soupçons de blanchiment d’argent, de flux financiers transfrontaliers et de structures offshore. Les enquêteurs mauriciens ont participé à plusieurs séances de travail avec les principales institutions malgaches engagées dans la lutte contre la corruption : Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO), Pôles Anti-Corruption (PAC) et le service de renseignements financiers (SAMIFIN).

L’objectif est de recouper les informations bancaires, transactions suspectes et mouvements de capitaux liés à l’empire financier de Ravatomanga. Cette mission suit une avancée majeure : la création d’une Joint Investigation Team (JIT) entre la FCC et le PNF français, sous la coordination d’Eurojust. La signature officielle a eu lieu le 14 avril 2026 au siège d’Eurojust à La Haye, en présence de Paramhans Aleear, directeur par intérim des enquêtes de la FCC, et du conseiller juridique Fayyaad Arzamkhan. Le représentant européen d’Eurojust Boudoin Thouvenot avait alors rappelé que «les frontières ne sont pas un obstacle pour les criminels et ne doivent jamais être une entrave à la coopération judiciaire».

La JIT constitue un outil central dans les affaires de criminalité financière internationale. Contrairement aux procédures classiques de Mutual Legal Assistance, souvent lentes, il permet aux enquêteurs de travailler en- semble, d’échanger des renseignements en temps réel et de coordonner leurs actions. Dans un dossier aussi sensible que celui de Ravatomanga, ce mécanisme accélère l’accès aux données bancaires, documents financiers et preuves exploitables dans plusieurs juridictions. Les autorités cherchent notamment à retracer des mouvements financiers complexes impliquant sociétés, investissements immobiliers et transactions internationales.

L’affaire Ravatomanga est suivie de près à Maurice comme à Madagascar. L’homme d’affaires, considéré comme l’un des plus influents de la Grande île, fait l’objet d’investigations pour soupçons de blanchiment d’argent, fraude fiscale et montages financiers opaques impliquant des sociétés offshore et des acquisitions immobilières à l’étranger. Les autorités françaises s’intéressent particulièrement à des investissements en région parisienne via des structures juridiques complexes, cherchant à déter- miner si les fonds proviennent d’activités illicites.

À Madagascar, plusieurs mesures conservatoires ont déjà été prises. La Chambre de saisie et de confiscation des avoirs du PAC d’Antananarivo a ordonné le gel de nombreux comptes bancaires et la saisie de plusieurs immeubles au nom de Mamy Ravatomanga. Une trentaine de comptes, répartis entre différentes banques dont la State Bank of Mauritius présente à Madagascar, sont concernés. Les autorités tentent désormais d’identifier l’origine exacte des fonds et les bénéficiaires effectifs derrière certaines sociétés.

À Maurice, la FCC a obtenu de la Cour suprême un Criminal Attachment Order visant plusieurs comptes bancaires liés au milliardaire, à son épouse et à des sociétés associées au groupe Sodiat. Des Judge’s Orders et Disclosure Orders ont été émis pour permettre l’accès à des documents financiers sensibles. Les investigations porteraient sur des transactions suspectes dépassant Rs 7,3 milliards. Les enquêteurs examinent plus d’une centaine de compagnies liées directement ou indirectement à Ravatomanga, cherchant à établir l’existence éventuelle de sociétésécrans destinées à dissimuler des mouvements de capitaux.

Contre-attaque judiciaire annoncée

Face à cette offensive, Mamy Ravatomanga prépare une riposte juridique de grande ampleur. Selon plusieurs sources, il aurait retenu les services d’hommes de loi de haut niveau pour contester les Criminal Attachment Orders de la FCC et les mesures de gel et saisie à Maurice et Madagascar. Ses avocats devraient remettre en cause la validité de certaines procédures d’échange d’informations, les méthodes d’enquête transfrontalière et la légalité des ordonnances de saisie émises dans ce dossier tentaculaire.

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