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N°2 du gouvernement
Arianne Navarre-Marie : Une ascension forgée par l’engagement
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N°2 du gouvernement
Arianne Navarre-Marie : Une ascension forgée par l’engagement
■ La militante, alors âgée de 35 ans, a prêté serment comme «junior minister» à la State House le 6 avril 1996 devant le président Cassam Uteem. Trente ans plus tard, elle devient Première ministre adjointe.
Un nouveau chapitre de la carrière politique d’Arianne Navarre-Marie s’ouvre. La ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille a été nommée Première ministre adjointe, devenant ainsi le n°2 du gouvernement. La décision a été entérinée le lundi 4 mai par le président de la République, Dharam Gokhool, agissant sur avis du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Selon un communiqué officiel de la State House, cette nomination prend effet immédiatement et sera suivie d’une prestation de serment aujourd’hui, à 10 heures, à Réduit.
Si l’annonce a été officialisée en début de semaine, elle ne constitue pas une surprise totale. Le 22 avril, notre rédaction évoquait déjà cette éventualité à la suite d’un Bureau politique du Mouvement militant mauricien (MMM). La montée en responsabilité d’Arianne NavarreMarie s’inscrit dans un contexte de recomposition interne du MMM après le retrait de Paul Bérenger comme Deputy Prime Minister du gouvernement et leader et membre du MMM. Faisant partie de la direction collégiale, elle apparaissait depuis plusieurs mois comme une figure centrale du dispositif politique, cumulant expérience, légitimité historique et proximité avec les bases militantes.
Une précocité politique
Née de parents chagossiens – son père, né à Six Îles, était docker ; sa mère, originaire de Diego Garcia, élevait leurs sept enfants –, Arianne Navarre-Marie a grandi à PortLouis dans un environnement modeste. Aînée de sa fratrie, elle y développe très tôt un sens aigu des responsabilités et de la solidarité. Issue d’une communauté marquée par l’exil et les luttes identitaires, elle revendique avec force son attachement au pays : «Maurice, c’est ma patrie, là où je suis née et là où j’espère mourir», confiait-elle sur le plateau de l’émission Décryptage de l’express, le 8 mars.
■ Elle est ici entourée de ses enfants et de son époux lors de la proclamation des résultats au n°1, le 11 novembre 2024.
Avant même d’entrer officiellement en politique, elle s’engage dans le travail social, notamment auprès des enfants de Dockers Flats. Son contact avec les mouvements syndicaux du port, alors influencés par le MMM, la pousse vers l’activisme. Elle marque l’histoire dès 1982 en participant à la première victoire électorale 60-0.
Élue pour la première fois à seulement 21 ans, elle incarne une nouvelle génération de responsables politiques. Depuis, elle a honoré plusieurs mandats, notamment dans la circonscription n°1 (Grande-Rivière-Nord-Ouest–Port-Louis-Ouest), où elle est à nouveau élue en 2024. Elle reste l’une des rares figures politiques, avec Paul Bérenger, à avoir participé à trois scrutins marqués par un historique 60-0.
■ Tout sourire en compagnie de Paul Bérenger lors de l’assemblée des délégués du MMM le 15 juin 2014. ? Krishna Pather
Des convictions au cœur du mandat
Au fil de sa carrière, Arianne Navarre-Marie s’est imposée comme une voix forte en faveur des droits des femmes et de la justice sociale. Entre 2000 et 2005, alors ministre des Droits de la femme, elle pilote des réformes majeures en matière de lutte contre la discrimination et la violence domestique. Revenue au gouvernement en novembre 2024, elle reprend un portefeuille qu’elle connaît bien, avec une ambition claire : renforcer la protection des familles mauriciennes et promouvoir l’égalité.
Dans l’émission Décryptage du 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle insistait sur les piliers de l’engagement public : «L’unité nationale, la justice sociale, la démocratie et le féminisme.» Elle résumait sa vision avec une formule marquante : «Ou bizin kontan ou pei kouma ou kontan ou zanfan. Kan ou kontan ou zanfan, ou anvi li progrese, al de lavan.»
Sa nomination a suscité des réactions au sein de la communauté chagossienne. Olivier Bancoult, du Groupe réfugiés Chagos, n’a pas caché sa fierté : «Nous sommes fiers de voir une descendante chagossienne qui arrive à un tel niveau. C’est un honneur pour nous d’être représentés par Arianne Navarre-Marie. Enn zanfan sagosien ki pe pran enn responsabilite koumsa.» Pour lui, cette nomination dépasse le cadre politique et revêt une dimension symbolique forte, réaffirmant les liens entre les Chagossiens et la République de Maurice.
Même son de cloche du côté du secrétaire général du MMM, Rajesh Bhagwan. «C’est un grand moment dans l’histoire politique de Maurice. Pour la première fois, une femme assume la fonction de Deputy Prime Minister. Nous écrivons l’histoire.» Il souligne également son parcours : «Arianne est une battante. Elle vient d’un milieu très modeste, d’origine chagossienne ; elle a connu des victoires, des défaites, mais elle n’a jamais abandonné.» Pour lui, cette ascension illustre la capacité des femmes à s’imposer en politique et marque «un tournant historique» pour le pays.
■ Arianne Navarre-Marie lors de la présentation du mini-amendement constitutionnel au Parlement, le vendredi 4 juillet 2014. ? Krishna Pather
Première ministre par intérim aussi…
De son côté, le président du MMM, Reza Uteem, met en avant la reconnaissance du parti envers le chef du gouvernement : «Nous sommes très reconnaissants envers le Premier ministre, qui a nommé au poste de Deputy Prime Minister le choix du MMM.» Il rappelle aussi le parcours précoce de la nouvelle Deputy Prime Minister : «Elle a été la plus jeune députée de Maurice, à l’âge de 21 ans, et elle a toujours été fidèle au parti.» Pour lui, cette nomination constitue «un événement historique pour Maurice» et «un vibrant hommage à tous les Chagossiens», soulignant les origines de la nouvelle dirigeante.
À 65 ans, Arianne Navarre-Marie accède à l’un des postes les plus influents de l’exécutif. Sa prise de fonction intervient à un moment particulier : le Premier ministre, Navin Ramgoolam, doit prochainement s’envoler pour Nairobi dans le cadre du sommet Africa Forward, coorganisé par le Kénya et la France les 11 et 12 mai, sous la présidence de William Ruto et d’Emmanuel Macron. Tous les États membres de l’Union africaine sont invités, et plus de 1 500 chefs d’entreprise y seront présents.
Navin Ramgoolam coprésidera, avec le représentant du Sénégal, la table ronde consacrée à l’économie bleue. La Première ministre adjointe pourrait ainsi être rapidement appelée à assumer le rôle de Première ministre par intérim.
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