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Histoire

La contribution notable des Italiens au développement de Maurice

27 avril 2026, 12:00

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La contribution notable des Italiens au développement de Maurice

La contribution des Italiens au développement de Maurice a été significative, notamment dans les domaines du béton préfabriqué et dans la construction des routes. Cette histoire peu connue, nous allons vous la raconter. L’Italie moderne dérive ses connaissances en matière de construction de la Rome antique. Celle-ci a démontré depuis des milliers d’années une capacité à construire des édifices et des routes de grande qualité. Le Colisée de Rome, les nombreux aqueducs et la fameuse Via Appia, de 500 km de long, en sont quelques exemples.

Deux Italiens, Giovanni Andalini et Ilario Gnudi, se sont distingués durant la deuxième moitié du 20e siècle dans le domaine de la construction à Maurice. Ils sont quelque peu oubliés aujourd’hui et je souhaite les faire connaître de nos contemporains.

Giovanni Andalini fut l’un des pionniers du développement des techniques de construction autour du béton, à la fin des années 1950, à Maurice. Né en novembre 1909 à Bologne, il a connu une vie riche et mouvementée. Pendant les années entre les deux guerres mondiales, Giovanni Andalini était maître charcutier, connu à Bologne où son père produisait la mortadelle, les jambons et tous les produits dérivant du porc. Ce sont les produits de la cuisine italienne pour lesquels Bologne est connue dans le monde entier.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.47 PM (1).jpgGiovanni Andalini avec des sections de drains préfabriquées.

Tout change pendant la Seconde Guerre mondiale. La famille, pour fuir les bombardements, se réfugie près de Milan et ensuite, la guerre finie, s’installe à Gênes où Giovanni s’intéresse au commerce et va à la recherche des produits qui peuvent être utiles pour la reconstruction des bâtiments détruits durant les bombardements. Un lien avec des amis ainsi que la connaissance du marché des bâtiments pour la reconstruction après la guerre le poussent à s’intéresser aux machines de la société Rosacometta.

Pendant les années 1950, en Italie, il commence à importer des produits agricoles de Madagascar. Il voit, en même temps, l’opportunité d’introduire à Madagascar de nouvelles techniques dans le domaine des produits en béton préfabriqué.

La découverte de l’île

En 1957, il achète des machines de la société Rosacometta pour les expédier à Madagascar. Rosacometta est un des leaders européens de la construction et de la commercialisation de machines pour la fabrication d’éléments en béton préfabriqué. La société est située au nord de Milan. Leur technologie est basée sur des moules dans lesquels on injecte du béton en utilisant pression et vibration.

En 1904, deux Italiens doués, Rosa et Cometta, fabriquent une première petite machine manuelle pour faire des briques, que nous appelons communément à Maurice des blocs, cela, bien sûr, sous l’influence du mot anglais concrete blocks. Ils perfectionnent ensuite la technique en introduisant la vibration, qui, combinée à la pression, donne des produits de grande solidité, non seulement pour des briques, mais aussi pour des pavages, des murs décoratifs ajourés, des structures de bâtiments, de ponts et des canaux, entre autres.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.45 PM (1).jpgIlario Gnudi.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que la société Rosacometta connaît une expansion à l’international en devenant un leader sur le marché. Ils fabriquent des machines manuelles, semi-automatiques et complètement automatiques, la plus petite produisant 700 pièces par jour et l’une des plus importantes produisant 25 000 pièces en huit heures.

Revenons à Giovanni Andalini. Après Madagascar, il découvre Maurice et se rend compte que l’industrie sucrière, alors omniprésente, a besoin de construire des canaux d’irrigation rapidement au coût le plus bas. En 1959, il transfère quelques- unes de ses machines de Madagascar à Maurice et commence à fabriquer des profilés en U, qui, mis bout à bout, permettent de construire rapidement des canaux d’irrigation. C’est le début de l’utilisation d’éléments en béton préfabriqués qui sont très largement utilisés depuis.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.47 PM (2).jpg

Vue de l’autoroute fraîchement terminée.

Giovanni Andalini fabrique aussi des briques décoratives ajourées habituellement posées en haut des murs d’enceinte. À Maurice, ces briques furent souvent nommées Rosacometta, du nom de la machine qui les produisait. Son fils Marco, resté à Madagascar pour ses études, était venu à Maurice pour une courte période et aidait son père avec la fabrication des moules, auxquels il apportait des perfectionnements.

Giovanni était un homme de grande stature et de fort embonpoint. Il rencontra à Maurice un autre Italien, Ilario Gnudi, qui était un ingénieur spécialiste des routes, et ils se fréquentaient régulièrement. On peut imaginer que les repas devaient être de fines agapes autour d’une authentique cuisine italienne.

La première autoroute

À cette époque commence la construction de la première autoroute, qui va de St-Jean à Port-Louis et qui passe sur le pont Colville-Deverell. C’était pendant la période coloniale. La décision avait été prise conjointement par le Colonial Office à Londres et le gouvernement local. La société qui en avait la charge était la société anglaise A. C. Burton & Co. Pour diriger la construction de cette route, la compagnie avait recruté l’ingénieur italien Ilario Gnudi. Le chantier comprenait la route à quatre voies mais aussi sept ponts, dont le plus grand était le pont Colville- Deverell, qui avait demandé à lui seul 11 mois de travaux. Deux de ses frères, Giorgio et Luciano, lui avaient prêté main- forte pendant ces travaux. WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.47 PM.jpgStructure avec dalles préfabriquées.

Deux ans après son arrivée à Maurice, Giovanni Andalini, l’expert en béton préfabriqué, est admis en clinique et décède le jour de Noël 1961. Son épouse, Pia, revendit alors les machines à Stone and Bricks Ltd, qui deviendra plus tard UBP, et qui a continué à les utiliser pendant de nombreuses années. Bien que son séjour à Maurice fût bref, sa contribution au développement du pays fut significative avec la production de nombreux produits préfabriqués en béton.

Par ailleurs, l’autre Italien, Ilario Gnudi, une fois la route terminée, décroche des contrats en Zambie. Un consortium est monté, qui s’appelait BMG, les partenaires étant la compagnie Burton, A & J Maurel et Gnudi, consortium constitué pour des opportunités de création de routes dans ce pays.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.46 PM.jpgDrains dans les champs de canne.

Ilario Gnudi revint ensuite à Maurice lors de l’extension de la nouvelle route, comme on l’appelait alors, pour le tronçon Curepipe–St-Jean. Il était alors en partenariat avec A & J Maurel, avec laquelle il entreprit et dirigea des projets de construction d’infrastructures d’importance, notamment tout l’aménagement de la première zone industrielle de Coromandel, y compris les stations de traitement, et aussi la première section de l’autoroute du Nord sur environ 4 km, comprenant le pont sur la rivière Latanier reposant sur des pieux préfabriqués.

En 1989, en association avec un jeune ingénieur qui avait fait ses débuts à ses côtés chez A & J Maurel, il implanta Gnudi Construction Ltd, qui se lança dans la construction de bâtiments préfabriqués, entre autres.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.45 PM.jpgGiovanni Andalini… pieds dans l’eau.

En 1998, Ilario participe à la construction d’un aéroport sur l’île de Zanzibar, après quoi il revient à Maurice pour la construction d’un barrage sur la cascade Diamamouve et d’une station hydroélectrique à Ferney, en contrebas. Le maître d’œuvre était la société française Spie Batignolles.

WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.46 PM (1).jpgAutopont à Bell-Village – route et chemin de fer.

Ilario Gnudi était connu pour sa culture du travail bien fait.Tout en étant une personne simple, néanmoins très cultivée, il s’était toujours fait un devoir d’inculquer à tous ses collègues de travail, toutes catégories confondues, le sens de l’intégrité et du travail impeccable.

À sa retraite, Ilario Gnudi choisit de rester à Maurice et il y décède en 2024 à l’âge de 94 ans. WhatsApp Image 2026-04-27 at 2.47.45 PM (2).jpgPont Coleville–Devrell.

Voici l’histoire de deux Italiens dont la contribution au développement de Maurice aura été significative, bien que peu connue. Leur activité a été régionale bien long-temps avant que nos autorités et nos entreprises ne s’intéressent à l’Afrique.

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