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Les racines du conflit irano-américain

Comprendre la guerre en Iran en trois dates

27 mai 2026, 08:55

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Pour comprendre l’engrenage infernal qui a provoqué la guerre en Iran, il faut se référer à l’histoire. Trois dates charnières, relativement récentes, éclairent les causes profondes de la vive hostilité entre les États-Unis et le régime islamique iranien.

? Le coup d’État de 1953

C’est un coup d’État fomenté par les Américains et les Britanniques pour renverser le Premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh, un ardent nationaliste qui avait nationalisé l’industrie pétrolière iranienne jusque-là contrôlée par des sociétés américaines et britanniques. En représailles, les Occidentaux décrètent un embargo économique international.

Ce coup d’État, organisé par la CIA et le M1 britannique, est réussi grâce à la corruption d’un certain nombre de politiciens et de militaires iraniens et à une intense manipulation de l’opinion publique qui fustige Mossadegh, dépeint comme un dangereux «communiste». Le Premier ministre est arrêté par l’armée, il est condamné à mort, sa peine sera par la suite commuée en prison à vie.

Les Américains installent le Shah Mohammed Reza Pahlavi au pouvoir. Ce Shah, qui appartient à la dynastie des Pahlavi, est un monarque constitutionnel qui détient déjà d’importants pouvoirs, dont celui de commandant en chef des forces armées iraniennes. L’accumulation des pouvoirs, le soutien inconditionnel des Américains fait rapidement du Shah un despote implacable qui réprime toute opposition à travers sa police secrète, la SAVAK, de sinistre mémoire. Il impose la loi martiale et interdit les partis politiques.

S’il est aussi un dirigeant qui modernise l’appareil économique du pays, le Shah, et son régime réputé corrompu, produisent à la longue de grosses inégalités sociales qui poussent des milliers d’Iraniens mécontents dans la rue, les étudiants, les religieux, les forces vives. Ils se souviennent que les Américains n’ont pas cessé de soutenir économiquement, d’armer militairement, de conseiller politiquement ce Shah autoritaire et cruel.

? La révolution de 1979

Une contestation populaire renverse le Shah devenu éminemment impopulaire. Elle a été soutenue, cette fois, par un religieux exilé pendant des années en France, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini, exilé du fait de ses critiques du Shah. Il est un théologien très respecté qui n’a eu de cesse d’appeler les Iraniens à résister au régime du Shah.

Dans le sillage des manifestations qui éclatent dans plusieurs villes, Khomeini revient en Iran en héros, en février 1979. L’armée rejoint alors le camp des manifestants, le régime s’effondre. Khomeini proclame la République islamique, et devient le premier Guide suprême de l’Iran. Il instaure la charia, la loi islamique, et restreint les libertés individuelles.

Au plan diplomatique, Khomeini déclare l’indépendance de l’Iran vis-à-vis des puissances étrangères; il vise surtout les États-Unis. La rhétorique anti-occidentale, et en particulier anti-américaine, devient tellement violente qu’elle pousse un groupe d’étudiants à prendre en otage des diplomates de l’ambassade américaine à Téhéran de novembre 1979 à janvier 1981, suite à l’admission du Shah aux États-Unis pour des soins médicaux. Cette crise diplomatique a provoqué un profond traumatisme aux États-Unis d’autant plus que la tentative des forces armées de secourir les 52 Américains pris en otage, s’est terminée par un échec. Cette crise des otages a provoqué la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et explique, pour une bonne part, la tension persistante entre les deux pays.

? La décision de Trump en 2018

À la suite de longues et très délicates négociations, durant le mandat du président américain Barack Obama, l’Iran accepte de signer, en 2015, un accord international visant à limiter volontairement un programme nucléaire qui inquiète au plus haut point ses voisins, en particulier Israël, que le régime des Mollahs a voué à l’anéantissement.

Malgré de fortes garanties de contrôle et d’inspection du programme nucléaire par l’Agence internationale de l’énergie atomique, et une longue liste de limitation du programme, y compris une obligation contrôlée de réduction du stock d’uranium enrichi, et de limitation de l’enrichissement, l’administration du président Donald Trump prend la grave et incompréhensible décision de se retirer de l’accord arguant de plusieurs insuffisances, dont l’absence de contrôle sur le développement des missiles balistiques.

L’objectif déclaré de Trump est de forcer l’Iran à un nouvel accord infiniment plus restrictif. Ce retrait est jugé catastrophique par pratiquement toute la communauté internationale. Mohamed el-Baradie, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a récemment traité Trump de «fou», même si l’Agence a publié un rapport confirmant que l’Iran avait effectivement travaillé à la mise au point d’une arme atomique.

Le contexte est posé. Dans un monde ordonné, les crises de cette nature sont traitées, en principe, par la diplomatie. Il est peu probable que Trump ait lu Clausewitz, mais, peut-être, a-t-il eu la même intuition. Le général prussien du XIXᵉ siècle disait : «La guerre est l’autre nom de la diplomatie».

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