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Rani Balloo : «44 % des adolescents de 12 à 19 ans sont au stade prédiabétique»
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Rani Balloo : «44 % des adolescents de 12 à 19 ans sont au stade prédiabétique»
Le diabète chez les jeunes continue de progresser. Selon Rani Balloo, manager de l’ONG DIASE, c’est lié à l’alimentation, à la sédentarité, au stress, au sommeil et à la génétique.
? Le diabète chez les enfants et les adolescents a augmenté ces dernières années. Pouvez-vous comparer les données actuelles à celles d’il y a cinq ou dix ans ?
En 2012, nous suivions environ 12 enfants et adolescents diabétiques de type 2, dont un enfant de sept ans. Nous avions déjà commencé dès cette époque à mener des campagnes de dépistage dans les écoles secondaires. Nous estimions alors qu’environ 12 % des adolescents étaient déjà au stade de prédiabète. Nous avons alors tiré la sonnette d’alarme. Ce qui nous a permis par la suite d’obtenir plus d’accès aux collèges pour intensifier les actions de dépistage et de sensibilisation.
Aujourd’hui, la situation semble s’être aggravée. D’après le Nutrition Survey de 2022, environ 44 % des adolescents de 12 à 19 ans sont au stade prédiabétique. Entre 2024 et 2025, nous avons pu toucher 1 520 adolescents de 12 à 18 ans dans le cadre de nos campagnes de dépistage. Parmi eux, 213 étaient en étape prédiabétique et 10 étaient diabétiques. Actuellement, parmi les bénéficiaires de notre organisation, près de 50 adolescents souffrent de diabète de type 2.
? Quels sont les facteurs expliquant cette hausse ?
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. À commencer par une alimentation de plus en plus ultra-transformée. De nombreux adolescents et jeunes adultes consomment régulièrement des boissons sucrées ou énergisantes, du fast-food et des snacks industriels. Cette alimentation entraîne des pics répétés de glycémie, ce qui finit par fatiguer le pancréas et favoriser la résistance à l’insuline. Puis vient un mode de vie très sédentaire. Entre les écrans, les études et les activités souvent réalisées en position assise, l’activité physique a considérablement diminué.
Or, les muscles jouent un rôle essentiel dans l’utilisation du glucose sanguin. Lorsqu’ils sont moins sollicités, le sucre reste plus longtemps à un niveau élevé dans l’organisme. Il y a aussi le stress et les habitudes de sommeil irrégulières, qui perturbent les hormones régulant la glycémie. Beaucoup de jeunes dorment moins, ont des horaires décalés et subissent une forte pression scolaire ou sociale. Ces facteurs peuvent favoriser l’apparition du prédiabète et, à terme, du diabète. Certaines personnes présentent une prédisposition génétique au diabète. Toutefois, c’est souvent l’environnement, marqué par une alimentation riche, un rythme de vie rapide et un manque d’activité physique, qui déclenche ou accélère le développement de la maladie.
? Comment se déroule le dépistage dans les écoles ?
Nous sollicitons le consentement des parents. Une fois l’autorisation accordée, nous procédons au dépistage à l’école. Nous réalisons un test de glycémie à partir d’une petite piqûre au doigt. Nous mesurons également la tension artérielle, le poids, la taille et le tour de taille des élèves. En cas de glycémie élevée, nous informons immédiatement les parents. Nous les rencontrons ensuite afin de leur recommander un examen complémentaire, notamment le test d’hémoglobine glyquée (HbA1c), qui permet de confirmer ou non le diagnostic initial. Si le résultat est positif, l’enfant est alors pris en charge par notre organisation. Nous faisons l’éducation de l’enfant et celle de ses parents en matière de nutrition, de perte de poids et du contrôle de la glycémie. Nous avons une équipe pluridisciplinaire comprenant une diététicienne, un psychologue et un médecin, qui accompagnent les familles tout au long du suivi. Nos services sont gratuits. Nous donnons aussi aux enfants un glucomètre ainsi que les bandelettes nécessaires pour surveiller leur glycémie.
? Menez-vous aussi des actions de prévention ou de sensibilisation ?
Nous menons de nombreuses actions de prévention et de sensibilisation à travers le pays. Pour intervenir dans les écoles, nous sollicitons le soutien des recteurs. Nous collaborons aussi avec les Lions Clubs, ce qui nous permet d’élargir la portée de nos campagnes de sensibilisation et de dépistage. Nous ciblons aussi les entreprises ainsi que les jeunes parents et les futurs parents car la prévention doit commencer très tôt. Nous menons également des actions d’information sur le diabète gestationnel, un problème de santé qui prend de l’ampleur et qui peut pourtant être prévenu et il existe un lien entre ce type de diabète pendant la grossesse et le risque accru de développer un diabète de type 2 plus tard chez les enfants et les adolescents.
? Formez-vous les enseignants à détecter certains signes ou à accompagner les élèves concernés ?
Ils sont généralement réticents. Toutefois, certains souhaitent accompagner les élèves concernés. Pour ce qui est de la détection des symptômes, au début, il n’y en a généralement pas car le diabète de type 2 est un tueur silencieux. Parmi les signes possibles, on note le surpoids et l’obésité chez l’enfant mais aussi l’acanthosis nigricans, une tache noirâtre au niveau du cou.
? Comment les familles réagissent-elles face aux résultats alarmants ?
Certains parents sont très inquiets et s’investissent pleinement dans le traitement. D’autres sont dans le déni total. Certains s’en moquent et ce n’est que lorsque l’enfant commence à se sentir vraiment mal qu’ils décident d’agir.
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