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Questions à…
Patrick Assirvaden : «Permettre à chaque famille de produire son énergie solaire»
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Questions à…
Patrick Assirvaden : «Permettre à chaque famille de produire son énergie solaire»
La crise des hydrocarbures provoquée par la guerre au Moyen-Orient rend urgente l’accélération de la transition énergétique à Maurice. Patrick Assirvaden reconnaît le retard accumulé et annonce de nouvelles mesures pour relancer le déploiement du solaire à grande échelle.
■ Le photovoltaïque peut-il répondre à la crise actuelle des hydrocarbures ?
Oui, sans aucun doute. Dans un contexte international instable, notamment avec les tensions au Moyen-Orient, le solaire constitue une réponse stratégique pour renforcer notre sécurité énergétique. Le gouvernement a enclenché une accélération majeure avec des projets hybrides (solaire et stockage). Dans le contexte mauricien, cependant, la transition énergétique signifie disposer d’un bouquet énergétique aussi complet que possible. Une décision stratégique majeure a également été prise depuis ma prise de fonction : tous les projets d’énergies renouvelables doivent être équipés de batteries. Durant la journée, la marge énergétique est plus confortable ; c’est entre 18 heures et 21 heures que la pression est la plus forte.
■ Est-ce que Maurice exploite réellement son potentiel solaire ?
Définitivement non. Il est vrai que Maurice bénéficie d’un fort potentiel solaire, mais on se doit de poser la question : pourquoi avons-nous régressé ? Nous sommes passés de 21 % à 17 % aujourd’hui. Une nouvelle dynamique est désormais engagée, reposant sur les leçons tirées du passé, avec la volonté d’éliminer tous les obstacles – qu’ils soient bureaucratiques, financiers ou liés à la disponibilité des terrains – afin de faire avancer les projets. Nous exploiterons toutes les surfaces disponibles : terres, surface d’eau, parkings, terrains résidentiels domestiques. Chaque surface disponible sera mise à contribution pour développer l’énergie solaire.
■ Qu’est-ce qui a freiné le développement du solaire jusqu’ici ?
Plusieurs obstacles ont freiné les projets : la bureaucratie et les délais administratifs, notamment le temps pris par le CEB pour accorder son feu vert, mais aussi un manque de coordination entre les ministères, en particulier entre l’Énergie et l’Agroindustrie, ce qui compliquait l’accès et la conversion des terres. À cela s’ajoutent des difficultés techniques et des modèles de PPA qui n’étaient pas suffisamment «bankable», rendant le financement des projets plus complexe. Aujourd’hui, une nouvelle approche est en place. Nous travaillons en amont avec le ministère de l’Agro-industrie afin que les promoteurs sachent dès le départ quels terrains sont exploitables. Sur le plan financier, les garanties proposées auparavant par le CEB posaient problème aux investisseurs; désormais, grâce au Government Support Agreement, l’État apporte une garantie plus solide, ce qui sécurise davantage les investissements et facilite la mise en œuvre des projets.
■ Que propose concrètement l’État aux foyers qui n’ont pas les moyens d’installer du solaire ?
Nous travaillons déjà sur le Home Solar Project, qui sera beaucoup plus accessible, moins contraignant et ouvert à un plus grand nombre de foyers. Personnellement, je souhaite aller encore plus loin en libéralisant ce secteur : permettre à chaque famille de produire individuellement son énergie solaire, notamment en off-grid, sans contraintes bureaucratiques excessives. Nous voulons démocratiser l’accès à l’énergie solaire et donner à chaque citoyen la possibilité de devenir acteur de sa propre production énergétique.
L’Innovative Solar Energy Laboratory de l’Université de Maurice, mis en place avec le soutien de Huawei Mauritius.
Le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, tient aujourd’hui une conférence de presse dans son bureau afin de faire le point sur l’état des énergies renouvelables à Maurice.
La crise actuelle le confirme : tant que Maurice dépend des hydrocarbures importés pour faire tourner son économie, elle reste à la merci des marchés mondiaux. Or, l’île dispose d’un atout que ni les guerres ni les embargos ne peuvent confisquer – un ensoleillement exceptionnel, entre 1 600 et 2 200 kWh/m² selon les zones. Les mécanismes existent, les technologies aussi. La volonté politique, le ministre l’affiche. Si elle se confirme dans les actes, le photovoltaïque pourrait faire de cette île exposée une île souveraine. Le pétrole se négocie, se rationne, s’embargue. Le soleil, lui, est gratuit – et les physiciens vous le diront : il en a encore pour cinq milliards d’années.
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