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Médecine respiratoire

Le Pr Kian Fan Chung repense la toux chronique

31 mars 2026, 16:30

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Le Pr Kian Fan Chung repense la toux chronique

Le ministère de la Santé a réuni, il y a un mois, des médecins et autres professionnels de santé pour une causerie du Pr Kian Fan Chung (photo). Ce Mauricien, qui est un spécialiste en médecine respiratoire à l’Imperial College de Londres, a fait une présentation intitulée Chronic Cough is a disease : A Personal Journey. Cette conférence, tenue à Ébène, a mis en lumière deux décennies de recherches, qui ont profondément transformé la prise en charge d’une affection longtemps sous-estimée.

Présentant le Pr Kian Fan Chung, le Dr Rajiv Kumar, consultant au ministère, a déclaré que le renforcement des services pulmonaires revêt une importance stratégique pour l’île, compte tenu du fardeau croissant des maladies respiratoires, des cancers du poumon, des expositions environnementales et des pathologies complexes des voies aériennes, nécessitant des techniques avancées ainsi que des interventions, diagnostiques et thérapeutiques de pointe. Pour lui, la venue du Pr Chung à Maurice s’inscrit justement dans une dynamique de renforcement des services pulmonaires de l’île.

Pendant des décennies, la toux chronique, définie comme une toux persistant au-delà de huit semaines, a été considérée par la communauté médicale comme un simple symptôme, signe révélateur d’une autre pathologie sous-jacente. Le Pr Chung, qui a ouvert l’une des premières cliniques spécialisées dans la toux au Royaume-Uni dans les années 1990, au Royal Northern Hospital, a rappelé le poids humain de cette condition : isolement social, sentiment de culpabilité, incompréhension du système de soins. Il a cité une malade qui avait dit que «les gens ne me connaissent pas par mon nom ; ils me connaissent par ma toux».

Selon les données épidémiologiques présentées, la toux chronique touche en moyenne 5,6 % de la population adulte mondiale, avec des pics dépassant 15 % dans certaines régions. Elle affecte davantage les femmes que les hommes et survient le plus souvent après 50 ans.

Le Pr Chung a présenté une cartographie mondiale de la prévalence de la toux chronique, soulignant que les zones où elle semble rare sont souvent simplement des zones sans données disponibles. «La prévalence est en moyenne de 5,6 % mais elle peut affecter plus de 15 % de la population adulte.»

L’apport majeur du Pr Chung est d’avoir contribué à conceptualiser et à faire reconnaître ce qu’il appelle le syndrome d’hypersensibilité à la toux (Cough Hypersensitivity Syndrome). Ce modèle explicatif repose sur l’idée qu’une lésion nerveuse, provoquée par une infection virale, des polluants, des irritants ou une réaction allergique, rend les nerfs des voies aériennes anormalement sensibles. Des stimuli ordinaires comme parler, rire, changer de température, cuisiner, chanter, deviennent alors capables de déclencher une toux compulsive et des accès incontrôlables.

Des études d’examens d’Imagerie à résonance magnétique fonctionnelle ont depuis confirmé l’existence d’une composante centrale à cette hypersensibilité : le cerveau lui-même se reconfigure sous l’effet de cette stimulation chronique, amplifiant les signaux de la toux. Il ne s’agit donc plus d’un réflexe défensif ordinaire mais d’un processus neuropathologique à par t entière, impliquant à la fois les voies nerveuses périphériques, notamment au niveau du larynx, et le système nerveux central.

Progrès dans les traitements

Sur le plan thérapeutique, le Pr Chung a présenté plusieurs avancées. La prise en charge non pharmacologique – physiothérapie, orthophonie, éducation thérapeutique, contrôle de la toux – a démontré son efficacité, avec des effets mesurables jusqu’à trois mois après l’intervention. Parmi les traitements médicamenteux, la morphine, la gabapentine et l’amitriptyline en tant que neuromodulateurs ayant montré un certain niveau d’efficacité.

Le Pr Chung a également annoncé des démarches en cours, au sein de la Société respiratoire européenne, pour faire inscrire la toux chronique primaire comme entité distincte dans la Classification internationale des maladies. Cette reconnaissance formelle permettrait une meilleure prise en charge clinique, une légitimation des parcours de soins et un accès facilité aux traitements spécifiques.

Il a aussi abordé les avancées thérapeutiques dans l’asthme sévère, défini comme un asthme non contrôlé malgré un traitement optimal. Ces patients, correspondant aux stades 4 et 5 des recommandations GINA, sont exposés à de multiples hospitalisations, à une corticothérapie intensive et à de graves exacerbations. Le coût de ces nouveaux traitements demeure cependant un obstacle majeur : ces biothérapies représentent environ 20 000 livres sterling (entre Rs 1 150 000 et Rs 1 180 000) par an au Royaume-Uni, pouvant atteindre 35 000 livres sterling (entre Rs 2 163 000 et Rs 2 165 000) pour certains protocoles individualisés.

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