Publicité

Guerre psychologique et tempête politique

5 avril 2026, 09:15

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Les vents contraires se déchaînent. Alors qu’au Moyen-Orient, c’est l’escalade, avec pour conséquence une flambée du baril de pétrole qui a atteint jusqu’à 113 dollars lundi matin, à Maurice, c’est la crise politique provoquée par la démission de Paul Bérenger et celle de sa fille Joanna qui polarise toute l’attention.

En déclenchant l’opération «Fureur épique», les forces armées israélo-américaines ne s’attendaient sans doute pas à ce que l’Iran lance une contre-offensive ciblée et plonge le monde dans une crise énergétique. Outre la fermeture du détroit d’Ormuz, route commerciale stratégique par laquelle transite 20 % du commerce mondial de pétrole, 46 sites énergétiques ont été touchés par les frappes iraniennes à l’encontre des gros producteurs de pétrole brut du Moyen-Orient, parmi Bahreïn, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Kuwait. Face aux menaces de Donald Trump à l’effet que les centrales iraniennes seraient bombardées si le détroit d’Ormuz n’étaient pas rouvertes, Téhéran, qui est résolument engagée dans une guerre psychologique, menace qu’il s’attaquerait à des infrastructures énergétiques et des usines de dessalement dans la région. Suite à quoi, Donald Trump est revenu à de meilleurs sentiments, annonçant avoir engagé des discussions constructives avec le gouvernement iranien et qu’on se dirige vers une résolution du conflit. Y aura-t-il une trêve ?

En attendant, le constat du directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, reste pertinent. Depuis le début du conflit, l’on perd en moyenne 11 millions de barils par jour contre 5 millions de barils par jour lors des crises pétrolières de 1973 à 1979.

Si la guerre avec l’Iran s’étale sur la durée, il faudra composer avec des perturbations majeures aux chaînes d’approvisionnement. Importateur net de produits pétroliers et d’aliments, Maurice se retrouve dans une position d’extrême volatilité et devra s’armer pour renforcer sa résilience face à des facteurs exogènes échappant à tout contrôle.

La balle est désormais dans le camp du Premier ministre qui devra faire preuve d’un leadership fort, mais aussi s’entourer d’une équipe compétente pour développer une stratégie à court et long termes visant à consolider sa sécurité énergétique et sa sécurité alimentaire. L’on se souviendra que lors de la crise de 2008, le gouvernement d’alors, sous le leadership de Navin Ramgoolam, avait mobilisé Rs 9,3 milliards pour soutenir l’économie réelle, mais aussi pour assurer la sécurité alimentaire, investir dans la stratégie Maurice, île Durable, les infrastructures, l’éducation, les logements sociaux et la lutte contre la pauvreté. À cette époque, Navin Ramgoolam était soutenu par son ministre des Finances, Rama Sithanen. Or, aujourd’hui, c’est Navin Ramgoolam lui-même qui remplit les fonctions de Grand argentier. Ce qui nous amène au débat lancé par l’ancien Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, selon lequel ce pays a cruellement besoin d’un «Full time Minister of Finance». Et si c’est le cas, il s’agit de savoir qui est apte à occuper ce poste dans l’équipe gouvernementale.

Si l’on se tient à sa dernière déclaration à l’Assemblée nationale, Navin Ramgoolam n’est pas prêt à céder le portefeuille des Finances. À moins d’un changement de posture, il sera le capitaine à la barre pour mener le navire amiral à bon port. Est-ce la bonne stratégie ? L’avenir nous le dira.

Compte tenu de la conjoncture actuelle, le Budget 2026-2027 est considéré comme un exercice primordial. Il devra avoir les allures d’une feuille de route avec pour objectifs de bâtir notre résilience énergétique et notre sécurité énergétique, de relancer la machinerie économique et de poursuivre la politique d’assainissement des finances publiques avec la perspective de voir le pays perdre son Investment grade à la faveur d’une rétrogradation de la note souveraine par Moody’s.

Dans tous les cas, le gouvernement se doit d’agir. Il n’y a pas une priorité. Tous les dossiers sont prioritaires. Ainsi, dynamiser l’économie passe par un meilleur fonctionnement de l’Economic Development Board, qui reste sous le feu des critiques. Convaincre Moody’s de maintenir notre note souveraine passera par une baisse de la dette publique calculée à 88,9 % du PIB en décembre 2025. À ce chapitre, il serait souhaitable que le gouvernement vienne expliquer les risques associés au fait d’emprunter Rs 21 milliards de l’Exim Bank of India dans le cadre d’une ligne de crédit cadre.

Publicité