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Gaza
Fêter l’Eid sous les bombes, survivre avant tout
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Gaza
Fêter l’Eid sous les bombes, survivre avant tout
■ Dans les rues dévastées de Gaza, des enfants continuent d’avancer, entre ruines et incertitudes, avec pour seul horizon la survie.
Une esquisse de sourire, fragile, presque timide. En cette période de fête, quelques enfants tentent d’oublier, l’espace de quelques heures, la guerre qui a ravagé leur quotidien. Dans des tentes battues par le vent, des familles s’accrochent à ce qu’il reste de normalité pour célébrer l’Eid. Mais derrière ces gestes, le cœur n’y est pas. La douleur, elle, ne s’efface pas.
Aux côtés des Gazaouis, le Mauricien Abdool Nasser Hosenally partage leur peine. Sur le terrain, il est le témoin direct d’une réalité brutale : celle d’un peuple épuisé, meurtri, suspendu à un espoir devenu presque irréel – celui d’un cessez-le-feu. «Le peuple va célébrer cette fête dans la souffrance. Il y a encore des bombardements, cela éclate à n’importe quel instant, et sans aucune raison», confie-t-il.
Depuis jeudi, une lueur d’espoir s’est néanmoins dessinée. Les médias égyptiens ont annoncé la réouverture du point de passage de Rafah, fermé le 28 février dernier après les frappes israéliennes contre l’Iran. Désormais, les patients palestiniens peuvent rejoindre l’Égypte pour recevoir des soins, tandis que d’autres peuvent regagner Gaza. Des ambulances ont été mises à disposition pour faciliter ces évacuations d’urgence. À quelques kilomètres de là, Abdool Nasser Hosenally poursuit son engagement humanitaire. À travers son association, la Société Solidarité Pauvreté (SSP Mauritius), il organise notamment la distribution hebdomadaire de repas et de pain aux familles les plus démunies. Dans ce contexte chaotique, chaque geste compte.
Les conditions de vie sur place sont extrêmes. «Ils n’ont plus d’habitations. Ils vivent sous des tentes, déjà fragilisées par les intempéries. Le froid est toujours présent, les tempêtes de sable sont fréquentes, et le vent est très fort», décrit-il. Des abris précaires sont devenus le seul refuge pour des milliers de familles déracinées.

Un constat amer, malgré une amélioration relative sur un point : l’acheminement de l’aide alimentaire. «Avec le conflit en Iran, les frontières sont quelque peu délaissées ici. Cela nous permet de faire entrer plus facilement des camions depuis l’Égypte. Viande, poulets, poissons… la nourriture arrive.» Une bouffée d’air, certes, mais qui ne suffit pas à masquer l’essentiel : l’absence de toit, de sécurité, de stabilité.
Au-delà de la faim, c’est toute une vie qui a été pulvérisée. «Certaines de ces familles venaient de milieux aisés. Du jour au lendemain, elles ont tout perdu. Leur maison, leur confort, leurs repères.» En cette Eid, personne ne parle de nouveaux vêtements ou de festivités. «Personne ne pourra parader comme avant», souffle-t-il.

Il y a une semaine à peine, Abdool Nasser Hosenally a rencontré au Caire des enfants et des familles évacués pour des soins. Une rencontre qui l’a profondément marqué. «En les regardant, on voit qu’ils ne sont plus les mêmes. Psychologiquement, ils sont brisés. Sur leurs visages, il n’y a plus que la souffrance. Ils ont presque perdu le goût de vivre. Ils ne se battent que pour survivre.»
Beaucoup n’étaient pas dans le besoin avant la guerre. Aujourd’hui, ils dépendent de l’aide, parfois avec pour seuls biens quelques économies et un visa qui leur permet de quitter temporairement l’enfer. Mais même à l’étranger, un autre combat commence.
Au Caire, trouver du travail relève de l’impossible. «Les Égyptiens eux-mêmes peinent déjà à trouver un emploi. La ville compte plus de 10 millions d’habitants. Alors pour ces réfugiés, c’est extrêmement difficile», explique-t-il.
Mais ce sont surtout les blessures humaines qui marquent. Indélébiles. «J’ai rencontré un père qui a perdu ses mains. Sa fille n’a plus de pied. Son fils a eu le poignet sectionné. Certains enfants sont devenus aveugles à cause des éclats de bombes.» Sa voix se brise. «C’est une famille qui ne pourra jamais travailler.»
Face à ces drames, les mots semblent insuffisants. Et le retour à Gaza n’est plus une option pour beaucoup. Trop de traumatismes, trop de pertes. «Ces personnes ne veulent plus rentrer. Elles ont tout vécu, tout perdu.» En cette Eid, les prières ne portent pas sur la prospérité ou la joie. Elles sont simples, presque universelles : que les bombes cessent de tomber, que la peur s’éloigne, que la vie reprenne, enfin.
Mais pour l’heure, à Gaza, célébrer reste un acte de courage. Survivre, une nécessité.
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