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Comité central du MMM
Paul Bérenger :«Kan bizin sanz davi, mo pou sanz davi»
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Comité central du MMM
Paul Bérenger :«Kan bizin sanz davi, mo pou sanz davi»
■ Au comité central du MMM, à Ebène, hier. © Dev Ramkhelawon
La population et le Mouvement militant mauricien (MMM) restent dans l’attente. Àl’issue d’un comité central spécial tenu hier, mercredi 18 mars, à Ébène, le parti n’a pas tranché sur la question qui domine l’actualité politique depuis plusieurs jours : Paul Bérenger démissionnera-t-il de son poste de Deputy Prime Minister comme il l’avait laissé entendre ou pas ?
Après plus d’une heure et demie de discussions démarrées à 15 h 30 à l’hôtel Hennessy Park, la presse a été conviée vers 17 h 15 pour une conférence de presse très attendue. Autour de la table, plusieurs figures du parti, dont Ajay Gunness, Rajesh Bhagwan, Joanna Bérenger, Arianne Navarre-Marie et Adil Ameer Meea, aux côtés d’un Paul Bérenger, qui s’est exprimé avec franchise sur les débats internes ayant marqué cette réunion.
«Sakenn pou al so kote pou reflesi»
Dès ses premières déclarations, le leader des Mauves a reconnu que les délibérations du comité central n’ont pas abouti à une position commune. «Nou pa pe ariv lor mem konklizion. Sakenn pou al so kote pou reflesi.»
La principale interrogation restait de savoir si Paul Bérenger allait mettre sa menace de démission à exécution. Aucune décision immédiate n’a été prise. Le leader du MMM a préféré renvoyer l’échéance à lundi prochain, date d'un Bureau politique spécial. Il explique vouloir laisser le temps nécessaire à la réflexion collective après les échanges parfois intenses de ce comité central. «L’heure est à la digestion», a-t-il fait comprendre, soulignant que les discussions ont permis de faire émerger des positions claires mais pas encore de consensus. Un constat s’impose, selon lui : une large majorité des militants souhaitent que le MMM reste au gouvernement malgré qu’ils croient aux critiques formulées par Paul Bérenger envers certaines décisions gouvernementales. «Nounn konstate enn gran mazorite militan anvi nou res sa gouvernman e bokou militan partaz mo bann kritik ki ena kitsoz pa bon.» Paul Bérenger a insisté sur le fait que rester au gouvernement ne signifie pas nécessairement maintenir le statu quo.
Il a tenu à faire une distinction claire entre la présence du MMM au sein de l’exécutif et sa propre position personnelle. «Le MMM reste au gouvernement et Paul reste DPM, ce n’est pas la même chose», a-t-il déclaré. Une manière de laisser entendre que sa démission demeure une option, indépendamment de la ligne adoptée par le parti. Le Bureau politique de lundi devra précisément trancher cette question.
Le leader des mauves affirme, par ailleurs, ne pas avoir été surpris par les prises de position exprimées au sein du comité central, notamment celles de certains membres opposés à un départ du gouvernement. «Mo ti kone. Li pa enn sirpriz. Li pa enn plezir me mo ti kone.» Dans le même temps, il a tenu à désamorcer toute interprétation excessive des tensions observées. S’il reconnaît que les échanges ont été parfois vifs, il insiste sur le fait que cela fait partie du fonctionnement démocratique du MMM. Il affirme ne ressentir aucune animosité. «Mo pena move santiman mwa.» Un message d’apaisement adressé autant aux militants qu’aux observateurs de la vie politique.
Interrogé sur la possibilité de revenir sur sa décision initiale de démissionner, Paul Bérenger a répondu avec une formule qui n’est pas passée inaperçue : «Mo pa enn bourik mwa. Kan bizin sanz davi mo pou sanz davi». Il affirme sa capacité à adapter sa position en fonction de l’évolution de la situation et des discussions internes.
Il a également rejeté toute idée de chantage politique envers le gouvernement. Selon lui, ses prises de position relèvent de désaccords de fond qu’il souhaite voir évoluer. Il insiste sur le fait que le pluralisme des opinions au sein du MMM est une richesse et non un problème. Le fait que certains membres ne partagent pas ses analyses ne le dérange pas, dit-il, car chacun est libre de s’exprimer. Sur le plan politique, Paul Bérenger a rappelé ce qu’il considère comme la priorité stratégique du moment: «Pli gran traka, se bar sime MSM. Ena enn inanimite lor la.»
Au-delà des questions partisanes, le leader du MMM a également évoqué le contexte économique et international. Il a notamment fait référence aux tensions liées à l’Iran et aux préoccupations des agences de notation, estimant que ces éléments doivent être pris en compte dans les décisions politiques à venir. Il a réitéré sa proposition de nommer un ministre des Finances à plein temps, une mesure qui pourrait, selon lui, influencer sa position. Il indique avoir suggéré à Navin Ramgoolam de mettre en place un comité ministériel pour gérer ces enjeux.
Interrogé sur une éventuelle demande de révocation de Richard Duval, Paul Bérenger a été catégorique : «Non mais ça ne veut pas dire que je suis enchanté de sa performance non plus.»
Dans un registre plus léger, la conférence de presse a également été marquée par un échange sur une rumeur impliquant Joanna Bérenger et Roshi Bhadain. La réaction de Paul Bérenger, teintée d’humour, a suscité des rires dans la salle. «Aret dir de konri don». Joanna Bérenger a ensuite pris la parole pour démentir tout contact, dans une ambiance détendue, qui contrastait avec la gravité des sujets abordés.
Enfin, Paul Bérenger a tenu à écarter toute spéculation sur la création d’un nouveau parti politique. Il affirme clairement que cette option n’est pas envisagée.
Bilan : le MMM reste, pour l’instant, au gouvernement, et Paul Bérenger conserve son poste de Deputy Prime Minister. Mais cette situation pourrait évoluer. Le rendez-vous du lundi 23 mars est désormais présenté comme décisif. D’ici là, «aucun changement n’est à l’ordre du jour», a insisté le leader des mauves.
Une interrogation demeure : Paul Bérenger maintiendra-t-il sa position initiale ou choisirat-il, comme il l’a lui-même laissé entendre, de «sanz davi» ?
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Réactions
Ajay Gunness défend le processus du parti : «Li pa enn perte de temps»
À la suite de la conférence de presse de Paul Bérenger, plusieurs ministres et parlementaires du MMM ont pris la parole. Un message commun s’en dégage : défendre le processus interne du parti, tout en appelant à une issue rapide.
Ajay Gunness, leader adjoint du MMM, a insisté sur le fonctionnement démocratique du parti. «MMM enn parti démocratik», a-t-il rappelé, expliquant que le leader a constaté «qu’une grande majorité» de militants souhaite le maintien du parti au gouvernement.
Il a indiqué que les membres ont été invités à «digérer les informations» et n’exclut pas la tenue d’un nouveau comité central après la réunion du Bureau politique prévue lundi. «Li pa enn perte de temps», a-t-il soutenu, estimant que ce processus est nécessaire «pou ki ena enn décision, enn fwa pou toute, pou ki le pei gagn la sérénité».
Même tonalité du côté de l’autre leader adjoint, Aadil Ameer Meea, qui se dit favorable au maintien du MMM au gouvernement. «Le pays passe avant tout», insiste-t-il, se disant également «réconforté» de constater que plusieurs membres partagent cette position.
Jyoti Jeetun, membre du Bureau politique et du comité central, défend elle aussi la continuité. Elle rappelle que le gouvernement agit dans le cadre «d’un mandat clair et d’un engagement envers la population. Nou ena enn devoir… nou loyauté envers le pays», souligne-t-elle, insistant sur le fait que le travail se poursuit normalement au Conseil des ministres. «Kan PM donn moi enn responsabilite, mo pou fer mo mie, peu importe le ministère», a-t-elle dit en réponse à une question sur un éventuel remaniement ministériel.
Joanna Bérenger rejette toute hypothèse de succession
Interpellée, Joanna Bérenger a fermement rejeté toute hypothèse de succession au sein du parti. «La dynastie n’a pas sa place au sein du MMM. Zame mo pa pou pass par linpos ek zame mo pou fer li non pli», a-t-elle déclaré. Elle a également affirmé «Mo pa ena ni lanvi ni l’ambition», excluant ainsi toute intention de briguer la direction du parti ou le poste de cheffe de l’opposition.
Présent à ses côtés, Paul Bérenger est intervenu pour appuyer ses propos. Il a soutenu qu’aucune logique de dynastie n’a jamais existé au sein du MMM, insistant sur le fait que les responsabilités attribuées reposent sur le mérite.
Par ailleurs, interrogée sur d’éventuels contacts avec le leader du Reform Party, Roshi Bhadain, Joanna Bérenger a répliqué ne pas être en relation avec lui. Cette question a suscité une réaction immédiate de Paul Bérenger, qui a vivement recadré le journaliste à l’origine de l’interpellation.
***
L’excitation est vite retombée
Il est 15h10 et on arrive au lieu de cet énième épisode du film, titré possiblement : «Je pars ou je reste ?»
Première remarque, un nombre impressionnant de journalistes. La raison, bien évidemment, est que le leader du MMM a d’emblée annoncé ce lundi, au Bureau politique, sa démission. Et quelle déclaration ! La presse réunie cet après-midi s’attendait à une annonce allant dans ce sens. Mais les notes ont vite changé, sur la même musique jouée le 17 janvier dernier, date du dernier comité central.
Il est 15h30 pile, et la presse a accès, le temps d’une minute, pour une photo du comité à l’intérieur de la salle de conférence du Hennessy Park Hotel, avant que les portes ne se referment pour que les discussions – les décisions – importantes se fassent. Mais cette minute nous donne assez de temps pour remarquer des visages souriants, surtout au niveau de la table «centrale», malgré une atmosphère lourde. Prochaine heure décisive attendue : 16h30, où il nous était confirmé que le point de presse commencera. Pendant ce temps, la presse dehors entend circuler que le leader du MMM ne part pas…
17h05. Paul Raymond Bérenger est face à la presse. Les visages sont crispés autour de lui, «body language» fermé, bras croisés, pas de sourire aux lèvres. Première pensée automatique : il part.
? Mais non…
À la place d’une annonce tranchée, c’est un flottement qui s’installe. Une réponse qui n’en est pas vraiment une. Et très vite, dans le regard des journalistes, quelque chose bascule. L’attention reste, mais l’excitation retombe. Car l’attente, elle, était réelle ; il y avait matière à croire à un moment politique fort, clair, décisif.
? Pas de décision. Pas aujourd’hui.
Autour de Paul Bérenger, les corps restent fermés, les visages peu expressifs. Et face à lui, la presse encaisse. Pas de réactions bruyantes, pas de soupirs audibles, juste cette manière de reposer légèrement son téléphone, de baisser les yeux une seconde de trop, de comprendre que le «breaking» attendu n’aura pas lieu.
Les questions s’enchaînent, mais l’énergie n’y est plus vraiment. On insiste, on reformule, on tente d’arracher une certitude. Rien n’y fait. Les réponses tournent, esquivent, repoussent.
? «Lundi. Encore»
Dans un coin, certains échangent des regards. D’autres tapent déjà leurs premières lignes, avec cette contrainte familière : raconter l’absence de décision comme une information en soi. Dehors, quelques minutes plus tôt, une rumeur circulait déjà – «li pa pe ale». Elle avait presque dégonflé l’attente avant même la confirmation officielle. Et pourtant, jusqu’au bout, un doute subsistait. Un espoir, peut-être. En quittant la salle, personne ne se presse vraiment. Pas de course contre la montre, pas de précipitation vers le téléphone pour un «enn ti réaction, s’il vous plaît».
Comme après un rendez-vous qu’on attendait, et qui n’a rien donné.
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