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Ces priorités de court terme… et de très long terme

18 mars 2026, 18:11

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Ces priorités de court terme… et de très long terme

En ces temps troubles marqués par les guerres, le réchauffement climatique, la démondialisation, les disruptions technologiques et les mouvements migratoires, notre vision de ce que sera notre avenir, celui de nos enfants et de nos descendants est obscurcie. On ne se focalise que sur les priorités de court terme et, dans une moindre mesure, de moyen terme. On se projette très peu sur le long terme et pratiquement pas du tout sur le très long terme. C’est tout à fait normal ! L’être humain est ainsi : il aime sa zone de confort et érige une barrière mentale pour penser très peu au lendemain. Car le temps qui s’écoule le rapproche irrémédiablement de sa propre mort.

Loin de vouloir engager une réflexion sur le terrain de la psychanalyse, cette petite introduction nous semble nécessaire pour expliquer pourquoi le débat sur la Vision 2050 n’intéresse pour le moment qu’une poignée de politiques, de penseurs et d’acteurs du secteur privé.

La dernière livraison de SBM Insights, intitulée Mauritius Inc.: lightning the way to a bright future, a le mérite de faire le grand écart entre les problématiques de court terme, avec en filigrane les conséquences délétères de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie mauricienne, et d’engager le débat sur la Vision 2050 et l’importance de construire dès aujourd’hui un pont vers l’avenir. D’abord, SBM Insights ancre son analyse sur le court terme. L’offensive de l’armée israélo-américaine contre l’Iran et la réplique tout aussi violente de Téhéran qui s’est attaqué à plusieurs nations arabes et fermé le détroit, route maritime névralgique par où transite 21 % de la consommation mondiale de pétrole et de produits raffinés, ont bouleversé tous les pronostics. Malgré l’assurance donnée par le président américain, Donald Trump, selon laquelle la guerre sera de courte durée, les marchés n’ont pas été rassurés pour autant. Un peu moins de trois semaines après le début des hostilités, le prix du Brent est maintenu autour de 100 dollars le baril. Les armateurs internationaux que sont Maersk et CMA CCGA n’ont pas tardé à réagir, augmentant leurs primes de risque de près de 300 %. Cela a une conséquence directe sur les chaînes d’approvisionnement, qui sont extrêmement tendues. Ainsi, le trajet Asie-Europe coûte aujourd’hui jusqu’à 4 000 dollars, contre 2 500 dollars il y a encore quelques semaines.

En tant qu’importateur net, Maurice est particulièrement vulnérable au choc pétrolier et à la flambée des coûts de fret. L’équipe de SBM Insights ne manque de prendre en considération ces données dans ses projections. Selon le premier scénario, la croissance sera de 3,2 % pour 2026 sur la base d’une inflation de 4 %. Le second scénario est beaucoup plus inquiétant avec une croissance molle de 2,3 % - 2,5 % et un taux d’inflation se situant dans la fourchette de 4,6 % - 4,8 %. Ces projections s’appuient sur l’hypothèse que les prix du pétrole resteront élevés, soit autour de 100 dollars le baril. Citant le Fonds monétaire international, les analystes de SBM Insights rappellent que chaque 10 % de hausse des prix pétroliers peut résulter en une augmentation de 40 points de base du taux d’inflation et donner lieu à un recul de 0,1 – 0,2 % de la croissance mondiale.

Sur le long terme, pour ne pas dire le très long terme, Maurice gagnerait à s’inspirer de l’Inde, du Rwanda et de l’Australie, qui ont clairement une feuille de route en termes de progrès économique, humain, infrastructurel et environnemental à l’horizon 2047 (pour l’Inde) et 2050. Dans le cas de Maurice, on connaît les enjeux auxquels le pays fait face. Sur le long terme, la sécurité énergétique et la sécurité alimentaire s’imposent comme des priorités absolues. Chaque crise nous rappelle les vulnérabilités de notre petit État insulaire. Sur les 25 prochaines années, nous devons améliorer notre résilience énergétique et alimentaire. C’est une question de survie. Parallèlement, il s’agit d’assainir les finances publiques dans le temps, d’avoir une politique migratoire bien planifiée et de créer les conditions pour dynamiser la productivité dans un monde où l’intelligence artificielle est appelée à occuper une place prépondérante. De 2014 à 2024, la croissance de la productivité multifactorielle était, en moyenne, de seulement 0,8 % par an. C’est inférieur à la performance des pays développés où la croissance de la productivité multifactorielle se situe entre 1 % et 2 %.

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