Publicité
Meurtre de Yogeshwaree Bhunjun
Les communications téléphoniques entre le médecin et les trois suspects passées au crible
Par
Partager cet article
Meurtre de Yogeshwaree Bhunjun
Les communications téléphoniques entre le médecin et les trois suspects passées au crible
■ (De g. à dr.) Yogeshwaree Bhunjun, le Dr Arvind Ramchurn, Mamade Imteaize Peeroo, Fadhill Hoossen Dulloo et Khalif Ul Ahmad Raffick.
Près de trois semaines après la disparition de Yogeshwaree Bhunjun, connue comme Deepshika, l’enquête policière se précise et de nouveaux éléments accablants pour son compagnon, le Dr Arvind Ramchurn, émergent. Les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ont longuement interrogé trois hommes soupçonnés d’avoir participé à la dissimulation du corps de cette mère de famille de 37 ans.
Les suspects sont Fadhill Hoossen Dulloo, 40 ans, un infirmier habitant Dagotière, Mamade Imteaize Peeroo et Khalif Ul Ahmad Raffick, tous deux domiciliés à CampFouquereaux. Les enquêteurs consignent désormais leurs déclarations complètes avant de les confronter au Dr Ramchurn, soupçonné d’être au cœur de cette affaire.
Selon les premières informations recueillies par les enquêteurs, Deepika Bhunjun aurait été tuée le 23 février au domicile du couple, à Fond-du-Sac. Depuis, près d’une vingtaine de jours se sont écoulés et le corps de la victime reste introuvable, malgré les investigations menées par la police. L’affaire, qui mêle soupçons de meurtre et tentative de dissimulation de cadavre, continue de bouleverser la famille de la victime.
Dans le cadre de leurs investigations, les enquêteurs de la MCIT ont procédé à l’interrogatoire approfondi des trois suspects. Ils ont été traduits hier en cour de Pamplemousses sous une accusation provisoire de complicité de meurtre. La police ayant objecté à leur remise en liberté sous caution, ils ont été reconduits en cellule policière en attendant la suite de l’enquête.
Selon des informations obtenues dans le cadre de l’enquête, deux des suspects auraient indiqué aux policiers que le corps de Deepika Bhunjun aurait été jeté en mer au large de Case-Noyale. Si cette hypothèse se confirmait, les chances de retrouver la dépouille de la victime pourraient seraient minces.
Les enquêteurs se penchent désormais sur un autre élément crucial de l’affaire : les téléphones portables des suspects. Les appareils du trio devraient être examinés afin de vérifier les communications qu’ils auraient pu avoir avec le Dr Ramchurn. Les policiers cherchent à déterminer s’il y a eu des appels, des messages ou d’autres formes de communication entre eux avant ou après la mort présumée de la victime.
Les limiers souhaitent également analyser les données de localisation afin de retracer les déplacements des suspects, le 23 février. Ces éléments pourraient permettre de confirmer certaines déclarations ou, au contraire, révéler des incohérences dans les versions avancées par les protagonistes.
Selon nos informations, Fadhill Hoossen Dulloo connaît le médecin depuis environ dix ans. Leur relation serait liée au domaine médical. Toujours selon les informations recueillies, le médecin aurait demandé à Dulloo de se rendre à Fond-du-Sac afin de s’occuper de sa compagne et d’effrayer son «amant».
Fadhill Hoossen Dulloo aurait alors sollicité l’aide d’Ul Ahmad Raffick, qui travaillerait comme chauffeur pour lui dans une pharmacie. Les deux hommes se seraient rendus ensemble à Fond-du-Sac. Toutefois, selon leur version des faits, à leur arrivée sur place, la victime était déjà morte et ni le médecin ni l’amant présumé n’étaient dans la maison.
Ces déclarations devront être minutieusement vérifiées par les enquêteurs, qui comptent confronter les différentes versions afin d’établir la vérité. Par ailleurs, les policiers de la MCIT ont également interrogé un propriétaire de bateau. Cette démarche s’inscrivait dans le cadre de la thèse selon laquelle le corps de la victime aurait été acheminé en mer par bateau avant d’être jeté à Case-Noyale. Lors de son interrogatoire, l’homme aurait toutefois déclaré ne rien savoir quant à l’éventuelle utilisation de son embarcation dans cette affaire.
Les enquêteurs poursuivent néanmoins leurs vérifications afin de déterminer si un bateau a réellement été utilisé pour transporter le corps au large de Case-Noyale et le cas échéant, qui y aurait eu accès. D’autres personnes pourraient être interrogées dans les jours à venir afin de faire la lumière sur cet partie de l’enquête.
Pendant ce temps, une autre question suscite l’inquiétude : qu’adviendra-t-il des deux enfants de la victime, âgés de trois ans et neuf mois. Face à cette situation, la MCIT a sollicité l’intervention du ministère de l’Égalité des genres afin d’évaluer leur état psychologique. Un psychologue a procédé à un premier examen et selon les informations disponibles, aucun signe de traumatisme n’a été détecté à ce stade chez les enfants de Deepika Bhunjun. Une nouvelle séance était prévue hier, en présence des policiers de la MCIT, de la Brigade pour la protection de la famille de Vacoas ainsi que de membres de la famille.
L’enquête se poursuit afin de reconstituer les circonstances exactes de la mort de Deepika Bhunjun. Les policiers de la MCIT continuent de rassembler les éléments de preuve en vue d’une confrontation qui pourrait s’avérer déterminante pour situer les responsabilités de chacun dans cette affaire.
******
Les enfants confiés à une amie du Dr Ramchurn
La personne qui s’occupe actuellement des deux enfants du couple est une ancienne camarade de collège du Dr Ramchurn. C’est le mardi 10 mars, jour de l’arrestation du médecin par la MCIT qu’elle a été contactée par les policiers, à la demande du médecin, pour s’occuper de ses enfants. «Kan MCIT inn aret li, limem inn dir lapolis apel mwa pou mo vini pou get so bann zanfan», raconte-t-elle. Elle explique s’être rendue sur place le jour même pour récupérer les petits. «Mo’nn pran enn loto mo’nn vini pou pran zot.» Elle affirme connaître la famille depuis longtemps. «Nou ti kamarad depi kolez. Apre mo ti pe travay pre ar so kabine, pre avek enn lafarmasi. Nou ti res pros ek li ek bann zanfan», dit-elle. Selon la femme, les premiers jours ont été difficiles pour l’aînée. «Premie swar kan mo’nn amenn zot, tifi ti leve dan lanwit ek ti pe rod so papa», confie-t-elle. Depuis, la petite semble peu à peu s’adapter. «Aster li pe al bien. Mo pe bien gat li», ajoute-t-elle. Le plus jeune aura un an en juin et ne comprendrait pas encore grand-chose. «Li ankor tipti, li pa tro konpran. Zot bien, zot pe zwe», dit-elle.
Le père de la victime dans le flou total
Nous avons également échangé avec des proches de la victime à Lalmatie. Son père, Prakash Bhunjun, affirme être toujours dans le flou total concernant les circonstances entourant la mort de sa fille. «Mo pa konn nanye. Se kan mo tann bann informasion ki mo krwar ki mo tifi inn fini zet dan lamer», confie-t-il. La tante de Deepika, Rita Savitree Bhunjun, raconte que sa nièce était «enn tifi bien kontan koze ek riye», dit-elle. Elle ajoute toutefois que la jeune femme n’abordait jamais ses problèmes de couple lorsqu’elle rendait visite à sa famille. «Kan li ti pe vini, li pa ti pe rakont nou tou so bann problem», explique-t-elle. Dans le voisinage également, la tristesse est palpable. Ils décrivent Deepika Bhunjun comme une femme souriante et causante, et disent être profondément attristés par ce drame. La mère de la victime vit actuellement en Italie et ses parents sont séparés depuis plusieurs années.
Publicité
Publicité
Les plus récents