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Kronik KC Ranzé
Dommages collateraux
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Kronik KC Ranzé
Dommages collateraux
Une des ironies marquantes de ce qui se passe en Iran, c’est combien Trump est en train de rapprocher les États-Unis des nations auxquelles ce pays, qui se disait d’exception, faisait , jusqu’ici , tant de reproches et bien des leçons!
Le «Shining city on the hill» selon les mots de Reagan, n’existe-t-il plus ?
Deux exemples parlants.
Le premier exemple concerne la fiction selon laquelle une grande puissance possède le droit de décider qui doit diriger un pays tiers! Les États-Unis eux-mêmes avaient déjà un certain bilan à cet effet: Mossadeq, pourtant démocratiquement élu, remplacé par le Shah de Perse en 1953, parce qu’il voulait nationaliser les avoirs pétroliers britanniques (BP à l’époque). Ou Pinochet remplaçant Allende au Chili en 1973. Mais les Américains s’étaient fait plus discrets depuis et ce sont les Chinois qui, plus récemment, exprimaient leur droit de choisir le futur Dalai Lama au Tibet, par exemple. Les Russes approuvaient, quant à eux, Poroshenko, mais pas Zelensky et soutiennent Loukachenko, y compris dans ses 7 dernières élections en Biélorussie, dont celle de 2025, gagnée avec 87 % des votes. Après 30 ans de pouvoir, c’était le triomphe !
Pour faire bonne mesure, Trump déclarait avoir son mot à dire sur qui remplacerait Khamenei assassiné lors d’un des premiers bombardements israéloaméricains sur Téhéran. Cela étonnerait beaucoup que Trump approuve le fils Khamenei, dûment nommé en défiance des desiderata américains. Si Delcy Rodriguez convient à Trump au Venezuela, tant qu’elle fait ce qu’on lui dit, ça ne collera pas, semble-t-il, pour Khamenei junior…Ce sont des Perses, après tout et l’esprit de défiance de Cyrus et de Darius n’est, semble-t-il pas tout à fait mort ! De toute manière Trump a un problème : il avoue avoir déjà tué, par mégarde, ceux qui, selon lui, pouvaient remplacer Khamenei…
Pour le deuxième exemple, on se rapprochera de Moscou. Tout comme Poutine qui ne voulait absolument pas utiliser le mot «guerre» pour qualifier son invasion non provoquée de l’Ukraine, préférant la formule «opération militaire spécial» ; l’entourage de Donald Trump fait face au même embarras. Autour de lui on évoque ainsi un «conflit» (le sénateur MAGA, Tuberville), ou des «frappes stratégiques» (la représentante MAGA, Luna), ou une «opération défensive» (selon le Speaker républicain, Mike Johnson). Le sénateur Graham, lui, affirme ne pas savoir s’il s’agit d’une guerre… Concédons au moins à Trump d’être moins hypocrite, mais si c’est bien d’une guerre qu’il s’agit, il a donc défié les pouvoirs du Congrès américain, qui, seul, selon la Constitution, a le pouvoir d’en déclarer une… ! Cette guerre est donc illégale ! Trump, investi, par «sa» Cour suprême, de l’immunité totale pour tout ce qu’il ferait «au nom de la nation», s’en balance… Comme Poutine. Ou Xi.
La motivation de Poutine était claire. Il y a quatre ans de cela, il croyait pouvoir conquérir l’Ukraine en quelques semaines au pire, ce qui ne qualifiait sûrement pas alors cette «escarmouche» du mot «guerre»… Il ne voulait pas effrayer son pays, mais seulement dénazifier son voisin (pourtant, jusque-là, un satellite russe très apprécié, au point où Staline lui «donnait» la Crimée en cadeau). C’était il y a quatre ans…C’est peutêtre enfin devenu une guerre ?
Pour Trump, l’équation est différente ! Il s’était présenté comme le candidat de la paix. Comme celui qui allait faire cesser toutes les guerres. Celui qui, s’il avait été élu en 2020 à la place de Biden aurait, par sa seule présence, tout simplement empêché la guerre d’Ukraine. Lors de la première année de son deuxième mandat, Trump parlait avec avidité (et un peu d’exagération, tout de même) des sept guerres qu’il avait arrêtées par son intervention personnelle et, sur cette base, il réclamait (le mot est approprié !) le Prix Nobel de la Paix… Trump ne fut pas choisi, mais le prix Nobel de la Paix 2025, Mme Machado, émue par une telle déconvenue et sans doute aussi animée par l’histoire de Narcisse de la mythologie grecque… lui offrit sa médaille à elle ! Pour ne pas être en reste, Infantino, le grand chef de la FIFA, inventait de toutes pièces le Prix de la Paix FIFA qu’il décernait, à qui d’autre que…Trump ! Le monde entier retient son souffle en attendant le prochain lauréat… L’envahisseur de l’Ukraine peutêtre ? Ou Netanyahu qui rêve de cette guerre depuis 40 ans et qui semble avoir oublié que ce sont… les Perses qui ont libéré les Juifs de leur exil à Babylone !
Mais le sort avait déjà été jeté, puisque le département de la défense était devenu le département de la guerre… Si le bombardement de l’Iran en juin 2025 pour stopper les velléités nucléaires de Khameini avait été présenté comme un acte préventif, il s’ensuivait, par contre le kidnapping de Maduro, avant les menaces parfois guerrières face à Cuba et au Groenland. Le problème de Trump sera de réconcilier son image de pacifiste pleurant les morts de toutes les guerres de la planète et ses initiatives belliqueuses plus récentes… qui tuent même, par erreur on veut bien le croire, des écolières à Minab, dans le sud de l’Iran. Le peuple MAGA a du mal à reconcilier son candidat favori qui récuse les guerres et son président qui en déclenche… mais Trump explique qu’il enclenche la guerre pour garantir la paix… dans le futur !
C’est un argument qui ne peut que rassurer ceux qui seront encore là, quand viendra éventuellement la vraie paix… si jamais ?
Cependant, si Trump est intervenu militairement 7 fois déjà depuis son retour au pouvoir (Nigeria, Iran, Yémen, Iraq, Venezuela, Syrie, Somalie), ces interventions ont été de courte durée et plutôt focalisées. De ce point de vue, il faut mettre au crédit de Trump qu’il ne s’est pas engagé jusqu’ici dans ce qu’il dénonce comme des «ever-lasting wars» comme en Iraq ou en Afghanistan. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que 85 % des républicains MAGA le soutiennent toujours. Cependant, ce même pourcentage chute, selon YouGov à 64 % pour les républicains dans leur ensemble, à 25 % chez les indépendants et à 11 % chez les démocrates, ce qui fait que l’ensemble des Américains approuve cette guerre à 37 % seulement et la désavoue à 48 %. Ce constat, le 3 mars dernier, était évidemment au tout début des augmentations du prix de l’essence à la pompe… Trump a tout intérêt à ne pas prolonger cette guerre et c’est sa seule chance, en effet, d’éviter, avec Ormuz et encore plus d’attaques épisodiques sur les raffineries ou les usines de dessalement du Golfe(*), un cataclysme mondial tant économique que militaire ! Trump, c’est cependant Trump et après avoir exigé la reddition totale (et improbable) de l’Iran, joué avec l’idée de commanditer les troupes kurdes à nouveau (elles en ont peut-être marre d’être trahies, une fois encore ?), les milieux bien avisés évoquent un commando spécial pour évacuer les stocks d’uranium enrichi d’Iran ou même une prise de possession de l’île de Kharg, le terminal pétrolier de l’Iran… Bonne chance !
Avec la nomination de Mojtaba Khameini, un acte de provocation caractérisé face aux États-Unis, est-ce que tout ceci vous suggère un plan précis de sortie de guerre et un dénouement tant rapide qu’heureux ? Les «dommages collatéraux» pèseront très lourd !
Tout le monde spécule désormais sur ce qui peut être fait pour (1) assurer les approvisionnements et (2) absorber la hausse des coûts à la pompe. À Maurice, pas grand-chose, à part de téléphoner à Dada Modi… Aux États-Unis, on pense à libérer des réserves stratégiques, à «drill more, baby, drill even more», à alléger les mesures punitives prises depuis octobre 2025 contre le pétrole russe – ça y est, c’est fait ! Le Monde Diplomatique évoque même la possibilité que les Américains relancent le Nord Stream russe, en réparant les 3 pipelines sabotés en septembre 2022 ! Ils ont déjà d’ailleurs donné la permission dite «temporaire» à l’Inde de renouer avec des achats de pétrole russe. Aux prix actuels, les Russes rient et les Ukrainiens, qui voient les armements US être utilisés au Moyen-Orient, pleurent…
Nous vivons une époque folle. Pour cela, il nous fallait évidemment quelques fous. Nous vivons, pour cela, une période dangereuse qui, par contraste évident et malgré les risques réels que nous confronterons bientôt, rend notre pays plutôt sympathique.
Et pourtant ce ne sont pas les vrais problèmes(**) qui manquent ici !
(*) https://www.youtube.com/watch?v=RhVjgYLnawI
(**) On connaît la musique, mais, en plus, si le coût de l’énergie, qui ne représente que 20 % des coûts d’Air Mauritius, va doubler, par quel chemin passe-t-on pour justifier de doubler le prix du billet Londres-Maurice ? Du ‘hedging’ nouveau genre ?
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