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Dans la presse du…14 Mars 1968

Ensoleillée, heureuse et généreuse : Maurice affirme sa volonté d’indépendance nationale

12 mars 2026, 11:00

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Ensoleillée, heureuse et généreuse : Maurice affirme sa volonté d’indépendance nationale

■ Le dragon chinois, moment fort du spectacle du 12 mars 1968.

Le sens et la volonté d’indépendance ont été fortement exprimés le 12 mars, relate l’express du 14 mars 1968. Plus bouderie que boycott, l’abstention massive des partisans du PMSD – avec les exceptions que l’on sait, tant sur le plan des individus que sur celui des municipalités – n’a été accompagnée d’aucune contremanifestation. Le Jour de l’Indépendance s’est donc écoulé sans incident. La conviction de la majorité indépendantiste venue affirmer sa joie en grand nombre au Champ-de-Mars s’est exprimée sans outrance, avec la mesure et la maturité qui caractérisent le mouvement depuis les dernières années.

Prenons Port-Louis. Un hôtel de ville tout gêné de deuil. A l’autre extrémité de la rue Desforges une banderole : «Maire en deuil, Citoyens en fête». Les rieurs ne sont pas du côté de M. le maire.

Rose-Belle, par dessus les villes, donne la main à Triolet pour décorer les routes : fanions, oriflammes et banderoles s’étirent le long des routes et les arcs de triomphe de verdure apportent l’hommage des villageois à la signification du jour.

Il faut dire que le soleil le plus radieux s’est levé sur cette journée.

Au Champ-de-Mars, sur la place aménagée, où défile d’abord une troupe d’élégants soldats de la SMF sous le commandement de l’assistant-surintendant Lubin va se dérouler un programme par moment très prenant.

La foule, bigarrée, scintillante de couleurs sous le soleil ardent, a commencé à se masser depuis bien avant 10 heures. Dès ce moment, et jusqu’à midi, de l’entrée du Champ-de-Mars et jusqu’à la statue d’Edouard VII – un peu dépassé – une foule compacte se presse. Ce n’est pas la seule voie d’accès et il en vient aussi par la rue Frère Félix de Valois, du côté de la montagne où des taches d’ombre attirent graduellement des groupes serrés ; par la rue Eugène Laurent; pendant que d’autres gagnent la Citadelle, les toits des maisons avoisinantes.

En effet, pour suivre convenablement le programme prévu, il faut être haut placé. Quand on est dans les tribunes ça va mais de «la plaine» c’est plus difficile. Le service d’ordre a presque éliminé les voitures de la plaine ellemême. Alors, on grimpe sur tous les bâtiments qui s’y trouvent – il y aura au moins une chute sérieuse ; on se serre sur les enceintes et les cordons policiers.

Le band de la force policière donnera une excellente démonstration de ses qualités et M. F. Lorens, qui la dirige non sans un petit incident mineur, ajoute la preuve de son sang-froid.

Il est 11 h 10. Seize motocyclistes de la police pénètrent sur la piste. Ils forment des V, constituent des blocs, se scindent et serpentent. La deuxième démonstration de précision – deux files de motocyclistes s’intersectant – finira par un accrochage qui ne diminue en rien le mérite de ces hommes surmenés qui depuis janvier ne vivent certes pas une vie d’athlète en préparation pour les J. O.

Le dragon chinois qui ondule et darde sa queue entre à son tour sur la piste précédé de M. Wong Hin. Les pétards crépitent. Le dragon fait voir ses écailles d’or, son ventre rouge et les oreilles vertes qui se dressent sur sa tête horrible. Il a une cour : un petit dragon qu’actionnent un jeune et un enfant ; un crabe gris ardoise ; une écrevisse alerte et un beau poisson rouge. Toute cette faune qui se montre aux sons des cymbales et des tambours crée une atmosphère. Les hommes-dragons ont des pantalons or, des chemises blanches et une casquette rouge. Ils ont l’endurance des basketteurs et celui qui actionne la queue se fait particulièrement remarquer.

La course d’obstacle des minimokes est facilement enlevée par les marins tandis que notre équipe policière, assez lourde, force la remarque : «Sa fonksioner sa, zot pa prese.»

Il est 11 h 30, une douzaine de camions bondés percent à l’extrémité de la rue Pope Hennessy. La foule arrive maintenant à flots. C’est l’heure des danses folkloriques où les danseurs de satin exécutent un chatoiement de pas vifs, gracieux, inspirés et débordant d’enthousiasme. Le Dr I. Nundlall et M. et Mme Nandkishore ont une fois de plus conjuré un beau spectacle mais les distances du Champ-de-Mars ne conviennent vraiment pas à tant de grâce et de finesse.

L’orchestre et les clairons du K. S. L. I. sous la direction du bandmaster S. James font leur acte avec précision, méthode et distinction.

La foule de plusieurs Maidens des grands jours est là, massée à des points spécifiques, voulant voir. La clarté du jour et l’ardeur du soleil rehaussent les couleurs changeantes de l’assistance. Il fait très chaud.

On assiste alors à la danse des libellules. Deux hélicoptères militaires ont plongé sur l’amphithéâtre avant d’esquisser une remontée qui finit par l’immobilisation, le retour vers la piste.

L’XT 113 et XT 108 s’immobilisent à 8 pieds du sol ; leurs rotors font un vacarme et déclenchent un petit cyclone. Bientôt, dans la foule émerveillée, va se produire un remous d’admiration. Peut-être dans son for intéri- eur l’assistance leur est-elle reconnaissante pour leur part jouée dans le rétablissement de l’ordre. Ils dansent un carré de lanciers; frôlent le sol de leurs skis ; les aviateurs descendent, saluent, recueillent une ovation et disparaissent en spirale tandis que sur la piste viennent les ségatiers.

Dans le groupe une petite mascotte. Le groupe habillé aux couleurs mauriciennes. La sonorisation n’est pas fameuse. On devine plus qu’on ne l’entend le rythme primaire. Puis d’un coup de rein de suprême beauté, une jeune femme entre dans la danse ; une silhouette qui fait virer dans l’air chaud le rouge et le bleu océan, le jaune et le vert. Pour ce séga de l’indépendance un couple danse, à gauche, avec une fougue dont on devine qu’il a vingt ans. Ils éveillent le sentiment populaire, font se serrer les gorges et le soleil soudain c’est leur rythme…

On sent que la finale approche. Des détachements de la SMF, des navires visiteurs, des KSLI, des marins prennent leurs places. La foule veut voir de plus près, elle escalade, force un cordon policier, se rapproche. Le suspense grandit.

Le gouverneur général sort des tribunes suivi du Premier ministre. C’est vers sir Seewoosagur que les cous se tendent – et les coeurs – : le vieil homme d’Etat symbolise l’unité de 785 000 personnes.

Le drapeau britannique est amené par le lieutenant D. E. Wenn R. N. C’est l’inspecteur R. Palmyre de la SMF qui fait monter au mât notre quadricolore que le vent du Nord déroule pendant qu’éclatent les hourras, les bravos, les applaudissements pendant que les larmes viennent et que les gorges se serrent. Dans le vent chaud, au soleil de notre pays, en dépit des différences, il n’y en a qu’un désormais, qu’un seul drapeau ; et lui doit nous unir.

Le cadre des montagnes illuminées de clarté ; dans leur robe de jour de fête. Le port à droite où les canons des navires ont répondu à la salve tirée contre nos tympans par quatre canons de la SMF. Liesse, détente ; la foule se casse et s’éparpille joyeuse et alors seulement prend-on conscience de son nombre. A ce rendez-vous de l’histoire ceux qui étaient venus représentaient généreusement, fraternellement, ceux qui n’étaient pas venus.

Le beau temps a tenu jusqu’à la soirée.

La réception offerte par le Premier ministre à plus de 4 000 personnes au jardin des Pamplemousses s’est déroulée avec bonne humeur dans le cadre reposant des arbres verts. De l’organisation il vaut mieux ne pas parler – mais quelle importance quand chacun sent qu’il vit une seule fois un tel jour.

A Port-Louis en rentrant on rencontrera des groupes dansant dans les rues.

A Quatre-Bornes illumination et musique avaient un gros succès. (…)

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