Publicité
Affaire John Mick Martingale
Une fouille dans sa cellule non signalée à la salle de contrôle
Par
Partager cet article
Affaire John Mick Martingale
Une fouille dans sa cellule non signalée à la salle de contrôle
Dans le cadre de l’enquête judiciaire sur la mort de John Mick Martingale, le 8 septembre 2024, à la prison centrale de Beau-Bassin, un gardien a révélé en cour de Rose-Hill, hier, qu’une fouille menée dans la cellule du détenu, quelques heures avant son décès, n’avait pas été signalée à la salle de contrôle de l’établissement, contrairement aux procédures prévues.
L’enquête est présidée par le magistrat Denis Jonathan Vellien. À la barre hier, mercredi 11 mars, le Prison Officer Nundlall, interrogé par Mᵉ Ricky Bhookhun, représentant du Directeur des poursuites publiques (DPP), a livré un récit détaillé des événements de la soirée du 7 septembre 2024.
Fort de 23 ans d’expérience dans l’administration pénitentiaire, le gardien était alors affecté à la surveillance extérieure des blocs A et B de la prison centrale de Beau-Bassin. Il a expliqué que vers 20h30, alors qu’il se trouvait dans le bureau de l’assistant surintendant des prisons (ASP) Ramtolla, le gardien Ghoorah est venu signaler qu’un détenu du bloc B, John Mick Martingale, incarcéré dans la cellule 71, était en possession d’un téléphone portable.
L’ASP Ramtolla a alors ordonné une fouille immédiate de la cellule. Une équipe composée de cinq membres a été constituée : l’ASP Ramtolla lui-même, et les gardiens Ghoorah, Nundlall, Vythilinga et Constant. Le témoin a indiqué connaître John Mick Martingale et l’a décrit comme un détenu «calme et tranquille», avec lequel il n’avait jamais rencontré de difficultés. Il a toutefois rappelé que ce dernier avait déjà eu des démêlés avec l’administration pénitentiaire pour possession de méthadone.
Au cours de l’interrogatoire, Mᵉ Bhookhun s’est attardé sur le respect des procédures encadrant ce type d’intervention. Le gardien Nundlall a expliqué que les gardes doivent normalement être munis d’une petite matraque réglementaire lors des opérations de sécurité, une arme d’environ un pied de longueur, pouvant être glissée discrètement dans la poche de l’uniforme. Cependant, il n’a pas été en mesure de dire si lui-même ou ses collègues en étaient équipés au moment de la fouille, une situation que l’avocat du DPP a qualifiée «d’écart» par rapport aux procédures établies.
Pas de caméra pour la cellule 71
Un autre point soulevé lors de l’audience a concerné le rôle de la salle de contrôle où sont surveillées en permanence les images des caméras de sécurité, installées dans l’enceinte de la prison. Selon le témoin, toute fouille de cellule doit normalement être signalée à ce service afin que les caméras soient orientées vers la zone concernée et permettent un suivi visuel de l’opération. Or, selon le témoignage d’un garde affecté à cette salle, aucune notification n’aurait été reçue ce soir-là. Les caméras n’auraient donc pas été dirigées vers la cellule 71, privant les autorités d’un enregistrement potentiel de l’intervention.
Mᵉ Bhookhun a insisté sur la gravité de cette omission, soulignant que si la salle de contrôle avait été informée, les caméras auraient pu être repositionnées et fournir un éclairage objectif sur le déroulement de la fouille. Le gardien Nundlall a ensuite relaté la scène devant la cellule. Selon lui, l’espace restreint permettait à quatre ou cinq personnes d’y entrer mais seulement en étant serrées les unes contre les autres.
Le gardien Constant aurait ouvert la porte et pénétré seul dans la cellule, dans un premier temps. Le gardien Ghoorah aurait alors demandé au détenu de remettre volontairement le téléphone afin d’éviter une fouille complète.
John Mick Martingale aurait d’abord nié posséder un tel appareil, affirmant l’avoir jeté par la fenêtre. Informé qu’un garde posté à l’extérieur du bloc n’avait rien observé de tel, il aurait finalement sorti l’appareil de sous son matelas. Devant les gardiens, il l’aurait brisé en deux avant de leur remettre le téléphone cassé ainsi que le câble du chargeur.
Selon le témoin, la situation est restée calme du début à la fin et aucune dispute ni usage de la force n’a été signalé. Interrogé directement par Me Bhookhun, il a affirmé qu’aucun gardien n’avait sorti de matraque et qu’aucun comportement anormal ne s’était produit durant l’intervention.
Après la récupération du téléphone endommagé, l’équipe est repartie au bureau de l’ASP Ramtolla. Le gardien Constant, qui avait pris possession de l’appareil cassé, aurait inscrit l’incident dans le registre officiel. Le gardien Nundlall a expliqué qu’il n’est pas nécessaire que chaque gardien fasse une entrée séparée : généralement, c’est le gardien récupérant l’objet saisi qui rédige le rapport tandis que son supérieur peut également consigner l’opération.
À la demande de Mᵉ Bhookhun, le magistrat Vellien a suspendu l’audience. L’interrogatoire du gardien Nundlall se poursuivra lors de la prochaine séance, fixée au 2 avril. Pour rappel, John Mick Martingale, 32ans, a été arrêté le 29 octobre 2022 à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) à son retour de Belgique. Deux ressortissantes ukrainiennes interceptées à l’aéroport avec de la cocaïne liquide, dissimulée dans des bouteilles et d’une valeur estimée à plus de Rs 40 millions, avaient déclaré aux autorités que John Mick Martingale leur avait demandé de transporter cette drogue. Placée en détention provisoire à la prison centrale de Beau-Bassin, il a été retrouvé pendu dans sa cellule aux petites heures du matin du 8 septembre 2024.
Avocat témoin
Une première autopsie réalisée par le DrAnanda Sunnassee, médecin légiste, avait conclu à une asphyxie causée par la pendaison et privilégié l’hypothèse du suicide. La famille du défunt a toutefois contesté cette conclusion. Une contre-autopsie effectuée par le médecin légiste sud-africain Dr Sipho Mfolozi a conclu que le détenu aurait été violemment agressé et serait décédé à la suite d’une obstruction des voies respiratoires et a noté une compression du cou.
C’est à la lumière de ce rapport que le bureau du DPP a ordonné l’ouverture de l’enquête judiciaire actuellement en cours.
En début de séance, Mᵉ Bhookhun a également informé la cour d’une demande formulée par l’avocat de la famille, Mᵉ Rama Valayden, visant à faire ajouter l’avocat Samad Goolamally à la liste des témoins. Le bureau du DPP a sollicité des précisions sur les raisons de cette requête avant de prendre position. Selon des informations recueillies dans l’entourage du dossier, Mᵉ Goolamally, qui avait représenté Martingale au moment de son arrestation, aurait été informé par son client que ce dernier comptait révéler l’identité du commanditaire du trafic de drogue, lié à cette affaire. Peu de temps après ces déclarations présumées, Martingale était retrouvé mort dans sa cellule.
Publicité
Publicité
Les plus récents