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Conflit États-Unis/Israël–Iran

Le commerce mondial à l’épreuve des balles

4 mars 2026, 11:00

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Le commerce mondial à l’épreuve des balles

Photo d'illustration.

Le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis ne se limite pas à une escalade militaire. Elle commence déjà à produire des effets sur le commerce mondial et pourrait, à terme, avoir des répercussions sur les prix. Dans une économie insulaire fortement dépendante des importations, notamment pour les carburants, et de biens essentiels, toute perturbation finit par provoquer des dommages collatéraux.

Ces derniers jours, plusieurs grandes compagnies maritimes, dont Maersk, CMA CGM et Hapag-Lloyd, ont revu leurs itinéraires afin d’éviter les zones jugées à risque, notamment autour du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, indique la presse internationale. Concrètement, cela signifie que certains navires contournent désormais ces passages stratégiques en passant par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour rallonge les trajets de 10 à 15 jours sur certaines lignes. Cela induit davantage de carburant, des coûts d’exploitation plus élevés et une désorganisation des rotations des navires. Lorsque les bateaux se font attendre, la capacité disponible sur le marché diminue, ce qui exerce une pression sur les tarifs du fret.

Afzal Delbar, président de la Customs House Brokers Association nous indique que certaines lignes appliquent déjà une Emergency Conflict Surcharge, pouvant atteindre en moyenne 2 000 dollars par conteneur, selon les routes et les contrats. À cela s’ajoutent des incertitudes sur les assurances, certains acteurs ayant revu ou suspendu leurs couvertures «War risk» dans les zones sensibles. L’ensemble crée un climat d’attente et de prudence dans le secteur.

La dépendance au commerce maritime

Maurice dépend largement du commerce maritime pour son approvisionnement. Le détroit d’Ormuz demeure un point de passage stratégique pour les produits pétroliers, mais aussi pour certaines matières premières essentielles, notamment des composants utilisés pour les engrais. Une crise prolongée pourrait donc avoir un double effet : une hausse des coûts énergétiques et une augmentation des intrants agricoles, avec des répercussions possibles sur les prix alimentaires à l’échelle mondiale.

Les acteurs locaux appellent à la mesure. Afzal Delbar, souligne que «si la région de l’océan Indien reste sûre, le système maritime mondial est sous tension. Ce qui perturbe les flux globaux». Cela dit, la majorité des produits de première nécessité importés proviennent de pays comme la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud ou Madagascar. La part des marchandises issues des zones en conflit demeure limitée. Pour certains produits provenant de Turquie ou d’Égypte, des alternatives pourraient être envisagées si besoin, avance Afzal Delbar.

L’enjeu sera donc de surveiller de près les lignes maritimes et les délais d’approvisionnement afin d’anticiper d’éventuelles tensions sur certains produits. Car si le fret augmente de manière significative et durable, une partie de cette hausse pourrait finir par se répercuter sur la structure des prix. Mais l’impact ne se limite pas aux routes maritimes.

Les marchés de l’énergie et les circuits financiers internationaux réagissent eux aussi au moindre soubresaut. Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), explique que, même sans blocage concret des approvisionnements, la perception du risque suffit à faire monter les prix. Les investisseurs anticipent un éventuel durcissement de la situation autour du détroit d’Ormuz – où transite près d’un cinquième du pétrole mondial – et intègrent cette incertitude dans les cours du brut, notamment le Brent.

Exposition multiple

Pour Maurice, dont l’approvisionnement énergétique repose entièrement sur les importations, l’exposition est multiple, selon Suttyhudeo Tengur. Elle concerne non seulement le prix du pétrole, mais aussi les marges de raffinage, les coûts du transport maritime, les primes d’assurance et l’évolution du taux de change. En période d’instabilité géopolitique, le dollar américain tend à se renforcer, ce qui renchérit davantage les importations payées en devises étrangères et accentue la pression sur les mécanismes locaux de fixation des prix des carburants.

D’ailleurs, depuis le début du conflit, les cours du pétrole connaissent une forte volatilité. Le 3 mars, le diesel a atteint 1,90 USD/L, légèrement au-dessus du Sans Plomb 95 (E10), à 1,89 USD/L. Selon Carbu.com, cette hausse représente un bond de 0,054 USD en une semaine et de 0,065 USD sur le dernier mois, témoignant de l’incertitude qui domine les marchés face aux tensions géopolitiques.

À Maurice, les prix à la pompe restent pour l’instant stables. Le litre d’essence avait légèrement diminué à Rs 58,45 le 3 novembre 2025, après une réduction de Rs 2,75 décidée par le Petroleum Pricing Committee (PPC), tandis que le diesel reste à Rs 58,95. Cependant, le déficit du Price Stabilisation Account (PSA) reste préoccupant, surtout pour le diesel, un carburant clé pour l’industrie et le transport.

Le ministre du Commerce Michaël Sik Yuen a rassuré les Mauriciens concernant les réserves de carburant. Il a précisé que le pays dispose d’environ 12 000 tonnes métriques d’essence, suffisantes pour couvrir les besoins jusqu’au 4 avril, tandis que les stocks de diesel, de 13 600 tonnes métriques, permettraient de tenir jusqu’au 6 avril. Une livraison a été reçue le 26 février, et une autre est attendue le 18 mars. Même en l’absence de ce nouvel arrivage, les quantités actuelles restent suffisantes pour assurer l’approvisionnement jusqu’aux dates indiquées.

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Quant au gaz ménager, largement utilisé par les ménages, le ministre a rassuré les consommateurs, soulignant que les subventions permettent de limiter l’impact : «Une bonbonne de 12 kilos coûte environ Rs 600, mais elle est vendue aux consommateurs à Rs 190.»

Import et transport

Au-delà de l’énergie, d’autres marchés de matières premières pourraient être affectés. Les biens de consommation importés – alimentaires et autres – pourraient devenir plus chers si le coût du transport et de la logistique augmente. Ainsi, les tensions sur le marché mondial du pétrole, par exemple liées au conflit en Iran, produisent un effet domino qui se répercute sur tous les niveaux de l’économie.

Maurice, importateur net de denrées alimentaires, de carburants et d’aliments pour bétail, doit anticiper les perturbations potentielles dans les chaînes d’approvisionnement. Le pays dépend de produits de base, tels que la pomme de terre, l’oignon et l’ail, et explore des alternatives, notamment depuis l’Égypte, alors que les délais de fret pourraient passer de 40 à 60 jours. Les autorités envisagent également d’accroître les importations depuis l’Inde et la Chine, de revoir le coût des intrants agricoles et les mesures d’accompagnement, tout en restant vigilantes face aux pressions inflationnistes.

L’Agricultural Marketing Board (AMB) adopte une approche proactive en étudiant différents scénarios à court et moyen terme. Dans ce contexte, la politique «Ridge to Reef» (R2R) pourrait constituer une opportunité stratégique pour renforcer la résilience du secteur agricole. Selon Statistics Mauritius, dont les chiffres restent provisoires et sujets à révision, les importations dominent le commerce extérieur, contribuant à un déficit commercial notable pour 2025. L’AMB dispose actuellement de stocks suffisants de pommes de terre (1 500 tonnes), d’oignons (1 200T) et d’ail (130 T), et de nouvelles cargaisons sont attendues d’ici au 10 avril. Les prochaines livraisons porteront ces quantités à 3 836 tonnes de pommes de terre, 2 660 tonnes d’oignons et 392 tonnes d’ail.

Il est à noter que les fruits sont importés de Chine, d’Inde, d’Afrique du Sud et d’Australie, tandis que les légumes frais proviennent principalement d’Afrique du Sud.

Les céréales, les huiles alimentaires, les engrais et divers intrants agricoles restent sensibles aux fluctuations du pétrole et aux perturbations logistiques. Une hausse prolongée du fret et des cours énergétiques pourrait ainsi raviver des tensions inflationnistes, même dans un contexte économique modéré. Les marchés financiers, eux, évoluent généralement dans la volatilité lors de telles crises, ce qui peut peser sur les économies ouvertes et dépendantes des échanges extérieurs.

Attention au «Panic buying»

Suttyhudeo Tengur rappelle toutefois qu’il convient de distinguer les chocs temporaires des effets durables. Si l’escalade est contenue et que les routes d’approvisionnement restent fonctionnelles, les prix pourraient se stabiliser après une phase critique. Maurice dispose par ailleurs de certains amortisseurs, notamment à travers la diversification de ses fournisseurs, ses contrats d’achat structurés et ses mécanismes de stabilisation. Le paramètre déterminant restera la durée du conflit.

Dans ce contexte, l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) appelle à la responsabilité. Elle met en garde contre les comportements de stockage excessif qui pourraient créer des pénuries artificielles. «Tous les ménages ne disposent pas du même pouvoir d’achat et un mouvement de panic buying risquerait de pénaliser les plus vulnérables.» L’organisation encourage ainsi les consommateurs à acheter selon leurs besoins réels, à éviter les déplacements inutiles et à privilégier des pratiques comme le covoiturage lorsque cela est possible.

Jayen Chellum relève, d’autre part, que «lecoût du fret ne représente qu’un élément parmi d’autres dans la structure des prix», mais qu’une vigilance s’impose afin d’éviter d’éventuels abus. Il plaide pour un suivi concerté sur les répercussions de la tension géopolitique sur les prix réunissant autorités, secteur privé et société civile à travers la mise en place d’un comité afin d’assurer transparence et modération si la situation venait à se prolonger. L’ACIM demande une réunion au ministère du Commerce pour aborder ses propositions. Elle estime par ailleurs qu’il est encore trop tôt pour justifier une hausse des prix des carburants, rappelant que ceux-ci sont déjà élevés au niveau local.

Le ministre du Commerce a indiqué que, concernant une éventuelle hausse des prix des produits, les mesures à prendre seront évaluées le moment venu. Il a rappelé que, au cours des 14 derniers mois, diverses actions ont été mises en œuvre pour soulager les consommateurs. Dans les prochains jours, la State Trading Corporation (STC) prévoit d’élargir sa gamme de produits importés et d’être agressive sur le marché.

Pour l’instant, l’incertitude domine. L’ampleur réelle de l’impact dépendra de la durée et de l’évolution du conflit. Mais dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont interconnectées, même une crise géographiquement lointaine peut, tôt ou tard, affecter le quotidien des consommateurs mauriciens.

*** 

Pense-bête

? L’indice des Prix

Selon Statistics Mauritius, l’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 0,9 % en janvier 2026 par rapport à décembre 2025, portant l’inflation annuelle à 3,9 %, contre 1,9 % en janvier 2025.

? Impact sur les commerces et les chaînes de distribution :

⚫ Hausse des prix à la consommation, notamment pour les produits importés.

⚫ Réduction du pouvoir d’achat des ménages, surtout pour les biens non essentiels.

⚫ Pression sur la gestion des stocks et recherche d’alternatives moins coûteuses.

? Impact sur l’industrie et le transport :

Le diesel est central pour la production industrielle et le transport. Une hausse de son prix se répercute sur le coût de production et la logistique, réduisant la compétitivité des entreprises locales. Les secteurs les plus vulnérables sont ceux à forte consommation énergétique et dépendants du transport, comme l’agroalimentaire et la construction.

? Répercussions sociales :

⚫ Pression sur le budget des ménages modestes et moyens.

⚫ Réduction de l’accès à certains services, surtout en zones rurales.

⚫ Risque de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.

*** 

Le commerce extérieur

Année 2025 :

⚫ Importations totales : Rs 318 962 M (+0,4 % vs 2024)

⚫ Exportations totales : Rs 107 703 M (-2,1 %)

⚫ Déficit commercial : Rs 211 259 M (+1,6 % vs 2024)

Importations par catégorie (2025)

⚫ Machines & équipements de transport : Rs 75 069 M (23,5 %)

⚫ Carburants et lubrifiants : Rs 73 015 M (22,9 %)

⚫ Produits alimentaires et animaux vivants : Rs 61 504 M (19,3 %)

⚫ Biens manufacturés : Rs 37 201 M (11,7 %)

⚫ Articles manufacturés divers : Rs 29 482 M (9,2 %)

⚫ Produits chimiques et dérivés : Rs 26 851 M (8,4 %)

Variations vs 2024 :

⚫ Hausse : Produits alimentaires +6,2 %, Articles manufacturés divers +1,2 %, Carburants +0,9 %

⚫ Baisse : Biens manufacturés -6,8 %, Produits chimiques -2,9 %, Machines & transport -0,1 %

Principales évolutions :

⚫ Produits alimentaires : lait & œufs +12,4 %, blé +11,8 %, poissons +9,8 %, viande +6,9 %, céréales +5,3 %, riz +5,2 %, fruits & légumes +4,7 %

⚫ Articles manufacturés divers : vêtements +11,6 %, plastique +6,3 %, instruments scientifiques -7,6 %, chaussures -1,9 %

⚫ Carburants : raffinés +3,2 %, gaz naturel -10,3 %

⚫ Biens manufacturés : textile -23,1 %, ciment -19,6 %, papier -10,2 %, fer & acier -9,6 %

⚫ Machines : équipement industriel +6,2 %, véhicules routiers +4,1 %, appareils de télécommunication -5,2 %, électroménager -3,9 %

Principaux fournisseurs (2025) :

⚫ Chine : 17,4 %

⚫ Émirats arabes unis : 10,9 %

⚫ Inde : 8,2 %

⚫ Afrique du Sud : 6,5 %

⚫ France : 5,9 %

⚫ Allemagne : 3,3 %

⚫ Par continent : Asie 56,1 % du total des importations.


Approvisionnement : «Aucun problème d’alimentation à Maurice»

Un comité d’urgence sur la sécurité alimentaire, présidé par le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, s’est réuni mardi, afin d’évaluer les éventuelles répercussions de la situation internationale. «C’est sûr et certain qu’il n’y aura aucun problème concernant l’alimentation à Maurice », a-t-il déclaré à l’issue de la réunion. Il a précisé qu’au-delà du rôle de la STC et des permis d’importation délivrés par le ministère, la production locale ne devrait pas être affectée. Concernant le Marketing Board, Arvin Boolell a indiqué que les prévisions sont assurées jusqu’au mois de mai, avec des cargaisons déjà programmées. Il en est de même pour les pommes de terre, les oignons, l’ail et les légumes locaux. Le ministre a toutefois appelé les planteurs locaux à ne pas profiter de la situation au détriment des consommateurs, tout en soulignant que des mesures d’accompagnement sont envisagées avec la DBM. Il se veut rassurant : les stocks actuels sont suffisants et aucune panique n’est justifiée à ce stade.

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