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Quatre ans d’invasion russe en Ukraine

Tetiana Palamarchuk : «Je n’imagine pas rester une année sans rentrer chez mes parents»

28 février 2026, 17:00

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Tetiana Palamarchuk : «Je n’imagine pas rester une année sans rentrer chez mes parents»

Tetiana Palamarchuk, présidente de l’Ukrainian Association in Mauritius.

Elle en avait les larmes aux yeux. Dans le salon de la Résidence de France, plongé dans la pénombre, le récital de piano de Taras Filenko s’achève à peine. Mais en pensée, Tetiana Palamarchuk, présidente de l’Ukrainian Association in Mauritius, est à des milliers de kilomètres de Floréal. Dans son esprit, elle est de retour dans sa terre natale, meurtrie par quatre ans d’invasion russe. C’est dans le cadre des commémorations de cet acte de guerre contre l’Ukraine, que l’ambassadeur de France, Frédéric Bontems, a accueilli la conférence musicale de Taras Filenko, en sa résidence, le samedi 21 février dernier.

Ce qui a autant ému Tetiana Palamarchuk, ce sont les notes de Melody, du compositeur Myroslav Skoryk (1938-2020). C’est «l’hymne officieux de l’Ukraine contemporaine. Il a beaucoup été joué pendant la révolution de la dignité, (NdlR: du 18 au 23 février 2014) quand le peuple ukrainien est sorti dans les rues pour marquer son orientation pro-européenne, en opposition aux liens que l’ancien gouvernement voulait davantage tisser avec la Russie», explique la présidente de l’Ukrainian Association in Mauritius.

Entendre cet air a non seulement rappelé la résistance du peuple ukrainien face aux diktats de ses gouvernants, il y a plus d’une décennie mais il a surtout donné le frisson aux Ukrainiens conviés à la Résidence de France, car Melody, «a été repris à partir de 2022 (Ndlr: l’invasion russe en Ukraine remonte au 24 février 2022) dans les vidéos montrant les combats ou des actes de défense du territoire».

L’émotion, Tetiana Palamarchuk l’a sentie monter déjà «deux heures avant, pendant la répétition à la Résidence de France». Quand le violon de notre compatriote Guy-Noël Clarisse a fait connaissance avec la façon énergique et passionnée avec laquelle Taras Filenko exécute les morceaux au piano. Prévoyante, la présidente confie qu’elle n’a pas porté de mascara durant la soirée.

Parmi les images choisies par le pianiste pour illustrer les morceaux du répertoire, celle d’un théâtre bombardé à Marioupol. En avant-plan, la statue d’un poète sur laquelle on voit des impacts de balles. «Quand on écoute les politologues expliquer les enjeux de la guerre en Ukraine, cela semble parfois tellement lointain. Là, on comprend tout de suite que la culture est une arme. Qu’elle peut par exemple servir à détourner l’attention».

Le voyage musical, assorti d’images criantes, proposé par Taras Filenko, a ramené, «des images de comment la vie peut basculer à tout moment». Réveillant la mémoire des amis perdus à la guerre, de la grand-mère de Tetiana Palamarchuk, qui est décédée pendant le premier hiver de la guerre. «Il y avait des coupures d’électricité parce qu’une structure civile a été attaquée. Ma grand-mère est tombée malade. Elle ne s’en est jamais remise.»

Tetiana Palamarchuk se souvient distinctement de ce moment où elle est à la plage à Grand-Baie. Elle reçoit un appel de son père qui lui annonce la mauvaise nouvelle. Sa famille est restée dans les montagnes des Carpates. Dans un lieu, «relativement sûr». Ils ne souhaitent pas venir se mettre à l’abri, à Maurice, par exemple ? «Ils ne veulent pas quitter leur terre. C’est une histoire commune aux Ukrainiens ici.» La présidente confie que sa sœur et sa nièce avaient quitté l’Ukraine après le début de l’invasion. «Par la suite, ma sœur s’est demandéepourquoi vivre chez des gens pratiquement inconnus, pourquoi dormir sur des matelas posés à terre, alors que j’ai ma maison, j’ai mon jardin, j’ai mes amis, j’ai mon travail. Ce n’est pas possible.» Alors, avec sa fille, elles sont rentrées en Ukraine. «Beaucoup de gens sont rentrés. Même maintenant, quatre ans après le début de l’invasion, il y a des gens qui reviennent à la maison. C’est plus fort que tout.»

Le regard devient plus déterminé derrière les lunettes. Tetiana Palamarchuk n’imagine pas ramener son fils vivre là-bas. «Chaque année, on va chez mes parents, dans les montagnes.» Même si c’est «compliqué». Qu’il n’y a plus d’avions. Et qu’il faut rester près de la frontière en évitant de se déplacer vers des endroits dangereux. «Mais je n’imagine pas rester une année entière sans rentrer chez mes parents en Ukraine. Il y a ce besoin de recharger la batterie identitaire.»

Elle confie que son mari, qui est d’origine mauricienne, «adore. Il m’a dit que la vie idéale, c’est six mois en Ukraine, six mois à Maurice. Il trouve qu’il y a énormément de ressemblances, comme les liens très forts que l’on a avec la famille.» Sans oublier le rapport à la cuisine, les bons petits plats qui rassemblent petits et grands.

L’Ukrainian Association in Mauritius est officiellement enregistrée depuis août 2024. Tetiana Palamarchuk a été élue première présidente, notamment grâce à ses compétences de juriste. «Mais la communauté ukrainienne ici existe depuis au moins une vingtaine d’années. Historiquement, ce sont beaucoup de femmes qui ont épousé un Mauricien ayant fait des études de médecine ou de pharmacie en Ukraine. Il y a aussi des Mauriciens qui sont restés là-bas. Cela m’a fait tout drôle la première fois que j’ai entendu un Mauricien parler ma langue.»

La trajectoire de la présidente est sensiblement différente. En 2011, elle quitte l’Ukraine, pour faire des études de droit en France et se spécialiser en droit de la propriété intellectuelle. Après les études, elle démarre dans la vie active en France et rencontre celui qui deviendra son mari, un homme dont les deux parents mauriciens avaient étudié en France, avant de s’installer à La Réunion.

Survient la pandémie de Covid-19. «Mon mari était venu en vacances à Maurice mais n’avait jamais habité ici.» Après l’épreuve du confinement en France, la famille décide de poser ses valises à Maurice. Comme les beaux-parents sont rentrés au pays, c’est une motivation supplémentaire. «Comment on explique à ses enfants ce qu’est Maurice s’ils n’y ont jamais vécu ? Venir en vacances, ce n’est pas pareil. Quand on vit quelque part, on y construit des souvenirs.»

À ce moment-là, on ne sait plus si Tetiana Palamarchuk parle de Maurice ou de l’Ukraine. «Avec mon mari, on s’est mis d’accord. Quand la guerre sera terminée, dépendant de l’année scolaire, on passera six mois, peut-être un an là-bas, pour que notre enfant s’enracine aussi de l’autre côté. Qu’il connaisse sa double culture.»


L’Ukrainian Association in Mauritius existe depuis 2024

L’association compte «une trentaine» de membres. Dans la communauté ukrainienne locale, «il y a environ 80 personnes qui participent régulièrement aux activités. Selon les données de l’Economic Development Board, nous sommes plus d’une centaine ici». Maurice dépend de l’ambassade d’Ukraine en Afrique du Sud. C’est le Dr Abdool Mahaboob Kureemun qui agit comme consul honoraire.

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