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Protection de l’enfance

Mineures en danger : comment protéger nos enfants ?

28 février 2026, 14:00

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Mineures en danger : comment protéger nos enfants ?

Les histoires de mineures exposées à des gestes déplacés ou à des comportements à connotation sexuelle heurtent profondément la conscience collective et fissurent la confiance.

Lorsqu’un enfant est potentiellement victime au sein même d’un établissement scolaire c’est toute une communauté qui vacille. Si l’opinion publique se dit bouleversée, on peine à imaginer l’ampleur du traumatisme pour les victimes et leurs familles.

L’arrestation récente de Frédéric Pavaday, ancien enseignant de musique à la Loreto Junior School de Curepipe dans une affaire d’allégations d’attouchements sur mineure remet ces questions au centre du débat. Au-delà de l’enquête en cours, une interrogation s’impose : nos dispositifs de protection de l’enfance sont-ils réellement à la hauteur ? Plus largement, c’est tout le système de prévention, de signalement et de suivi des cas d’abus impliquant des mineurs qui se retrouve sous les projecteurs. Obligations légales de signalement, rôle des établissements scolaires, accompagnement des victimes, contrôle des professionnels en contact avec des enfants : quels garde-fous existent et où se situent les failles ?

Prisheela Mottee, présidente de l’organisation Raise Brave Girls, insiste sur la vigilance parentale. «Les parents doivent être attentifs au comportement de leurs enfants et maintenir une communication positive. Il faut passer du temps avec eux et leur apprendre très tôt la différence entre good touch et bad touch. La sécurité de l’enfant incombe d’abord aux parents.»

Elle déplore aussi un manque dans le système éducatif. «L’éducation sexuelle dispensée par des experts fait défaut et devrait devenir obligatoire. Nous plaidons pour la présence de conseillers et de psychologues dans les établissements. Cette éducation devrait être adaptée à chaque âge.»

Autre lacune : l’absence d’espaces sûrs. «Il devrait exister des cellules de communication en toute confiance dans nos écoles et institutions. Ce qui manque dans notre système, c’est un lieu sûr où les jeunes filles et les femmes peuvent s’exprimer librement. L’'intelligence artificielle ne remplacera jamais la connexion humaine.»

Enfin, elle estime que l’éducation informelle demeure insuffisante. «Nous pouvons mener des campagnes et amender la loi. Mais ce qui compte, c’est de toucher le cœur des familles et des communautés pour provoquer un changement de mentalité. Il faut apprendre à respecter le choix des enfants de ne pas s’approcher d’un proche, comprendre lorsqu’il n’est pas à l’aise avec un contact physique — même s’il s’agit d’un membre de la famille — et respecter son refus. Ces détails relèvent de l’éducation informelle.»

Pour Mᵉ Anshi Cootthen, avocate, la priorité reste le signalement rapide. «Je conseillerais fermement à l’enfant, avec l’aide d’un parent ou d’un adulte de confiance, de signaler les cas d’abus au plus vite afin que la justice puisse être administrée et que des mesures de précaution soient mises en place sans délai. Il ne faut jamais avoir peur de parler. La loi protège les enfants. Un signalement rapide permet une prise en charge et une action judiciaire appropriées.»

La protection des enfants contre les abus constitue une priorité nationale. Le principal cadre juridique demeure le Children’s Act 2020, une loi moderne visant à garantir le bien-être, la sécurité et les droits des mineurs. Elle prévoit des mécanismes de prévention, de signalement obligatoire, de prise en charge et de poursuites judiciaires pour toute situation mettant un enfant en danger.

Le Children’s Act 2020 interdit toute forme de violence à l’égard d’un enfant, qu’elle soit physique ou psychologique. Cela inclut châtiments corporels, sanctions dégradantes et toute forme de maltraitance. Dans le contexte scolaire, cela signifie qu’un enseignant n’est pas légalement autorisé à infliger des punitions corporelles, à humilier ou à maltraiter un élève, même dans un cadre disciplinaire.

Obligation légale de signalement

L’une des innovations majeures de la loi réside dans l’obligation de signaler toute situation où un enfant est exposé — ou risque de l’être — à un préjudice. Selon l’article 34 du Children’s Act, toute personne, qu’elle exerce ou non une fonction professionnelle auprès d’enfants, ayant des motifs raisonnables de croire qu’un mineur est ou pourrait être victime de maltraitance, doit obligatoirement le signaler. Cela doit être fait à un «Supervising Officer» désigné par la loi ou à la police. Le non-signalement constitue une infraction pénale passible d’une amende pouvant aller jusqu’à Rs 200 000 ou d’une peine d’emprisonnement maximale de cinq ans.

Même affirmation du côté institutionnel. Aneeta Ghoorah, Ombudsperson for Children, rappelle que le principe du mandatory reporting est expressément prévu à la section 34 du Children’s Act 2020. «Il s’agit avant tout d’une question de protection de l’enfant et non d’image institutionnelle ou de gestion interne», affirme-t-elle.

Les structures de prise en charge

Plusieurs autorités collaborent pour assurer la mise en œuvre de ces dispositions. La police peut intervenir immédiatement, protéger l’enfant, enquêter et enclencher des poursuites pénales si nécessaire. La Child Development Unit (CDU) oriente l’enfant et sa famille vers des services de soutien, en coordination avec les services sociaux et judiciaires. La CDU prévoit également un accompagnement éducatif et psychologique assuré par des professionnels. Pour que ces mécanismes fonctionnent pleinement, chaque adulte a la responsabilité d’agir lorsqu’un enfant est en danger.Un suivi régulier est assuré avec les Family Support Services afin de vérifier que les enfants concernés bénéficient effectivement d’un accompagnement psychologique adapté.

Dans une optique de prévention, le bureau de l’Ombudsperson peut aussi organiser des sessions de sensibilisation auprès des élèves et du personnel enseignant et non enseignant, portant sur les droits de l’enfant — un exercice régulièrement sollicité par des écoles, des institutions et des Citizen Advice Bureaux tout au long de l’année.

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Ombudsperson : les responsabilités passées au crible

En ce qui concerne l’affaire d’allégations d’attouchements impliquant Frédéric Pavaday, le bureau de l’«Ombudsperson for Children» recueille la chronologie des faits auprès de trois établissements : Loreto College Curepipe, Cavendish Institute et Conservatoire National de Musique François Mitterrand.

L’objectif est d’établir :

• le déroulement des faits ;

• la date à laquelle les faits ont été portés à la connaissance de ces directions ;

• les mesures immédiates prises — ou non ;

• les éventuels signalements effectués — ou non.

Par ailleurs, une correspondance officielle a été adressée au commissaire de police le 23 février, sollicitant l’ouverture d’une enquête formelle en vertu de la section 7(2)(c) de l’«Ombudsperson for Children Act».

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Le ministère de l'Égalité et ses dispositifs contre les abus

LE ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, indique que plusieurs mécanismes d’application sont déjà opérationnels. Ainsi 12 Family Support Services sont répartis à travers l’île afin de garantir l’accessibilité et une intervention rapide. Les enfants victimes d’abus sexuels bénéficient d’un accompagnement psychologique et le ministère collabore étroitement avec la Brigade pour la protection de la famille dans le cadre des enquêtes.

En parallèle, des campagnes régulières d’information, d’éducation et de communication sont menées dans les écoles et les communautés afin de sensibiliser les enfants à la sécurité, encourager le signalement précoce et promouvoir la vigilance. Le 113 est accessible 24 heures sur 24 pour rapporter tout cas d’abus, en plus des signalements pouvant être faits directement auprès de la police ou des services du ministère.

Sur le plan légal, les autorités rappellent que la législation est alignée sur les standards internationaux, notamment la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, qui oblige les États à protéger les mineurs contre l’exploitation et les abus sexuels. Le Children’s Act 2020 criminalise l’abus sexuel, l’exploitation, le «grooming» et la traite d’enfants. Parmi ses dispositions clés figurent la section 19 (provoquer, inciter ou permettre l’abus sexuel d’un enfant de moins de 16 ans), la section 22 (grooming) et la section 34, qui rend le signalement obligatoire lorsqu’un enfant est en danger.

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