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Les petits pays paient toujours les grandes colères

22 février 2026, 05:50

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Il aura suffi d’un arrêt de la Cour suprême des États-Unis – six voix contre trois – pour rappeler une vérité que l’on feignait d’oublier : même dans l’Amérique trumpienne, le droit peut encore freiner l’arbitraire. La décision invalidant les droits de douane «d’urgence nationale» a été immédiatement suivie d’une riposte présidentielle : Donald Trump a dégainé une taxe globale de 10 %, qualifiant les juges d’«imbéciles». Le message est limpide : la bataille est juridique, mais la guerre est politique.

Pour Maurice, l’épisode n’est pas une abstraction washingtonienne. C’est un choc frontal. Les tarifs Liberation Day, désormais retoqués, avaient déjà placé nos exportations sous pression. Leur remplacement par un prélèvement universel entretient l’incertitude, fragilise les chaînes de valeur et renchérit nos produits au moment précis où l’AGOA agonise sous sérum.

La séquence est révélatrice d’une méthode : substituer au multilatéralisme un marchandage bilatéral permanent. Trump ne négocie pas, il conditionne. «Fabriquez chez nous si vous voulez zéro», martèle-t-il. La politique commerciale devient instrument de coercition. Le commerce, une arme. Dans cette logique, les petits pays deviennent des variables d’ajustement.

À Port-Louis, on espérait un apaisement par le dialogue. Las. La visite d’une délégation américaine, prévue fin février, a été reportée dans un climat déjà alourdi par les tweets présidentiels sur les Chagos. Selon l’Attorney General Gavin Glover, ce serait un simple décalage de calendrier. Officieusement, un signal : Washington priorise la pression à la pédagogie.

Les conséquences économiques sont immédiates. Notre textile – pilier d’emplois féminins – perd en compétitivité. Les PME exportatrices absorbent des coûts qu’elles ne peuvent répercuter indéfiniment. Les investisseurs observent, hésitent, recalibrent. Et l’État, face à une austérité budgétaire incontournable, découvre encore des squelettes dans les placards pendant que la facture externe s’alourdit.

Le plus troublant est ailleurs. La Cour suprême des États-Unis a rappelé que lever l’impôt relève du Congrès. Très bien. Mais elle n’a pas neutralisé l’arsenal alternatif du président : articles 122, 301, 232… autant de leviers qui permettent de recréer, morceau par morceau, un mur tarifaire. Autrement dit, l’incertitude devient structurelle. Les entreprises planifient à 24 mois ; la Maison Blanche gouverne au tweet.

Pour les diplomates, la leçon est claire : l’ère des règles cède la place à l’ère des rapports de force. Maurice devra muscler sa diplomatie économique, activer ses relais à l’Union africaine et à la Commission de l’océan Indien, et parler d’une seule voix avec ses partenaires et voisins africains. La solidarité régionale n’est plus un slogan, c’est devenu une assurance-vie.

Il ne s’agit pas d’anti-américanisme. Il s’agit de rappeler un principe : le commerce n’est pas une guerre. Les tarifs ne doivent pas servir de bâton diplomatique. Maurice n’a ni subventionné abusivement ses exportations ni fermé son marché. Elle a joué le jeu de la transparence. Elle mérite d’être traitée en partenaire, pas en dommage collatéral.

Il reste trois années de Trump. Trois années d’imprévisibilité assumée, de deals à géométrie variable, de décisions rapides et de correctifs tardifs. Dans ce monde fracturé, notre salut passera par l’agilité : diversification des marchés, montée en gamme, diplomatie discrète mais ferme. Et une vérité à marteler dans toutes les capitales : on ne bâtit pas la prospérité mondiale à coups de taxes. On la construit avec de la confiance. Le commerce ne gagne jamais quand la politique perd ses nerfs.

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