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Dynamiser le tourisme en s’inspirant du Sri Lanka

4 février 2026, 04:30

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Enlevons notre bandeau : Maurice ne joue pas dans la même cour que les Maldives et les Seychelles en termes d’offres touristique. Aujourd’hui, nous sommes au même niveau que le Sri Lanka. Mais, là encore, on a pris un sacré retard sur le plan de la connectivité aérienne. Ce sont les principales conclusions qu’on peut tirer du Hospitality Industry Report publié la semaine dernière par AXYS.

Si le secteur touristique a pu survivre à la pandémie et que 2025 a été une année record avec des recettes touristiques estimées circa Rs 102 milliards, il n’en demeure pas moins que notre refus de voir la réalité en face a été à l’origine de notre perte de compétitivité. Pendant longtemps, nous avons vécu dans une forme de mirage, convaincus que Maurice était une destination haut de gamme, que le slogan «Sun, Sand and Sea» était inviolable et que prendre le risque de se tourner vers le tourisme de masse serait préjudiciable au secteur.

Pourtant, il y a 20 ans, on a décidé de sortir de ce confort. Ainsi, lors des assises du tourisme, le gouvernement d’alors annonçait son intention de dynamiser le secteur touristique et d’accueillir jusqu’à 2 millions de touristes. S’étant enhardis, les hôteliers empruntaient massivement pour construire de nouveaux établissements. Cette stratégie aurait pu se révéler payante. Malheureusement, peu après la crise économique éclatait. L’impact sera lourd sur le tourisme international avec une contraction de 4 % en 2009. Cela a été un sévère revers pour les hôteliers qui, du jour au lendemain, se retrouvaient avec un sérieux problème de trésorerie, leurs recettes étant insuffisantes pour financer leurs lourds investissements.

Pendant les 10 prochaines années, le secteur touristique continuera à stagner. Restant résolument centré sur l’Europe, qui représente près de deux tiers de son flux touristique, Maurice perd graduellement du terrain. En témoignent les données sur le revenu par visiteur (RpV) mesuré en dollars. Cet indicateur a chuté de 1 958 dollars en 2010, à 1 566 dollars en 2019 et 1 459 dollars en 2024, selon les données compilées par AXYS. Ce qui représente une baisse substantielle de -20 % de 2010 à 2019 et de -25,5 % de 2010 à 2024. Pendant ce temps, le Sri Lanka qui n’a mis en branle sa stratégie touristique et d’ouverture du ciel qu’à partir de 2009, a vu son RpV croître de 1 256 dollars en 2010 à 2 295 dollars en 2019, avant que celui-ci ne chute à 1 543 dollars en 2024.

Est-ce que malgré ses 1 436 250 visiteurs et ses Rs 102 milliards de recettes, le secteur touristique opère au maximum de son potentiel ? Bien sûr qu’on peut faire mieux, beaucoup mieux ! Plaçons d’abord les choses dans leur contexte. Si l’on a pu dépasser la barre des Rs 100 milliards de recettes, c’est surtout parce que la roupie s’est dépréciée de près de 9,4 % face à l’euro en 2025. Vu sous cet angle, une telle croissance paraît artificielle. Pour que celle-ci soit soutenable, il faudra actionner plusieurs leviers. Dans ce processus, les décideurs publics et privés peuvent s’inspirer du modèle sri-lankais.

Il faut savoir que le Sri Lanka accueille 2,1 millions de touristes par an. L’un de ses attraits, c’est que ses tarifs sont très compétitifs. Ceci grâce à une politique de connectivité aérienne bien pensée. Ainsi, la Sri Lankan Airways transporte 25,1 % des touristes contre 39,2 % pour Air Mauritius. Les autres principales lignes aériennes desservant le Sri Lanka sont : Qatar Airways (10,9 %), Emirates (9 %), IndiGo – compagnie indienne low-cost – (8,5 %), Etihad Airways (5,4 %) et flydubai (4,2 %).

Autre leçon à tirer : les hôteliers sri-lankais ont massivement investi dans l’extension de leur parc hôtelier dont la capacité d’accueil est passée de 20 609 chambres en 2010 à 55 455 en 2024. Le revers de cette stratégie, c’est que le taux de remplissage est de seulement 44,5 % contre 75 % pour Maurice.

Clairement, l’avenir du secteur touristique dépendra de la capacité des hôteliers à investir. À ce sujet, AXYS note que notre parc hôtelier, qui comporte 13 555 chambres en 2025, n’a pas grandi d’un iota sur ces 10 dernières années car les hôteliers échaudés par les répercussions de la crise de 2008 ont préféré placer leurs jetons sur l’immobilier de luxe, avec pour conséquence que la formation brute de capital fixe a reculé de Rs 12,9 milliards à Rs 7,08 milliards de 2010 à 2024.

Grâce à la Mauritius Investment Corporation, qui a permis aux hôteliers d’emprunter à seulement 3 % pendant la pandémie, ceux-ci ont pu améliorer leur niveau d’endettement longtemps problématique. Par exemple, dans le cas de New Mauritius Hotels, son niveau d’endettement a reculé de Rs 24,65 milliards en 2021 à Rs 18,84 milliards en 2025. Gageons que les hôteliers ont de la marge pour investir et de franchir la barre des 1,6 million de touristes, qui est une performance tout à fait possible selon AXYS. Mais, au préalable, c’est aux pouvoirs publics de donner le la et de rédiger une feuille de route sur la voie à suivre.

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