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Nécrologie

Olivette, la doyenne

5 février 2026, 04:00

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Olivette, la doyenne

Née le 7 janvier 1916 à Saint-Pierre, au milieu de la Première guerre mondiale, Olivette Labonne est la benjamine d’une famille de quatre enfants. Les métiers et activités autour de l’Église catholique et du cimetière avoisinant marquent sa jeunesse. Sa mère meurt lorsqu’elle n’a que 7 ans. Son père, Evariste, est un membre influent de la communauté. Son nom est gravé au pied de son œuvre : la stèle de sir William Newton, statue située en face de l’hôtel du gouvernement, à Port-Louis.

La sœur d’Olivette devient religieuse et prend le nom de sœur Marie Francis avant d’administrer plusieurs écoles, notamment à La Ferme, à Rodrigues, et dans d’autres couvents. Son frère, Pierre Labonne, est couronné champion cycliste, réputé imbattable dans les années 1930-40. Olivette, elle, apprend le métier de couturière qu’elle exercera toute sa vie avec passion et le sérieux d’une entrepreneure. Son vocabulaire, ses citations et sa maîtrise des chiffres montrent qu’elle avait été une bonne élève à l’école.

Elle choisit pour compagnon de vie un homme de 20 ans son aîné, Hermann Leste. Divorcé, l’artisantourneur est amoureux des lettres et démontre un «coup de plume» remarquable. La société s’opposant à leur union, le couple devient marginal, maîtrisant longtemps une sourde colère. Ils auront deux fils et deux filles. Animés d’une foi inébranlable et portés par un projet commun, ils s’installent au Ward IV de Port-Louis et s’engagent à éduquer leurs enfants avec discipline absolue. À la maison, on ne parle que le français ; jeux et jurons sont interdits.

La réussite de cette éducation est totale : l’aînée devient infirmière en Écosse puis aux États-Unis ; le cadet, professeur de langues puis de théâtre, est engagé à Londres et vivra 35 ans en Angleterre, tout en voyageant sur les cinq continents ; la troisième, secrétaire bilingue, vivra en France, au Canada et en Côte d’Ivoire ; le quatrième sillonnera les mers en tant que Chief Steward à bord de cargos hollandais.

Relation symbiotique

Après le décès d’Hermann, Olivette passera une vingtaine d’années à Abidjan, Londres, Montréal, La Teste (France) et Detroit, au Michigan. De retour à Maurice, elle s’occupe de Fiona, sa petite-fille orpheline, avant que, renversant les rôles, cette dernière ne prenne soin d’elle. Une relation symbiotique qui dépasse la simple assistance sociale.

À la cérémonie de son centenaire à St Patrick, les techniciens de la télévision attendent en vain l’arrivée d’une vieille dame en chaise roulante, ayant méprisé la vaillante dame en bleu pour une invitée ordinaire. Olivette aime la compagnie des jeunes et surtout offrir : de son temps, des conseils, ses plats toujours un peu trop riches, et du whisky, de préférence. Elle fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable et se fait des amis de tous âges partout où elle a vécu. Elle aime et connaît les plantes : tisanes qui l’ont tenue loin de toute maladie, fougères qui ont embelli son environnement en cachant les laideurs du monde.

Parmi ses principaux traits de caractère : la prière toujours exaucée, la capacité à ne pas retenir les coups de la vie (même à la mort de sa fille aînée et de son fils, dernierné), et le respect absolu des confidences. Être chic en toutes circonstances est pour elle une règle féminine et une pratique professionnelle.

La mère sévère et dure envers ses enfants les déroutera deux fois : d’abord lorsqu’elle se transforme, durant cinq longues années, en aide-soignante patiente et dévouée pendant la maladie de Parkinson de son mari ; ensuite lorsqu’Olivette révèle une deuxième nature, une joie de vivre qui fait oublier la matriarche aux allures militaires de leur enfance.

Pour la petite histoire, elle est la première à être stupéfaite d’avoir franchi la barre des cent ans. Plusieurs fois, la couturière prévoyante avait cousu sa tenue mortuaire… mais, ne voyant pas venir la mort, elle l’a offerte en cadeau. «Oh ! merci, Madame, cela me va si bien…» Sa bénédiction préférée : «Succès dans tes projets.» La leçon pour chacun : sans projet, point de vie.

Ayant célébré ses 110 ans le 7 janvier, Olivette Labonne meurt tranquillement le 31 janvier 2026. De Toronto, au Canada, Surendra, un vieil ami de la famille, écrit ce message touchant en anglais à propos de la doyenne de Maurice : “…She just kept loving everyone, letting us know that she was there and if we ever needed her, we could count on her, to listen, to comfort and to help. Her kindness was contagious and her memory will live on forever...”

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