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Droits LGBTQ+

Des femmes transgenres témoignent, OUT Moris documente leur inclusion

5 février 2026, 17:00

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Des femmes transgenres témoignent, OUT Moris documente leur inclusion

■ Sandrine Julien (à g.) et Sheistah Bundhoo-Deenoo (à dr.) présentant le rapport au public lundi.

Le rapport «Navigating Spaces: Lived Experiences of Transgender Women in Mauritius» a été présenté au public le lundi 2 février à Moka. Porté par une équipe dirigée par la chargée de cours Sheistah Bundhoo-Deenoo et Sandrine Julien, la directrice de la plateforme OUT Moris dédiée à la sensibilisation, à l’information et à la mise en avant des femmes LBTQ+, l’étude a été financé par The Other Foundation. Elle examine les expériences vécues des femmes transgenres à Maurice, et la manière dont elles naviguent au quotidien entre espaces publics, sociaux, culturels et institutionnels.

L’étude est présentée comme un compte rendu qualitatif. Les données ont été collectées via trois focus groups à Port-Louis, Rose-Hill et St-Pierre, réunissant 15 femmes trans âgées de 26 à 58 ans. Les échanges ont été menés en Kreol Morisien et transcrits verbatim afin de préserver l’authenticité des propos. Les participantes ont été sélectionnées pour refléter des profils géographiques, sociaux et économiques divers.

Recueil d’expériences

Six grands axes ont été identifiés pour structurer les expériences recueillies : l’acceptation sociale, la situation économique, les expériences au sein des institutions, le regard public et les attitudes sociales, le rapport à la foi et aux espaces spirituels, ainsi que les relations communautaires et les dynamiques collectives.

Au niveau de l’acceptation sociale, l’étude montre que celle-ci est plus forte lorsque les personnes sont connues, notamment sur leur lieu de travail ou dans leur quartier. En revanche, cette acceptation peut se fragiliser, voire disparaître rapidement, dès que la visibilité augmente ou que les normes sociales sont perçues comme bousculées. Une participante à l’étude témoigne : «Dan mo travay, enn misie deza dir: kifer ou pran bann dimounn koumsa pou travay?» En ce qui concerne la situation économique, l’étude fait état d’un accès instable à l’emploi formel et de l’insécurité de logement. Elle relève toutefois des trajectoires de résilience et de réussite malgré les obstacles, comme l’illustre le témoignage : «Mo’nn ouver mo salon kot mwa ziska zordi. Sa fer 26 an ki mo travay pou mwa..»

«Ki ete sa ?»

Le rapport s’attarde également sur les interactions avec les institutions, où la protection attendue se transforme parfois en source de vulnérabilité. Les postes de police, relève le rapport, renforcent souvent ce sentiment d’exposition plutôt que de sécurité. L’accès aux toilettes demeure aussi problématique. Nombreuses sont celles contraintes d’utiliser les sanitaires réservés aux hommes. Certaines évitent même d’aller aux toilettes lorsqu’elles sont à l’extérieur, tandis que d’autres attendent des moments plus calmes de la journée.

Dans les structures de santé, les expériences décrites sont fréquemment marquées par l’inconfort et des situations humiliantes, comme le résume ce témoignage : «Mo ti al lopital ek mo’nn dir nurse-la: ou kone mo pa enn madam, mo trans. Li’nn reponn mwa: ki ete sa?» Des expériences positives, notamment dans un hôpital public, sont cependant relevées. Une participante rapporte : «Ena ti dir mwa: ‘Pa trakase, mo konpran ou, mo met ou non kouma ou anvi lor papie.’ Mo ti bien soulaze.»

La place de la foi et l’accès aux espaces spirituels sont aussi explorés. Certains rituels et pratiques culturels sont décrits comme particulièrement inclusifs. Plusieurs participantes soulignent ainsi que «ena trans ki danse dan bann seremoni kiltirel» et que «zot kontan kan bann trans vini donn benediksion».

Base de recherches

En revanche, les expériences au sein des lieux de culte et des cadres religieux apparaissent plus ambivalentes, souvent marquées par des jugements implicites ou une curiosité insistante. Une participante témoigne : «Enn madam deza dir mwa: ‘Revinn enn zom, bondie pa pou kontan sa.’»

L’étude aborde enfin les relations communautaires et les dynamiques collectives en mettant en lumière des différences liées à la classe sociale : «Partou ena sa. Ena bann gay ki koumadir zot pou frekant zis bann gay ki ena kas, ki roul masinn.»

Les résultats montrent que les expériences des personnes transgenres à Maurice ne sont pas uniformes : l’acceptation, la sécurité et la stabilité varient selon les lieux, les institutions, l’accès à l’emploi et le degré de visibilité dans l’espace public. Si certaines participantes décrivent des moments d’inclusion, d’autres font état d’une vulnérabilité persistante. Cela signifie d’abord qu’une solution unique ne peut pas répondre à toutes les situations. Ensuite, que les progrès dans un domaine n’effacent pas les risques dans un autre. Enfin, que l’écoute des vécus est indispensable : des décisions fondées sur des suppositions ou sur un récit unique de «l’expérience trans» risquent de passer à côté de réalités essentielles.

Le rapport d’OUT Moris insiste aussi sur une idée centrale : l’inclusion est accordée, elle n’est pas garantie. Les personnes trans peuvent accéder à des lieux de travail, des hôpitaux ou des espaces publics, mais l’acceptation dépend souvent de la conformité à certaines attentes – comportement, apparence, discrétion – ou du fait d’être «connue» dans un environnement donné. Être tolérée dans un espace ne signifie pas y être reconnue ni y disposer d’un accès égal aux opportunités et aux droits. Et même lorsque l’inclusion existe, elle n’assure pas automatiquement la protection, la dignité ou la sécurité.

Enfin, cette collecte de récits est présentée comme une base de départ, appelée à nourrir des recherches plus approfondies et ciblées. Le rapport recommande d’examiner plus en détail les domaines mis en évidence – santé, police, logement, emploi – en intégrant aussi, à l’avenir, la perspective des institutions elles-mêmes.

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