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L’accès des hôpitaux interdits aux représentants de laits infantiles
Le ministre s’explique, la rédaction répond
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L’accès des hôpitaux interdits aux représentants de laits infantiles
Le ministre s’explique, la rédaction répond
Le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a tenu à réagir sur les réseaux sociaux à notre article intitulé «Les hôpitaux publics interdits aux représentants de lait infantile : Les pédiatres choqués par les directives du ministère de la Santé», publié en pages 12 et 13 de notre édition du samedi 31 janvier. Le ministère nous a également transmis une mise au point, à laquelle la rédaction répond.
Le ministre Anil Bachoo s’explique sur Facebook
“I have taken note of a recent press article questioning the Ministry’s decision to restrict access to public hospitals by infant formula companies. Let me be absolutely clear from the outset: when it comes to the health of our babies, my Ministry will not be guided by commercial influence and lobbying or business interests of any kind.
Infant formula companies are companies that manufacture and sell baby milk powder and feeding products that replace or supplement breastmilk. These products have their place when medically needed and no one is denying that reality. What we have done is simple and responsible: public hospitals must not be used as spaces for marketing or promotion of commercial products.
This decision is in line with the National Action Plan on Breastfeeding 2022–2027 and with the World Health Organization International Code of Marketing of Breastmilk Substitutes, which exists to protect mothers and infants from inappropriate commercial influence within health services.
Let me reassure everyone without ambiguity: No baby is being denied milk. No doctor is being prevented from prescribing infant formula. The Ministry continues to procure baby milk through regulated tender procedures to ensure quality and availability in public hospitals.
What has been restricted is the presence of company representatives, branded materials and sponsored activities inside public health facilities. This is about protecting mothers and babies at a vulnerable moment and ensuring that medical advice given in hospitals is based solely on science and patient needs, not on brand influence.
Around the world, public health authorities recognise that commercial lobbying has absolutely no place in the decision-making regarding infant feeding inside hospitals. Babies are not consumers, and mothers should never be treated as marketing targets.
I respect our healthcare professionals and welcome genuine clinical dialogue, but there is a clear difference between advocating for patients and advancing commercial interests. This Ministry will always stand on the side of patients, not commercial interests. Protecting our children will always come before protecting business interests.”
Mise au point du Minister (sic) de la Santé et du Bien-Être
Est-il contraire à l’éthique de faire la promotion des laits infantiles dans les hôpitaux ? Réponse courte : oui.
La promotion des laits infantiles dans les hôpitaux est largement considérée comme contraire à l’éthique et, dans de nombreux pays, formellement interdite.
- L’hôpital doit rester un espace neutre, sans promotion commerciale
Les hôpitaux sont des lieux de confiance. La présence de publicité, d’échantillons gratuits, d’affiches, de matériel marqué ou de représentants commerciaux de laits infantiles crée une apparence d’aval médical, même involontaire, ce qui biaise le choix des parents.
- Atteinte directe à l’allaitement maternel
L’allaitement maternel réduit la mortalité et les infections chez le nourrisson, améliore le développement cognitif et diminue chez la mère les risques de cancer du sein, de l’ovaire et de diabète.
De nombreuses études montrent que la promotion des substituts du lait maternel à l’hôpital entraîne une diminution de l’allaitement exclusif et un sevrage plus précoce.
- Exploitation d’un moment de vulnérabilité
La période post-natale immédiate est marquée par une grande fatigue physique, une vulnérabilité émotionnelle et une forte dépendance à l’avis des professionnels de santé.
Introduire une influence commerciale à ce moment-là est considéré comme coercitif par le contexte, même en l’absence de pression explicite.
- Norme éthique internationale : le Code international
Le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel (1981) stipule clairement :
-
aucune promotion dans les établissements de santé
-
aucun échantillon gratuit aux mères ou aux professionnels
-
aucun contact direct entre les agents commerciaux et les mères.
Ce Code constitue la référence éthique mondiale, qu’il soit ou non pleinement transposé dans le droit national.
- Conflits d’intérêts
Autoriser des entreprises de laits infantiles à intervenir dans les hôpitaux expose à des incitations matérielles ou financières, à un conseil biaisé et à une atteinte à l’intégrité professionnelle.
Cela va à l’encontre des principes de bonne gouvernance, d’éthique médicale et de soins centrés sur le patient.
Nuance essentielle
Cette position ne signifie pas que les laits infantiles sont nocifs, qu’ils ne doivent pas être disponibles en cas d’indication médicale, ni que les mères qui y recourent ont tort.
Les laits infantiles sont indispensables dans certaines situations médicales ou sociales. Le problème éthique porte sur la promotion commerciale, et non sur l’accès ou la prescription médicale.
Conclusion
La promotion des laits infantiles dans les hôpitaux est contraire à l’éthique. Elle contrevient aux normes internationales et aux principes fondamentaux de santé publique.
Les hôpitaux doivent garantir une information indépendante, scientifique et dépourvue de toute influence commerciale.
Notre réponse: noyer le poisson
À la bonne heure ! Le ministère de la Santé s’est finalement «réveillé» et a réalisé que la promotion des laits infantiles dans les hôpitaux est «contraire à l’éthique» et «contrevient aux principes fondamentaux de santé publique», le ministre se posant, sur son compte Facebook, en gardien contre «toute influence commerciale», de «lobbying» et d’«intérêts commerciaux». Voilà qui est tout à son honneur et nous n’en attendions pas moins de lui et des cadres de son ministère.
Mais les arguments dans ces mises au point font l’impasse sur l’enjeu réel du frein à l’allaitement maternel qui est le nombre important et inquiétant de césariennes pratiquées dans les hôpitaux publics comme dans le privé, soit 61,4 % des naissances en 2024. Et ce n’est pas l’express qui le dit mais les statistiques officielles du ministère. Le ministre Bachoo annonçait d’ailleurs au Parlement en décembre dernier que «dans le secteur public, sur 8 052 naissances enregistrées en 2024, le rapport entre accouchements normaux et césariennes est presque égal».
Or, tout professionnel de santé qui se respecte, qu’il soit gynécologue ou pédiatre, sait que l’accouchement par césarienne est une pratique de dernier recours lorsque l’accouchement par voie basse met en danger la vie de la mère ou de son bébé. Or, avoir un taux presque égal de césariennes à celui de l’accouchement normal dans les hôpitaux chez les femmes de 20 à 34 ans – une tendance qui se maintiendrait depuis les cinq dernières années, toujours selon le ministère – ne serait-il pas un signe de solution de facilité plutôt que d’attendre et parfois plusieurs heures que le col de l’utérus soit suffisamment dilaté pour que l’accouchement par voie normale se fasse ? Ne serait-il pas temps que le ministre et les cadres de la Santé, qui sont si bien intentionnés, mettent leur nez dedans ? Et comme le soulignait dans notre dossier de samedi dernier, le Dr Radhika Jagatsingh Beehuspoteea, néonatologue, celle-là même qui a fondé l’unité néonatale à l’hôpital Victoria et qui sait de quoi elle parle, une femme qui a subi une césarienne est fatiguée et encore sous sédatif et n’est pas en état d’allaiter dans l’heure qui suit alors que c’est ce qui doit être fait.
Autre point important est que la dernière étude du Mauritius Institute of Health, de même que les deux autres mentionnées dans le cadre du dossier, mettait l’accent sur le fait que 70 % des Mauriciennes travaillent et que la majorité des entreprises du pays n’ont pas de salle d’allaitement ni de facilités pour la conservation du lait maternel pompé. Dans son désir de promouvoir l’allaitement maternel, ne serait-il pas aussi temps que le ministre de la Santé demande à son homologue du Travail – un homme qui est à l’écoute - de recommander aux entreprises d’y remédier et également d’étendre les congés postnataux ?
Faire respecter en 2025, le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel qui date de 1981, est une très bonne chose. Vaut mieux tard que jamais. Mais selon nos informations, cette recommandation est déjà suivie à la lettre par les administrateurs d’hôpitaux, les médecins et les représentants de lait infantile. Ces derniers n’ont d’ailleurs aucun contact direct avec les mamans en salle. Les rencontres entre eux et les médecins se font dans la cantine des centres de soins publics.
Ensuite, pourquoi priver les médecins du secteur public d’une occasion de formation sur les dernières recherches en matière de lait infantile - que le ministère lui-même achète et reconnaît comme une nécessité pour certaines mamans -, en leur interdisant d’assister à de telles présentations, qui se font en moyenne une fois le mois en soirée et hors cadre hospitalier ? Comme nous l’avons indiqué dans notre dossier, les compagnies de laits infantiles proposent, après des recherches extensives, différents laits pour différents problèmes rencontrés par les nourrissons. Ce sont des informations précieuses auxquelles ne sont pas toujours exposés les médecins si ce n’est à travers des rencontres entre eux et les représentants de laits infantiles. Insinuer subtilement que les médecins du secteur public ne feront qu’écouter les informations fournies par les représentants de laits infantiles et prescrire aveuglément leurs produits, c’est leur nier leur professionnalisme, leur faculté de discernement et les prendre pour des imbéciles que ces médecins sont loin d’être.
Il serait temps que le ministère arrête de noyer le poisson et s’attaque à la cause principale qui freine l’allaitement maternel, à savoir le nombre de césariennes en hausse constante dans le secteur public et dans le pays.
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