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Nommé au poste de directeur technique national

Théo Timboussaint: «Je ne vends pas du rêve, je propose une méthode»

1 février 2026, 15:30

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Théo Timboussaint: «Je ne vends pas du rêve, je propose une méthode»

Après un premier passage, Théo Timboussaint est de retour avec une vision claire et une détermination renforcée. Nommé au poste de directeur technique national (DTN), il place l’année 2026 sous le signe de la structuration et de la jeunesse. Entre le lancement des Référents Techniques Régionaux (RTR), l’accélération des formations CAF et la publication d’un manuel technique inédit de 35 pages, il détaille sa méthode dans l'entretien qui suit.

Vous en êtes à votre deuxième pige à Maurice. Vous devez sacrément aimer l’île pour revenir…

Oui, j’aime bien Maurice, côté personnel, mais côté professionnel ce n’est pas sentimental : c’est rationnel. Il y a des contraintes réelles pour développer le football ici, et c’est justement ce type d’environnement qui me stimule. Je suis un homme de défis.

Quand on m’a proposé ce projet, j’ai vu une opportunité rare : construire, structurer, laisser quelque chose de durable. Ce qui m’anime, ce n’est pas le confort, c’est l’impact. Winston Churchill disait : «Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité ; un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.»

Vous avez été nommé avec la mission de «poser les fondations du football mauricien de demain». Quelles sont vos priorités absolues pour cette année 2026 ?

En 2026, ma priorité absolue, c’est de remettre les jeunes au centre du projet avec trois axes très concrets : jouer, encadrer, structurer. D’abord, mettre les jeunes en activité régulière : plateaux et rassemblements pour l’école de foot (6–11 ans), puis championnats U15 et U17, garçons et filles. L’objectif est simple : que chaque région ait un rythme hebdomadaire, avec des matchs tous les samedis pendant 9 à 10 mois, avec une phase interrégionale. C’est ce modèle qui alimentera progressivement notre «Talent Development Scheme» (TDS). Ensuite, il y a le chantier du capital humain : former. Nous avons du retard, donc nous accélérons avec une licence CAF D chaque mois, plus des formations spécifiques (responsable école de foot, préformation/formation, futsal…). Et nous avons demandé l’organisation des licences CAF C et B. Si la CAF valide, cela permettra d’installer une continuité vers la CAF A. Enfin, le troisième point concerne l’harmonisation des standards. Sans standards, on fait de l’activité. Avec standards, on fait du développement.

Vous avez lancé des appels à candidatures pour des postes de Référents Techniques Régionaux (RTR) en décembre 2025. Comment comptez-vous uniformiser la formation des éducateurs à travers les 13 régions de l’île ?

Les RTR sont essentiels car ils prolongent l’action de la Fédération dans chaque région. Leur première mission n’est pas théorique, elle est opérationnelle. À court terme, ils doivent structurer les activités telles que les plateaux grassroots, la coordination U15/U17, et l’organisation du TDS au niveau régional. Pour uniformiser la formation sur toute l’île, on va faire simple et efficace : déployer les formations dans les régions, au plus près des éducateurs. Nous travaillons avec le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) et les présidents de régions pour faciliter cette logique de proximité, et toucher à la fois les éducateurs du secteur public et ceux des clubs et académies enregistrées.

Ce sont deux employés de la MFA qui ont réalisé les entretiens avec les coaches pour gérer les CTR. Etaient-ils habilités à le faire ?

D’abord, précision importante : nous n’allons pas «gérer» les CTR. Notre rôle, c’est d’animer les régions avec l’existant et selon les objectifs FIFA, pas de remplacer les acteurs régionaux.

Ensuite, il ne s’agissait pas de deux employés. Nous étions cinq personnes, dont moi, et nous avons reçu près de 60 candidats. L’ensemble des intervieweurs a été formé aux techniques d’entretien pour ce type de poste. Nous utilisons une grille standardisée, identique pour tous : éligibilité, contraintes opérationnelles, qualifications, expérience, compétences, connaissance du territoire, motivations. Les candidats ont eu les mêmes questions, notés sur les mêmes critères. Donc oui : le processus était habilité, structuré et équitable.

Dans quatre ans, à quoi souhaiteriez-vous que ressemble le paysage du football à Maurice grâce à votre passage ?

Je ne suis pas ici pour vendre un rêve, parce que je respecte trop le football pour promettre l’impossible. En revanche, je peux promettre une méthode. Dans quatre ans, je veux trois choses très concrètes. Que chaque enfant dès 6 ans puisse intégrer un club structuré près de chez lui, et jouer tous les samedis sur une saison complète. Que toute personne qui encadre une équipe soit qualifiée, avec un diplôme reconnu, validé dans un parcours cohérent. Que le football mauricien fonctionne en écosystème : secteur public, privé et fédération alignés sur les mêmes principes. Si ces trois piliers sont en place, les résultats suivront naturellement : d’abord au niveau régional, puis progressivement au niveau international.

Votre livret de 35 pages sur le «Parcours de développement du joueur» vient de paraître. Quel constat sur le terrain vous a convaincu de l’urgence de créer ce référentiel unique pour Maurice ?

Sur le terrain, j’ai constaté une réalité simple : on ne parlait pas le même langage football. Les formes de pratique sont souvent mélangées, les termes confondus, et parfois les contenus proposés ne sont pas adaptés à l’âge. J’ai vu des formats incohérents : du foot à 8 joué à 10 ou 11, des matchs sur demi-terrain en 10 contre 12, 9 contre 8… Ce n’est pas anecdotique : cela dérègle l’apprentissage. Ce livret n’est pas «un document». C’est une base commune, un référentiel pour garantir une cohérence minimale partout sur l’île.

Dans ce rapport, vous détaillez quatre facteurs (technique, tactique, athlétique, mental). Lequel de ces piliers nécessite, selon vous, le plus gros chantier de transformation chez les jeunes mauriciens actuels ?

Je ne hiérarchise pas ces piliers: ils fonctionnent ensemble. On ne peut pas développer la technique sans environnement, ni la tactique sans encadrement, ni le mental sans cadre compétitif cohérent. Mais s’il y a un message fort que je veux faire passer : laissez les jeunes dribbler. Je suis surpris de voir à quel point le jeune joueur mauricien dribble peu, et cela se ressent ensuite jusqu’au plus haut niveau. Trop souvent, on entend «lâche la balle» sur des séances et des matchs entre 6 et 13 ans. Or, à cet âge, la créativité doit s’exprimer. Le dribble développe la coordination, l’audace, la lecture, la maîtrise émotionnelle. La décision viendra ensuite : sur le football à 11, on apprendra quand dribbler, où dribbler, et pourquoi.

Comment allez-vous garantir que ce livret ne reste pas un simple document administratif mais devienne un outil quotidien pour les petits clubs régionaux et les académies ? C’est une excellente question, et je la prends très au sérieux : un livret n’a d’intérêt que s’il change les pratiques. Ce livret n’est pas une finalité : c’est une base de travail commune. Il contient 80% de ce qu’un entraîneur compétent doit connaître et maîtriser sur l’entraînement. Pour qu’il vive réellement, je vais l’utiliser comme référence officielle : il servira de base aux contenus pédagogiques et aux évaluations dans les prochaines formations CAF C, B et A. Autrement dit : ce document va devenir un standard, pas un fichier stocké dans une boîte mail.

Ce rapport définit-il un «style de jeu mauricien» spécifique que vous souhaitez voir émerger dans toutes les sélections nationales d’ici 2030 ?

Non, pas à ce stade. Un style de jeu ne se décrète pas. Il se construit quand l’élite possède une base tactique solide et des automatismes installés. Or, aujourd’hui, pour développer cette maîtrise, il faut jouer tôt et jouer souvent — ce qui n’est pas encore suffisamment le cas. Et notre élite jeune est fragmentée entre HPC, CNEF, académies… Pour parler d’ADN, il faut d’abord une cohérence de formation. Le style viendra après, naturellement.
foot.jpg Le Français vient de rédiger une feuille de route pour le développement du football local.

Qui est le responsable de la préparation athlétique désormais ?

Au HPC, la préparation athlétique est assurée par Nausheen et Mohamed, qui sont diplômés dans ce domaine. Nous étudions également la possibilité d’un renfort supplémentaire pour consolider l’encadrement.

Il y a actuellement trois écoles de pensée avec la MFA, Côte-d’Or et la sélection. Ne croyez-vous pas que cela peut nuire à la formation ?

Oui, c’est un risque. Et je dirais même qu’il y a plus de trois pôles en ajoutant les académies privées, le ministère, et d’autres acteurs. Mon rôle est justement d’aligner ces énergies. On ne peut pas développer durablement si chacun avance avec ses propres règles, ses propres formats, ses propres contenus. Cet éclatement nuit à la cohérence. Et au final, ce sont les joueurs qui en paient le prix. Le football a besoin d’une vision commune, d’un langage commun, et d’une stratégie partagée.

30 candidatures ont été retenues pour la licence C. Dans ce nombre, il n’y a que trois footballeurs qui ont connu le haut niveau. Comment le processus de sélection est-il réalisé ?

D’abord, je tiens à clarifier : je n’ai pas encore lancé de formation CAF C depuis mon arrivée. La dernière remise de diplômes concernait une cohorte antérieure. Ensuite, une chose est essentielle : la formation n’est pas réservée aux ex-joueurs de haut niveau. Un bon joueur n’est pas automatiquement un bon entraîneur. Depuis mon arrivée, j’ai standardisé un processus transparent :

• Inscriptions en ligne

• Dépôt de candidature via un lien officiel

• Notation selon parcours joueur, parcours éducateur, motivations, région

• Communication claire des retenus par mail

• Priorité accordée aux non-retenus sur la session suivante, sous conditions. Et pour les prochaines formations, nous renforcerons deux prérequis : First Aid obligatoire et recommandation officielle du club enregistré à la MFA. Parce que l’enjeu, au fond, c’est la sécurité et la structuration du parcours fédéral.
fifa.jpg Le technicien a souvent critiqué la façon dont les choses sont faites dans le giron footballistique

Êtes-vous contre l’idée que les coaches puissent entraîner une équipe et une structure de la MFA ou de Côte-d’Or en même temps ?

Je comprends la logique, mais il faut encadrer cela avec lucidité. Je ne suis pas «contre» par principe. En revanche, je suis très vigilant sur deux points : les conflits d’intérêts et la charge de travail. Un coach peut cumuler si ses missions sont compatibles, les priorités sont clairement définies et surtout si cela ne pénalise ni la performance, ni l’éthique, ni le développement des joueurs. Mais si le cumul crée de la confusion, du favoritisme — ou un encadrement de moindre qualité — alors ce n’est pas acceptable. L’intérêt du joueur doit rester au-dessus de tout.

Durant les différentes réunions que vous avez eues avec des parents et des coaches, vous vous êtes souvent montré très critique, et certains se sont sentis rabaissés. Pensez-vous que votre communication ne passe pas dans certains cas ?

Oui, c’est possible, et je l’entends. Mon intention n’a jamais été d’humilier. Je suis direct, parfois exigeant, parce que je considère que le football mérite un haut niveau de sérieux. Je ne dis pas ce que les gens veulent entendre : je dis ce que le terrain impose. Quand je critique, c’est pour faire réagir, faire progresser, remettre de la rigueur et de la méthode. Tout le monde parle et donne son avis sur le football et comment il doit être développé. Des avis sans diplômes, sans expérience et parfois même sans avoir porté une paire de crampons. Je crois à une idée simple : on ne s’improvise pas éducateur. Comme on ne s’improvise pas médecin ou avocat. L’entraînement est une compétence, qui s’apprend et se valide. Respecter le football, c’est aussi respecter la qualification, le diplôme et le professionnalisme de toutes ces personnes qui se sont donné les moyens. Je veux qu’on les respecte. Et ma responsabilité, c’est d’élever le niveau — sans mépris, mais sans complaisance.

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