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La fin du mythe transatlantique ?

21 janvier 2026, 05:20

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Il n’aura fallu qu’un an. Un an pour que l’illusion transatlantique se dissolve dans le réel brutal du rapport de force. Un an pour que l’Europe comprenne, enfin, que Donald Trump ne négocie pas : il contraint. Qu’il ne dissuade pas : il punit. Qu’il ne protège pas ses alliés : il les teste, puis les humilie. La menace de nouveaux droits de douane américains contre huit pays européens, assortie d’un chantage aussi grossier qu’irréel – l’«achat complet et total» du Groenland – n’est pas une sortie de route. C’est une ligne politique. Une doctrine assumée.

À Bruxelles, Paris, Berlin, les communiqués se veulent fermes. Ils parlent de souveraineté, d’unité, de solidarité. Le vocabulaire est irréprochable. Mais il sonne creux. Car l’Europe a déjà parlé ainsi. Trop souvent. Trop mollement. Trop tard. Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, elle a tout concédé dans l’espoir de préserver une relation devenue asymétrique : des droits de douane unilatéraux acceptés comme un moindre mal, des humiliations encaissées au nom de l’Otan, des silences gênés face aux intimidations américaines sur la régulation du numérique. Résultat ? Non pas l’apaisement, mais l’escalade. Et une escalade désormais revendiquée.

Ce que Trump met en œuvre au Groenland dépasse de loin le commerce. Il s’agit d’un acte de coercition politique caractérisé. D’une remise en cause frontale de la souveraineté territoriale d’un État allié, le Danemark, et par ricochet de l’Union européenne tout entière. L’arme choisie – les droits de douane – est devenue l’outil favori d’une diplomatie transactionnelle, brutale, décomplexée, indifférente au droit international. Peu importe que la base juridique américaine soit fragile, que la Cour suprême hésite, que l’union douanière européenne rende l’opération techniquement bancale. L’objectif est ailleurs : tester la capacité de résistance européenne, exposer ses divisions, identifier ceux qui plieront les premiers.

Car Donald Trump ne croit qu’à une chose : la soumission progressive des autres. Et il tire une conclusion limpide des derniers mois. L’obséquiosité européenne n’a pas calmé l’homme fort de Washington. Elle l’a encouragé. Les concessions n’ont pas acheté la paix. Elles ont nourri le mépris. L’accord commercial déséquilibré négocié l’été dernier n’a pas marqué un point final, mais un feu vert. Celui d’un président convaincu qu’il pouvait imposer sa loi sans craindre de riposte.

C’est ici que l’Europe joue sa crédibilité stratégique. Emmanuel Macron a raison de réclamer l’activation de l’instrument anticoercition, ce «bazooka» européen adopté en 2023 et soigneusement laissé sous clé. Il a raison de rappeler que l’Union européenne n’est pas seulement une puissance morale ou réglementaire, mais un marché de 450 millions de consommateurs, premier débouché commercial des États-Unis. Continuer à temporiser, à différer, à chercher l’apaisement à tout prix serait désormais une faute politique. Face à la coercition, la retenue devient faiblesse. Et la faiblesse appelle la prédation.

Vue de Maurice, cette crise n’a rien d’abstrait. Petite économie ouverte, dépendante des règles du commerce international et du multilatéralisme, notre pays sait ce que signifie évoluer dans un monde où la loi du plus fort s’impose sans contrepoids. L’érosion des règles communes, l’instrumentalisation des tarifs douaniers, la remise en cause des alliances stables frappent toujours plus durement les États vulnérables. Si l’Europe cède aujourd’hui, si elle accepte d’être traitée en vassale économique, ce sont toutes les architectures de protection collective qui s’effritent un peu plus. Et avec elles, les garanties minimales dont vivent les petits États.

La question n’est donc plus de savoir si l’Europe doit répondre, mais comment et avec qui. Oui, la riposte divisera. Certains chercheront à se mettre à l’abri, à négocier des exemptions, à sauver leurs intérêts immédiats. L’histoire récente l’a pourtant démontré : la servilité n’achète ni la paix ni le respect. Elle n’engendre que des exigences nouvelles. Donald Trump ne respecte que ceux qui lui tiennent tête.

L’Europe est à la croisée des chemins. Soit elle assume enfin le coût politique de sa souveraineté. Soit elle accepte, en silence, son déclassement stratégique. Dans ce monde de prédateurs, l’indécision n’est plus une option. Ni pour l’Europe. Ni pour ceux qui, comme Maurice, ont encore besoin de règles pour survivre.

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